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« Nos langues sont menacées, et il n’y a pas de loi qui les protège », dit Samian

Samian est sur le plateau d'On va se le dire. Il porte un chapeau en feutre.

Le rappeur Samian croit que protéger les langues autochtones est un devoir collectif.

Photo : Pamplemousse média

Charles-Émile L'Italien-Marcotte

Protéger les langues autochtones est un « devoir collectif, puisqu’elles font partie de notre histoire », affirme le rappeur anichinabé Samian, quelques jours après sa sortie sur les réseaux sociaux à propos des quotas de chansons francophones au Festival international de la chanson de Granby (FICG).

La place des langues autochtones au Québec reste pourtant à faire. Mais on est dans une situation enrichissante, se réjouit Samian, puisque 2022 marque le début de la décennie des langues autochtones. Il devient donc primordial de les mettre en valeur, et après des années de combat, le contexte n’a jamais été aussi favorable à leur promotion, selon lui.

Samian admet que certains festivals, notamment les Francouvertes, font de plus en plus de place aux langues ancestrales. Ils les reconnaissent, et cela laisse entrevoir une place plus importante jouée par les Premières Nations à la fois dans leur propre culture, mais aussi dans la diversité québécoise.

Ce serait d’ailleurs un pas vers la réconciliation, car, dit-il, on entend la vérité, mais on cherche la réconciliation sur le plan culturel et linguistique.

Samian trouve cependant dommage de taper sur le Festival international de la chanson de Granby. La controverse entourant le débat sur les quotas de musique francophone au FICG est avant tout une belle occasion de réconciliation. Son message sur les réseaux sociaux se voulait davantage une invitation à la réflexion. Pour lui, il est normal qu’il y ait des festivals qui n’ont pas de programmation anglophone; mais qu’il y ait une place pour les langues autochtones, ça va de soi.

Les Français étaient des alliés des Premières Nations, et nous avons plus en commun qu’avec les autres Nations, plaide Samian. Les festivals permettent justement de développer de véritables relations de nation à nation.

Aussi, le fait qu’il y ait de plus en plus de films, à l’instar de L’inhumain, ou de séries, comme Pour toi Flora, dont la production et le jeu sont assurés par des membres des Premières Nations permet aux Autochtones de s’approprier leur culture, de la mettre en valeur et, surtout, de la diffuser.

L’éducation comme point de départ

Une enseignante autochtone écrit sur un tableau

L'école a un rôle important à jouer dans la préservation des langues autochtones.

Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

Il y a 11 langues autochtones au Québec, et chaque communauté a un dialecte, rappelle Samian, pour qui l’éducation est primordiale dans le développement et la promotion de ces langues.

L’accès à l’apprentissage des langues autochtones devrait être offert à n’importe qui qui a envie de le faire, selon le rappeur. Il faut utiliser la technologie, insiste-t-il.

Mais c’est dans les écoles, véritablement, que tout se joue. Et le principal défi, c’est un manque de financement, plaide de son côté le directeur général du Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN), Denis Gros-Louis.

[Le gouvernement fédéral] fait un effort important pour offrir un financement comparable, reconnaît M. Gros-Louis, qui a hâte de voir le budget 2022 pour connaître le niveau de financement dévolu à l’éducation en langues autochtones, qui coûte plus cher.

M. Gros-Louis indique qu’il faut deux professeurs présents en classe pour bien enseigner les langues autochtones. Cela requiert ainsi un locuteur de cette langue, et un pédagogue. Le défi est donc d’offrir des salaires compétitifs.

Denis Gros-Louis derrière un bureau.

Denis Gros-Louis, directeur général du Conseil en éducation des Premières Nations, plaide pour une protection législative des langues ancestrales des Premières Nations.

Photo : (Facebook/Denis Gros-Louis)

Le contexte est cependant difficile. L’âge des locuteurs est très avancé, alors il faut former la jeunesse, la relève, réclame M. Gros-Louis.

Pour lui, il faut prendre en charge [les élèves] dès le plus jeune âge, ce qui donne des résultats concrets. Il cite l’exemple d’une cour d’école [où] on a entendu des jeunes de la maternelle se parler dans la langue ancestrale pour que les professeurs ne [les] comprennent pas. Il ne faut pas réprimer ça, insiste M. Gros-Louis.

Il demande aussi que les écoles provinciales soient des milieux sécuritaires au niveau culturel, pour que les jeunes des Premières Nations n’aient pas honte de parler leur langue.

M. Gros-Louis souligne qu’il y a un désir de valoriser et de parler [les langues ancestrales] dans la majorité des écoles des Premières Nations au Québec et qu'on est passé du mode éveil à un véritable enseignement, ce qui le réjouit.

Depuis 1972, on prend en charge notre éducation. Ce n’est plus le clergé qui administre les écoles dans les communautés autochtones, rappelle M. Gros-Louis, et c’est d’ailleurs de cette manière que le Conseil en éducation des Premières Nations est né.

M. Gros-Louis se dit optimiste pour l’avenir des langues ancestrales au Québec. Avec Internet, on peut développer des outils plus adaptés [...] et pédagogiquement plus forts, dit-il. Les jeunes possèdent de nombreuses compétences à l’apprentissage, selon lui, et il anticipe l’essor des langues ancestrales au Québec grâce à tous les efforts qui sont déployés pour les transmettre et les mettre en valeur.

Ça n’enlève rien au français

Nous, nos langues sont menacées, et il n’y a pas de loi qui les protège, souligne Samian, pour qui le fait de chanter dans sa langue ancestrale n’enlève rien à la langue française et, surtout, ne la menace pas.

D’ailleurs, il écrit sa poésie en français et la traduit ensuite en langue anichinabée.

« J’aime réapprendre ma langue par la musique. C’est une avenue pour la garder vivante. »

— Une citation de  Samian

Pour sa part, M. Gros-Louis déplore que les Premières Nations soient mêlées à la vieille rhétorique anglais/français, notamment avec le projet de loi 96 du ministre Simon Jolin-Barrette. Pour lui, le ministre se trompe de cible s’il refuse de laisser la place à la diversité avec les langues autochtones.

Les menaces [à la langue française] ne viennent pas de nos communautés, mentionne M. Gros-Louis. Il souhaite que le ministre Jolin-Barrette prenne un pas en arrière [pour avoir] un portrait global de la situation des langues ancestrales au Québec.

On veut une protection législative pour les langues autochtones, demande M. Gros-Louis, pour qui le gouvernement du Québec s’obstine à maintenir des barrières systémiques pour les étudiants issus des Premières Nations, notamment en ce qui a trait à l’éducation postsecondaire.

Chaque élève qui [obtient un] diplôme est un succès, poursuit M. Gros-Louis. Mais les écoles situées dans les Premières Nations sont moins équipées que les autres dans le réseau provincial, selon lui.

Et l’accès à une éducation de qualité pour les jeunes des communautés autochtones et l’égalité des chances sont la clé pour leur permettre de développer leurs compétences. C’est l’avenir, conclut M. Gros-Louis.

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