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Trudeau veut promouvoir le « leadership autochtone sur le climat »

Dans le plan d’Ottawa pour le climat de 300 pages, le mot « autochtone » apparaît à 246 reprises. C'est plus que le mot « municipalité » et ses 177 occurrences.

Des panneaux solaires.

À Fort Severn, dans le Nord de l'Ontario, les panneaux solaires doivent permettre à la communauté de 550 âmes de diminuer sa dépendance au diesel.

Photo : Michael Wrinch/Hedgehog Technologies

Pour tracer la voie permettant de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, Ottawa compte notamment développer le « leadership autochtone sur le climat » à travers l'instauration d'un fonds de 180 millions de dollars. Voici un aperçu des mesures climatiques incluses dans le plan fédéral, présenté mardi, qui concernent directement les peuples autochtones du Canada.

Au pays, les différentes communautés autochtones produisent environ 1 mégatonne (Mt) de gaz à effet de serre (GES) par an, soit une partie infime des 730 Mt de GES produites chaque année au Canada. Les gains à effectuer sont donc marginaux.

Néanmoins, des optimisations sont réalisables en remplaçant les systèmes de chauffage et d’électricité au diesel dans les quelque 200 communautés autochtones et éloignées qui y ont encore recours. Ces collectivités consomment en moyenne 680 millions de litres de carburant diesel chaque année. C’est l’équivalent de la consommation annuelle en carburant d’environ 350 000 autos.

Dans son Plan de réduction des émissions pour 2030 (Nouvelle fenêtre) , le gouvernement Trudeau indique soutenir actuellement 160 projets de conversion et prévoit dépenser 300 millions $ sur 5 ans pour s’assurer que les collectivités rurales, éloignées et autochtones qui dépendent actuellement du carburant diesel puissent disposer d’une énergie propre et fiable à compter de 2030.

Il s’agissait de l’une des demandes de l’Inuit Tapiriit Kanatami, l’organisation qui représente les 65 000 Inuit du Canada.

« Cette transition contribuera à la réconciliation, à l’action climatique menée par les Autochtones et à l’appui du développement économique et d’emplois locaux, tout en réduisant la pollution. »

— Une citation de  Extrait du Plan de réduction des émissions pour 2030

Par exemple, la Banque de l'infrastructure du Canada finance une partie du projet de liaison hydroélectrique et de fibre optique entre le Manitoba et Kivalliq au Nunavut. Ce type de projet doit permettre de réduire les coûts de l’électricité dans le Grand Nord tout en diminuant les émissions de GES des projets miniers.

Le Plan de réduction des émissions d'Ottawa prévoit aussi une enveloppe de 1,5 milliard $ pour la construction de bâtiments communautaires verts et inclusifs. En tout, 10 % de ce budget sera réservé à des projets autochtones.

Fonds pour le leadership autochtone de 180 M$

Par ailleurs, un Fonds pour le leadership autochtone de 180 millions  de dollars sera créé pour soutenir les projets d’énergie propre et d’efficacité énergétique menés par les communautés et les organisations des Premières Nations, des Inuit et des Métis. Au moment de publier, le ministère Environnement et Changement climatique Canada n'avait pas répondu à nos demandes d'éclaircissements.

Le gouvernement Trudeau prévoit aussi investir 29,6 millions $ afin de faire progresser le leadership autochtone sur le climat. Les contours de ce programme restent encore flous, le gouvernement se bornant pour l’instant à indiquer qu’il travaillerait au cours des trois prochaines années avec ses partenaires autochtones à créer un programme d’action sur le climat.

« Les peuples autochtones doivent être placés en première ligne pour trouver des solutions, sinon ce sera un échec. Quand on parle de la terre et de l'eau, pourquoi ne sommes-nous pas au cœur de la prise de décision? On a l'expérience, on fait cela depuis 10 000 ans. »

— Une citation de  Kluane Adamek cheffe régionale de l'Assemblée des Premières Nations pour le Yukon
Kluane Adamek sourit à la caméra.

Kluane Adamek est la cheffe régionale de l'Assemblée des Premières Nations pour le Yukon.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Cette reconnaissance d'Ottawa inclurait notamment des transferts de pouvoir, la mobilisation de savoirs autochtones dans des initiatives locales. Cela pourrait aussi se concrétiser dans la multiplication des aires protégées et de conservation autochtones qui sont actuellement expérimentées, notamment au Labrador et en Colombie-Britannique.

L'influence des 3 « C » (carbone, colonialisme et capitalisme)

L’autonomie et le respect de leurs savoirs figuraient justement parmi les demandes des différents groupes autochtones consultés lors de la préparation du Plan de réduction des émissions pour 2030.

Parmi les autres demandes de l’Assemblée des Premières Nations du Canada (APN), on trouve notamment le fait de s’assurer d’un consentement libre, préalable et éclairé des Premières Nations dans les projets d’élimination des GES, notamment en ce qui concerne les projets de captage du carbone sous terre par l’industrie pétrolière.

Au lieu de la démarche actuelle des 3 « C » (carbone, colonialisme et capitalisme), l’APN préconise une approche ancrée dans les relations qui valorisent le lien entre les gens et la terre, et leur réciprocité mutuelle.

Selon la cheffe Kluane, outre la baisse des émissions de GES, il va falloir complètement changer la façon dont on voit notre environnement, apprendre à se reconnecter avec la terre, et considérer l'eau et les animaux comme nos équivalents.

« Lorsque j'étais jeune, mon père m'a appris que l'ours est mon grand-père et qu'on ne doit jamais, jamais lui manquer de respect. Pareil pour l'eau qui a sa propre âme. »

— Une citation de  Kluane Adamek, cheffe régionale de l'Assemblée des Premières Nations pour le Yukon

La démarche présentée mardi par Ottawa ne répond pas totalement aux recommandations de l’APN, qui souhaitait une cible de réduction des GES de 60 % pour 2030. Le Canada a plutôt retenu la cible de réduction de 40 % par rapport au niveau de 2005, et celle-ci est moindre pour l'industrie pétrolière (diminution de 31 %).

Est-ce que j'aurais aimé que nous ayons vu plus dans ce plan? Absolument [...] Mais je ne vais pas dénigrer le fait que nous avons un ministre de l'Environnement qui s'engage à créer un changement. A-t-il besoin d'aide? Absolument. Suis-je prêt à le faire, avec mes collègues des Premières Nations? Oui, allons-y, a déclaré Kluane Adamek, en entrevue à CBC.

Au moment de publier, ni le Conseil national des Métis ni l'Inuit Tapiriit Kanatami n’avaient publiquement réagi au dévoilement du plan d’action fédéral, leurs leaders respectifs étant tous à Rome pour assister aux audiences prévues avec le pape François.

Avec les informations de David Cochrane, de CBC

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