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Envoyée spéciale

Autochtones au Vatican : pas de vœux pieux pour Phil Fontaine

À Rome avec la délégation autochtone, le leader autochtone espère un engagement clair du pape pour qu'il vienne s'excuser au Canada.

M. Fontaine pose sa main droite sur sa poitrine.

Phil Fontaine, au Vatican.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

« Très satisfait, heureux de ce qui est évidemment un travail en cours ». Phil Fontaine, le premier survivant de pensionnat pour Autochtones à avoir raconté ce qui se passait dans ces établissements, esquisse un large sourire quand il pense à ce début de semaine à Rome avec les dizaines d’Autochtones venus des quatre coins du Canada.

Devant les 140 statues des martyrs et des saints qui surplombent la place Saint-Pierre, l'ex-chef national de l'Assemblée des Premières Nations fait part de son optimisme. Il n’y a rien qui m’inquiète, qui déclenche la sonnette d’alarme dans notre travail, la relation en cours avec le Saint-Père et la Conférence des évêques catholiques du Canada. Donc, nous allons bien.

Il se dit donc satisfait, heureux de ces progrès significatifs, mais enchaîne aussitôt : nous sommes loin d'avoir fini. Nous rencontrons le pape [jeudi] et nous verrons ensuite quel travail il reste à faire suite à cette rencontre.

Car cette bataille n’est ni la première ni la dernière de Phil Fontaine.

Il y a presque 13 ans, ses pieds foulaient exactement le même sol : la place Saint-Pierre devant la basilique à Rome. Les 140 statues de saints et de martyrs qui entourent la place n’ont pas changé et si Phil Fontaine a pris de l’âge, sa détermination et sa fougue non plus n’ont pas changé.

Phil Fontaine était alors venu avec une délégation de l’Assemblée des Premières Nations pour rencontrer le pape Benoît XVI.

La rencontre entre le pape Benoit XVI et une délégation autochtone au Vatican, en 2009. On y voit le chef national de l’Assemblée des Premières Nations de l'époque, Phil Fontaine.

La rencontre entre le pape Benoit XVI et une délégation autochtone au Vatican, en 2009. On y voit le chef national de l’Assemblée des Premières Nations de l'époque, Phil Fontaine.

Photo : Mgr James Weisgerber

Dans une audience privée, le pape avait alors exprimé ses regrets pour les sévices subis par des milliers d'enfants autochtones dans les pensionnats dirigés par des prêtres catholiques. Mais pas d’excuses.

Cette fois-ci, Phil Fontaine – tout comme le reste de la délégation composée d’Inuit, de Métis et de Premières Nations – ne s’attend à rien de moins que des excuses publiques du pape François. Des excuses qu’il espère depuis plus de 30 ans.

J’aimerais entendre le Saint-Père s’engager à nouveau dans sa visite au Canada et dire oui, je vais m’excuser, lance Phil Fontaine, sous le soleil de Rome, parmi les touristes qui prennent en photo ce lieu courtisé. Car le Vatican a déjà annoncé que le pape était prêt à venir au Canada.

Qu’il s’excuse ici ou au Canada, ça ne devrait pas avoir d’importance. Tant que nous entendons son engagement [pour des excuses] très clairement et fortement, renchérit Phil Fontaine.

« Mais ma préférence est qu’il s’excuse au Canada. Les expériences, les préjudices et les abus ont eu lieu au Canada. Donc, ça doit se passer au Canada, sans aucun doute! »

— Une citation de  Phil Fontaine

En 1990, Phil Fontaine est devenu la première personne à parler publiquement des traumatismes et des abus dans les pensionnats pour Autochtones. Dans une entrevue accordée à CBC, alors qu’il était président de l’Assemblée des chefs du Manitoba, il a choisi d’exposer ce qu’il a vécu et vu au pensionnat de Fort Alexander au Manitoba, réputé pour ses mauvais traitements.

Trois fois grand chef de l’Assemblée des Premières Nations, il a aussi mené les négociations qui ont donné lieu à la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (Nouvelle fenêtre), en 2006.

Quand il a commencé cette longue bataille, qui n’est pas terminée, il n’avait aucune attente, aucune anticipation, précise-t-il en réfléchissant à haute voix. Il espérait que quelque chose serait enregistré pour la postérité, que cela ferait partie du domaine public.

