•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Envoyée spéciale

Les Premières Nations et le pape : se toucher du bout des doigts

Le pape n’a pas fait d’excuses ni confirmé qu’il viendrait au Canada. Mais il devrait préciser sa pensée lors de l’audience finale vendredi en compagnie des trois délégations d'Inuit, de Métis et de Premières Nations.

Gerald Antoine et Phil Fontaine suivis par des membres de la délégation.

Les leaders autochtones Gerald Antoine et Phil Fontaine, fiers, à leur sortie de l'audience avec le pape.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

« Deux personnes qui se touchent du doigt. C’est exactement au point où nous en sommes ». Le chef de la délégation des Premières Nations, Gerald Antoine, a utilisé l’image de la Création d’Adam, l’une des fresques peintes par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine de Rome, pour décrire son état d’esprit après avoir rencontré le pape François pendant deux heures.

Nous espérons vivement que ces discussions seront le début d'un dialogue continu et d'un partenariat dans lequel nous pourrons tirer les leçons du passé et partager notre vision d'un avenir plein d'espoir, a lancé le chef Antoine.

À sa sortie de l’audience privée avec le pape, tambour à la main, le chef Antoine a chanté et dansé avec, à ses côtés, le leader autochtone Phil Fontaine le long de la place Saint-Pierre. Un chant qui résonnait pour rappeler à tous ceux qui pouvaient l’entendre que les Autochtones sont toujours là, vivants, et leurs langues et cultures, toujours fortes.

Aujourd’hui, nous avons dit la vérité, a dit Gerald Antoine avec beaucoup d’aplomb. Ce message, il l’a livré au pape lors de ce moment qu’il a qualifié à plusieurs reprises de divin, très spécial.

« Les choses qui nous sont arrivées n'auraient jamais dû arriver. Malheureusement, c'est le cas. Et nous sommes ici pour vous dire la vérité. »

— Une citation de  Gerald Antoine, chef de la délégation

L’audience privée avec les 13 délégués autochtones devait initialement durer une heure, elle aura été plus longue, le temps qu’ils racontent l’histoire des pensionnats. Celle de 150 000 enfants autochtones arrachés à leur famille puis placés dans ces établissements. De 4000 à 6000 enfants y sont morts, selon la Commission de vérité et réconciliation.

Gerald Antoine devant la place Saint-Pierre, au Vatican.

Gerald Antoine, le chef national des Dénés et chef de la délégation des Premières Nations au Vatican, explique que l'Église catholique et les Premières Nations commencent à se toucher du doigt, à se rapprocher, comme la fresque qu'il a vue dans la chapelle Sixtine à Rome.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

C’est une invitation qui n’a que trop tardé, mais nous voilà, aujourd’hui, a lancé d’une voix puissante Gerald Antoine à l'issue de l'audience privée.

Cette rencontre était importante, selon lui, pour restaurer la dignité, développer la confiance et obtenir la justice pour les peuples autochtones.

« En dépit de nos deuils et chagrins, l’espoir d’un changement arrive. Ce changement apportera la dignité, l’égalité, la confiance. »

— Une citation de  Gerald Antoine

C’est le début d’un nouvel horizon pour nous, a simplement résumé l’aînée Marie-Anne Day Walker-Pelletier, de la Première Nation d'Okanese, qui a dirigé sa communauté pendant 40 ans.

Optimisme

Ce fut un moment spécial, un profond moment s'est exclamé de son côté Phil Fontaine, le premier à avoir publiquement dénoncé les abus et sévices dans les pensionnats.

Arborant une coiffe traditionnelle, il avait du mal à contenir la fierté qui l’habitait, lui qui était de retour pour une autre chance de convaincre le pape de s’excuser.

Il y a presque 13 ans, avec une délégation de l’Assemblée des Premières Nations, il avait rencontré Benoît XVI, mais ce dernier ne s’était pas excusé.

Des représentants des Premières Nations au Vatican.

