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Chronique

Être autochtone et journaliste

Kij Tai-Alexandra Veillette-Cheezo, une Anichinabée, dans une boutique d'art autochtone.

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo faisait partie de la délégation de jeunes Autochtones à la Marche pour le climat du 27 septembre 2019.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo

Récemment, j’ai pu participer à une conférence en ligne sur la justice environnementale. Nous étions quatre personnes de différentes nations autochtones et l'on discutait d’environnement. Ce qui m’a fait réfléchir sur le métier de journaliste que j'apprends actuellement à l’UQAM. Comment allier mon rôle de chroniqueuse à Radio-Canada avec mes implications? Comment bien me préparer à devenir journaliste et maintenir ce devoir d’impartialité?

Mon parcours

J’ai été très impliquée pendant mes années au secondaire. J’ai participé à des activités d’Oxfam-Québec et j’ai fait la marche 2/3. Mais, une fois dans le monde adulte, j’ai senti une grande fatigue. De plus, j'ai commencé à laisser mes valeurs de côté alors que j’entamais une quête identitaire. 

Par ailleurs, je n’ai pas participé non plus aux manifestations du printemps érable, alors que le cégep que je fréquentais a été en grève pendant des mois. 

Des années plus tard, quand j’ai commencé à construire ma propre communauté autour de moi avec une multitude de personnes différentes et uniques qui ont croisé mon chemin, j’ai enfin pu me retrouver. Toutes ces différentes perspectives m’ont ouvert sur le monde et sur moi-même.

Avant tout, j’ai dû faire valoir mes droits fondamentaux et ceux des gens qui m’entourent. On a à peine le choix quand on naît femme et autochtone. 

Marcher pour se recueillir

Je fais référence aux marches auxquelles j’ai participé et aux fois où j’ai parlé publiquement des réalités autochtones. Pour ma part, aller marcher pour une cause autochtone est une forme de recueillement. Lorsqu’une nouvelle sort concernant nos traumatismes, cela nous affecte collectivement. Donc, nous avons ce besoin de nous réunir pour guérir. C’est ce que l'on fait quand on marche pour honorer les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, Joyce Echaquan, les enfants perdus dans le système des pensionnats et ceux qui ont survécu et qui en gardent encore des cicatrices profondes. 

Alors, lorsque je marche, c’est pour me connecter avec les autres et me recueillir quand les temps sont difficiles pour nous tous. 

Les marches auxquelles j’ai participé ont constamment été pacifiques et faites dans un environnement de compassion et d’entraide.

Mon rôle en tant que journaliste

Aujourd’hui, je me questionne sur le rôle que j’ai et que j’aurai au sein du milieu journalistique. Tout d’abord, qu’est-ce qui m’a conduite au départ à me diriger vers ce domaine? 

J’ai toujours aimé partir à la rencontre des autres. Être journaliste, c’est être curieux. C’est poser des questions pour bien comprendre les autres et rapporter leurs perspectives. Ce qui nécessite bien sûr une neutralité journalistique. 

C’est pour cette raison aussi que j'apprécie œuvrer en sensibilisation. C’est un perpétuel cheminement d’apprentissage mutuel. 

Je sens alors que je suis à ma place en journalisme. Je souhaite pouvoir être en mesure de rapporter toutes les réalités qui forment notre société, et fidèlement. 

C’est donc pour cette raison que je me suis remise en question en tant que personne autochtone impliquée dans les causes qui affectent directement ma réalité. Je suis d’avis qu’il est possible de garder une ouverture sur toutes les perspectives tout en ayant à cœur nos valeurs. 

Alors, quand je parle publiquement de ma réalité qui vient rejoindre celles de plusieurs personnes de nos communautés ou lorsque je marche pour me recueillir, c’est avant tout pour rester humaine.

Mon devoir d’impartialité

Il est tout aussi important d’aller vers ceux qui ne partagent pas nécessairement la même réalité, dans le but de montrer une image représentant bien notre société. Il est primordial que tous les membres de celles-ci puissent s’exprimer sur leurs réalités au sein de l’espace public. 

Mais, parfois, il y a un déséquilibre. Certaines voix sont moins représentées ou même réduites au silence. Et, c'est là que le devoir du journaliste est vital, ainsi que, surtout, son devoir d’impartialité. Ce qui veut dire ne pas prendre parti et être ouvert à toutes les perspectives. Ce qui se lie à la curiosité du journaliste.

Je suis toujours en apprentissage. Je reconnais l’importance de rester fidèle à mes valeurs, mais également l’importance de mon autonomie en tant que journaliste. Je souhaite être en mesure de couvrir plusieurs sujets sans apparence de conflits d’intérêts. Donc, je reconnais l’importance de mon devoir d’impartialité en tant que journaliste.

J’ai ce désir d’apprendre la meilleure façon de représenter chacune des réalités formant notre société, tout en préservant qui je suis comme personne. Pour l’instant, j’ai l’occasion d’utiliser cette plateforme pour m’exprimer sur différents sujets entourant les réalités autochtones.

J’ai hâte de voir ce qui m’attend au-delà de ça.

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