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L’hôpital Royal Victoria est « un site de crimes », allèguent des mères mohawks

Six résidentes mohawks de Kahnawake, garantes autoproclamées du territoire et de sa mémoire, lancent une action en Cour supérieure. Elles allèguent que le site de l’ancien hôpital Royal Victoria pourrait abriter des sépultures anonymes.

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L'hôpital Royal Victoria avait ouvert ses portes en 1893.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Maud Cucchi

Argumentant que « c’est un outrage extrême de déranger [leurs] ancêtres », des mères mohawks lancent une poursuite civile en Cour supérieure du Québec dans l’espoir de faire suspendre les travaux de l’ancien hôpital Royal Victoria et de l'Institut Allan Memorial, situés sur le flanc sud du mont Royal, à Montréal.

Elles demandent le financement immédiat de fouilles et avancent qu’il est fort possible que le site contienne des vestiges archéologiques du premier village iroquois précolonial, selon les documents juridiques obtenus par Espaces autochtones.

Mais ce n’est pas tout. Elles affirment aussi détenir des témoignages selon lesquels des sépultures anonymes plus récentes, notamment autochtones, pourraient se situer sur les lieux du chantier.

Dans les années 1950, l’Institut Allan Memorial de l'Université McGill y a, en effet, mené des expérimentations inhumaines qui ont été pilotées par la Central Intelligence Agency (CIA).

Séances massives d’électrochocs, gavage de cocktails de médicaments, privation sensorielle : plus d’un demi-siècle après ces recherches impliquant des expériences de lavage de cerveau sur des cobayes humains, le lieu doit être investigué pour y trouver des tombes potentielles non marquées d'atrocités commises pendant le programme MK-Ultra entre 1954 et 1963 par la CIA et le Canada, mentionnent les plaignantes dans la demande introductive d’instance datée du 25 mars.

Ces six résidentes mohawks de Kahnawake disent avoir eu connaissance d'allégations selon lesquelles des enfants autochtones et/ou non autochtones seraient enterrés à proximité de la piscine Henry Lewis Morgan et sur les terrains adjacents des jardins Ravenscrag de l'Institut Allan Memorial.

Elles s’appuient notamment sur le témoignage d’une survivante de ces expériences, Lana Ponting, une Autochtone octogénaire de Winnipeg qui était âgée de 16 ans au moment des faits.

Selon les mères mohawks, il relève désormais de la responsabilité de l'Université McGill et du procureur général du Canada de fournir les ressources nécessaires à une enquête immédiate et approfondie sur le site de l'institut Allan Memorial, qui doit être considéré comme un site de crimes contre l'humanité.

Les plaignantes doivent rencontrer Amnistie internationale le 11 avril. Elles demandent aussi la déclassification sans délai de tous les documents concernant le programme d'expérimentations psychiatriques.

Préjudice grave et irréparable

Ces femmes redoutent que le projet de réhabilitation de l’ancien hôpital Royal Victoria détruise les preuves des tombes non marquées de [leurs] frères et sœurs, les privant ainsi d'une identification, d'un rapatriement et d'une inhumation appropriés.

Elles parlent d'un préjudice irréparable, non compensable en dommages et intérêts; un outrage extrême de déranger [leurs] ancêtres.

Les plaignantes indiquent, en outre, qu’elles ne reconnaissent pas l’autorité des Conseils de bande, des organisations qu’elles considèrent avoir été imposées par la Loi sur les Indiens et le gouvernement du Canada.

Ils ne devraient pas être impliqués dans ce processus, car ils sont financés par le gouvernement du Canada et sont donc en conflit d'intérêts, argumentent-elles dans la poursuite civile qui vise le Centre universitaire de santé McGill, la Société québécoise des Infrastructures, l’hôpital Royal Victoria, la Ville de Montréal, l’entrepreneur Stantec inc. ainsi que le ministre de la Justice du Canada.

Cette nouvelle procédure a été lancée peu après le retrait d'une précédente action en justice en cour fédérale autour du même dossier.

Sans commenter la nouvelle poursuite en cours des mères mohawks, l’Université McGill reconnaît que des membres de la communauté autochtone ont posé des questions au sujet de la présence possible de sépultures non identifiées dans certaines parties du site de l’ancien hôpital.

L'Université assure se tenir prête à collaborer avec les représentants des gouvernements et des communautés autochtones pour que les recherches nécessaires soient réalisées.

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