Le chef Gerald Antoine, Phil Fontaine et d'autres membres des Premières Nations du Canada marchent sur la place Saint-Pierre après l'audience avec le pape, sous le son des tambours.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Je suis plutôt optimiste qu’on va de l’avant, qu’on va vers la place où on veut être avec cette question des excuses et de la visite du pape au Canada. On verra ce que nous apporte demain, a-t-il précisé.

Il a dit avoir appris de la part d’un membre du clergé que le pape viendrait avant l’hiver au Canada.

« Notre espoir et notre souhait sont qu’il vienne s’excuser sur l’un de nos territoires, et nous l’avons clairement dit au Saint-Père. »

— Une citation de  Phil Fontaine, leader autochtone

Le pape n’a pas fait d’excuses ni confirmé qu’il viendrait au Canada. Mais tout le monde s’attend à ce qu’il précise sa pensée lors de l’audience finale vendredi en compagnie des délégations inuit, métisse et des Premières Nations.

Mandy Gull Masty et Wilton Littlechild.

À Rome, Mandy Gull Masty, grande chef de la nation crie du Québec, et Wilton Littlechild, ancien député fédéral albertain et commissaire de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La veille de son anniversaire, Wilton Littlechild, qui a passé 14 ans de sa vie dans trois pensionnats différents, dit avoir reçu cette belle journée comme un cadeau.

Mais le vrai cadeau de celui qui a été commissaire à la Commission de vérité et réconciliation du Canada sera vendredi. Selon lui, son vrai cadeau sera le premier jour de la réconciliation, non seulement avec nous-mêmes, nos familles et nos communautés, mais avec nos voisins et tout le Canada.

Il se dessine, a-t-il estimé une nouvelle relation, meilleure, celle de la coexistence pacifique.

Tous ont tendu la main à l’Église, mais aussi au peuple canadien et même au monde pour marcher avec eux vers la réconciliation.

Une assiette de demandes

À l'ordre du jour de la rencontre entre les représentants des Premières Nations et le pape François figurait une assiette de demandes clairement exposées au pape, selon Phil Fontaine : excuses, reconnaissance de la responsabilité de l’Église dans les pensionnats, révocation de la théorie de la découverte, tombes anonymes et des compensations.

La cheffe de la Nation Tk'emlups te Secwépemc, Rosanne Casimir, a longuement parlé de la question de la découverte des tombes anonymes, qui a rappelé qu’encore beaucoup de vérité est à découvrir et qu’une guérison plus grande est nécessaire.

En mai 2021, la découverte de tombes non marquées de 215 enfants sur le site d'un ancien pensionnat pour Autochtones à Kamloops, en Colombie-Britannique, a eu pour effet d’éveiller la population canadienne à cet enjeu.

Portrait de Rosanne Casimir.

La cheffe de la Nation Tk'emlups te Secwépemc, Rosanne Casimir.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Portant une coiffe avec des coquillages cauris et des plumes, pour lui donner force et courage de continuer son travail, elle a aussi exhorté l’Église catholique à reconnaître son rôle dans les pensionnats et la perte des langues autochtones.

Nous demandons à l’Église de se joindre à nous en nous soutenant activement avec des ressources humaines et financières pour la revitalisation et la promotion de nos langues et notre culture comme fondement de la réconciliation et de la guérison.

On n’est pas venus se plaindre, on est venus offrir des solutions pour du changement, a rappelé Wilton Littlechild, qui a été trop longtemps dans cette marche.

Un test de bonne foi

La délégation a laissé au pape plusieurs cadeaux, dont un porte-bébé traditionnel fait par un mohawk d’Akwasasne, Ian Clute. Il est le symbole de chaque enfant autochtone étant allé au pensionnat et ayant survécu, mais surtout le symbole de ceux qui ne sont jamais rentrés chez eux.

