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Chronique

Le poids de sensibiliser : la sursollicitation des personnes autochtones

Gros plan d'un micro.

L'avis des personnes autochtones est de plus en plus recherché. Or, plusieurs personnes sont aussi sursollicitées.

Photo : Radio-Canada / Vincent H. Turgeon

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo

Je vois de plus en plus des personnes autochtones autour de moi annoncer sur leur plateforme publique qu’elles doivent prendre une pause pendant un certain temps. Elles décident de prioriser leur bien-être face à cette vague de sursollicitation les invitant à donner leur point de vue dans les médias ou ailleurs.

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo étudie en journalisme à l’UQAM. Elle est membre de la nation anichinabée et sa famille vient de la communauté du Lac-Simon, en Abitibi. Elle s'investit dans le milieu culturel montréalais et au sein de la communauté 2SLGBTQI+, en plus d'avoir réalisé des courts métrages avec le Wapikoni mobile.

Un intérêt grandissant pour les réalités autochtones

En ce moment, il y a une résurgence des cultures autochtones. Après plusieurs générations de stratégies d’assimilation au sein des communautés, la guérison est centrale.

Il y a un intérêt également de plus en plus grand de transmettre les connaissances perdues et de s’éduquer sur les réalités autochtones.

La preuve : je vous écris présentement sur cette tribune.

C’est une très bonne chose. Pendant longtemps, il y a eu ce manque de sensibilisation au sein de la société sur les questions comme les enjeux qui touchent les nations autochtones. Quand je m’exprime sur les réalités qui nous affectent, plusieurs personnes partagent avec moi leurs réactions.

Tout cela est synonyme d’espoir. On valorise de plus en plus les connaissances autochtones et nous prenons de plus en plus de place au sein de l’espace public.

L’exemple le plus récent est celui de Samian et du Festival international de la chanson de Granby. Une voix autochtone s’est exprimée sur un enjeu et on l’a écoutée. Ce qui nous donne l’occasion aussi de remettre en question nos différentes perspectives et, surtout, de nous asseoir, de nous parler et de nous écouter.

Et tout cela demeure très important.

J’aimerais toutefois toucher à un autre aspect de cette nouvelle situation lié au fait que les questions autochtones ont la cote. Cette grande vague de sollicitations de personnes autochtones pour leur expertise, leur point de vue peut aussi s’avérer très lourde pour celles-ci et les laisser avec l’impression d’être submergées.

Une sensibilisation chargée

Lorsque je sensibilise les gens sur nos réalités, je dois me préparer mentalement et physiquement. Car lorsqu’on parle d’un sujet qui nous touche personnellement, cela peut nécessiter une grande charge mentale, tout en remuant de profondes émotions.

Surtout lorsque nous devons débattre de nos droits.

Il y a aussi cette pression de devoir représenter plusieurs personnes partageant la même réalité. On veut que nos mots expriment le plus fidèlement possible les sentiments des autres. Parce que même si on dit qu’on ne fait que s'exprimer sur nos expériences propres, il reste que cette même expérience peut être partagée par plusieurs.

Les réalités autochtones nous touchent tous. Il ne faut pas les mettre à part. Je crois que de plus en plus de gens s'aperçoivent de ça et c’est pour cette raison qu’il y a un grand intérêt à faire entendre nos voix.

Mais à chaque fois, on fait plus que parler. Personnellement, je donne une partie de moi-même lorsque je sensibilise les gens sur nos réalités. J’offre du temps et de l’énergie en me mettant dans une situation vulnérable.

Mais je reconnais l’importance de m’exprimer et la valeur de mes propos.

Il est important alors de garder ça en tête quand on approche une personne autochtone que ce soit pour une conférence, une entrevue, une collaboration, etc. Comme mentionné au début de cette chronique, plusieurs personnes dans le milieu décident de prioriser leur bien-être en ce moment et ce n’est pas la première fois.

Plaidoyer pour un journalisme plus humain

Une chose que j’ai vite remarquée en retournant à l’université et en apprenant les rouages du métier de journaliste, c’est la grande différence qui existe entre les personnes dans leur rapport au temps.

Ce fut une sorte de choc culturel en fait.

En journalisme, il faut être efficace et rapporter rapidement les informations, et je comprends tout à fait cette nécessité.

C’est le monde dans lequel on vit.

Mais pour certains, surtout lorsqu’on aborde des réalités plus difficiles et sensibles, il faut un peu plus de temps. Lorsque je fais mes demandes d'entrevue, je garde toujours en tête ce que cette personne pourrait vivre et ressentir.

Être journaliste, c’est aussi démontrer de l’empathie pour se connecter à l’autre et ensuite rapporter sa réalité le plus fidèlement possible.

Alors, lorsqu’une personne ne me répond pas tout de suite, j’attends.

Et bien souvent, elle me répond quand elle peut.

Je fais une petite relance après plusieurs jours sans nouvelles et, pratiquement à chaque fois, j’ai une réponse.

Qu’elle soit positive ou non.

Mon expérience personnelle vient aussi influencer mon approche. J’ai connu cette sursollicitation et il m’est beaucoup plus facile de répondre lorsqu’on me donne l’espace et le temps de le faire.

Je suis reconnaissante aussi lorsqu’on me relance gentiment.

On apprend en ce moment qu’en journalisme, il faut insister. Je décide de prendre ce conseil à ma manière.

Je veux retrouver le côté humain en journalisme. Je veux que les gens retrouvent confiance en les journalistes.

Alors, j’ose aujourd’hui rêver et espérer. Espérer que le journalisme continue à servir la population et pas le contraire.

Je rêve qu’on puisse développer ensemble une approche plus humaine au journalisme.

Je salue les personnes qui priorisent leur santé. Ça demande beaucoup de volonté et de courage pour prendre une telle décision.

Une décision plus facile à prendre lorsqu’on a le soutien d’une communauté et qu’on sait qu’elle sera là à notre retour.

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