Il souhaitait aussi une enquête, des excuses, mais jamais que ça [le] mènerait ici à Rome, avec une telle délégation d’Autochtones, pour rencontrer le pape et que ce dernier allait leur consacrer tout ce temps pour les écouter.

Des curés avec des Inuit.

La délégation inuit reçue par le pape.

Photo : Gracieuseté Vatican / Divisione Produzione Fotografica

Les délégations de Métis et d'Inuit ont effectivement eu chacune une audience privée d’une heure avec le pape François en début de semaine. Chaque groupe a demandé des actions concrètes du pape ainsi que des excuses formulées au Canada.

Si les Inuit et les Métis étaient absents, l’histoire serait incomplète, affirme Phil Fontaine, tout en rappelant que leurs revendications peuvent différer.

Ce grand mouvement très positif est une suite logique de sa rencontre de 2009. Et il constate déjà en deux jours, et même avant d’avoir rencontré le pape, une grande différence, des progrès significatifs.

« Ce n’est pas un processus facile ni terminé. On parle d’années. L’important est que le travail ait commencé! »

— Une citation de  Phil Fontaine

Des circonstances différentes

Il faut dire, précise Phil Fontaine, que les circonstances ont bien changé depuis les visites de Jean-Paul II au Canada dans les années 80, la rencontre avec Benoit XVI en 2009 et aujourd’hui.

Selon Phil Fontaine, cela se ressent rien que dans les discussions qui ont mené à la venue de la délégation autochtone à Rome. Si vous comparez cette visite avec celles qui se sont produites avant, les discussions étaient transparentes, publiques, alors qu’avant elles étaient très discrètes.

Phil Fontaine, au Vatican.

Phil Fontaine, au Vatican

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La Commission de vérité et réconciliation – et ses 94 appels à l’action – a aussi changé la donne, mais sans aucun doute, la découverte de Kamloops [où des restes de 215 enfants ont été retrouvés sur le terrain du pensionnat] est un moment charnière, rappelle Phil Fontaine. Un moment qui a suscité un énorme intérêt de la part des Canadiens et des catholiques, qui ont alors appelé l’Église à réagir.

Tout cela a amené l’Église à être plus sensible, plus ouverte. Il y a une énorme pression sur l’Église catholique pour qu’elle prenne des mesures constructives et décisives pour rectifier la relation fracturée entre nos communautés et l’Église, précise Phil Fontaine.

Sans compter que la question des pensionnats pour Autochtones au Canada n’est plus non plus ignorée internationalement.

Des journalistes qui attendent.

Des membres de médias canadiens et internationaux attendent sur la place Saint-Pierre la délégation des Métis après sa rencontre avec le pape.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La preuve : les nombreux journalistes canadiens mais aussi de médias internationaux qui couvrent la délégation autochtone accompagnée d’évêques du Canada. Il y aurait 75 journalistes qui suivraient, de près ou de loin, cet événement.

« C’est devenu une question internationale, et plus que strictement canadienne. Il est évident que le monde entier nous regarde! »

— Une citation de  Phil Fontaine

Jeudi, la délégation des Premières Nations menée par le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations (APN) dans les Territoires du Nord-Ouest, Gerald Antoine va rencontrer le pape lors d’une audience privée.

La question des excuses et de la reconnaissance de la responsabilité de l’Église dans les pensionnats, de la révocation de la théorie de la découverte, des tombes anonymes, des compensations seront notamment au menu des discussions.

Phil Fontaine a prévu de dire quelques mots au pape. Pas beaucoup. Il va se présenter sans donner le nom du pensionnat qu’il a fréquenté et lui rappeler qu’il est la personne qui a lancé le recours collectif contre le gouvernement pour les abus des pensionnats. Celui qui a été le premier à parler aussi.

Des statues.

Une partie des 140 statues de la colonnade qui entourent la place Saint-Pierre.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Vendredi, les délégations de Métis, d'Inuit et des Premières Nations rencontreront toutes ensemble le pape François pour une audience finale commune qui devrait être publique.

Si cet événement est majeur, voire qualifié d’historique par de nombreux Autochtones, il n’est que le début d’un long chemin, rappellent-ils.

De 1831 à 1996, 150 000 enfants des Premières Nations, Inuit ou Métis ont été arrachés à leur famille puis placés dans plus de 130 pensionnats à travers le Canada. De 4000 à 6000 enfants y sont morts, selon la Commission de vérité et réconciliation.

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