Nos enfants et nos jeunes doivent grandir dans une société où leur culture et leur spiritualité autochtones sont non seulement tolérées, mais également embrassées, valorisées par les mêmes institutions qui ont cherché à les éliminer, a expliqué la grande cheffe de la nation crie du Québec, Mandy Gull-Masty.

Deux femmes tiennent un porte-bébé traditionnel autochtone.

Katsitsionni Fox, d'Akwasasne, et Michelle Schenandoah, une conseillère spirituelle membre de la nation Oneida, tiennent le porte-bébé traditionnel fabriqué par Ian Clute, d’Akwesasne, et donné temporairement au pape.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pour commencer ce pas en avant, la délégation a demandé au pape de prendre soin de ce porte-bébé et de réfléchir aux messages délivrés par les délégués des Premières Nations.

S’il est honnête avec son engagement envers les peuples autochtones [du Canada], il donnera suite à notre demande de nous rendre le porte-bébé lors de l’audience générale demain. Nous avons dit à Sa Sainteté : la manière dont vous le traitez montrera comment vous traiterez notre peuple à l’avenir. En le retournant à la délégation, il démontrera son engagement envers nos peuples, a poursuivi Mandy Gull-Masty.

Selon l'archevêque d'Edmonton, Mgr Richard Smith, le pape a écouté attentivement et a été profondément ému par ce qu’il a entendu. À la fin de la session, selon Mgr Richard Smith, le pape François a dit avoir été profondément touché et qu’il allait prier et méditer pendant le reste de la journée.

L’archevêque d’Edmonton s’est considéré comme un témoin privilégié d'un moment historique.

De son côté, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Raymond Poisson, a dit vouloir mettre l’attention sur l’atmosphère qui s’est dégagée et sur le temps pris lors de la rencontre.

Mgr Poisson et des délégués autochtones.

Le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Raymond Poisson, lors de la conférence de presse qui a suivi la rencontre entre les Premières Nations et le pape.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Selon lui, le pape a très bien compris le message provenant de mocassins offerts par la délégation. Une paire de petits mocassins pour redire que nous portons le souvenir, la mémoire vivante de ceux et celles pour qui nous sommes ici.

Quant à la paire de taille adulte offerte qui était accompagnée d’une invitation pour le pape de marcher avec les Premières Nations. Je pense qu’il a très bien compris, a assuré Mgr Raymond Poisson.

Des tambours sur la place de Saint-Pierre, tout un symbole

Pour tous, comme l’a lancé Phil Fontaine, la journée était merveilleuse. La raison, a-t-il précisé, lors de notre discussion avec le pape, nous pouvions entendre les tambours, les gens chanter et cela faisait énormément de bien.

En effet, un premier groupe de membres des Premières Nations a entamé un chant avec des tambours sur la place Saint-Pierre.

Ce chant signifie que notre esprit revient avec nous. C'est vraiment symbolique, a expliqué un membre à la foule.

Ils jouent des instruments et chantent.

Les Premières Nations ont chanté une chanson de leur peuple signifiant qu'elles récupèrent leur esprit sur la place Saint-Pierre.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Quelques minutes plus tard, plus près de la basilique, un groupe de jeunes hommes ont aussi chanté, encore plus fort. Des membres de la délégation qui étaient alors présents ont commencé à esquisser des pas de danse comme lors d’un pow-wow, mais sur la place Saint-Pierre.

La symbolique avait commencé dès le matin à l’hôtel, où une cérémonie de lever de soleil avec sauge, purification et tabac s’est tenue à côté d’une messe dans une autre pièce.

Puis les délégués sont sortis, les uns après les autres, avec leurs tenues traditionnelles, leurs médaillons perlés, leurs mocassins, leurs jupes à rubans, montrant à tous à quel point leur culture est encore bien présente.

La délégation des Premières Nations menée par le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations (APN) dans les Territoires du Nord-Ouest, Gerald Antoine, était la dernière à rencontrer le pape lors d’une audience privée.

Vendredi, les Inuit, Métis et Premières Nations auront une audience publique ensemble avec le pape.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !