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Coupes forestières : rencontre entre les Atikamekw et le ministre des Forêts

Cette rencontre devrait permettre de faire avancer l'épineux dossier des coupes forestières au moment où la grogne continue de monter sur le terrain.

Des troncs d'arbres enneigés et une pelle mécanique.

La création d'un comité de travail a été proposée afin de pouvoir avancer dans ce dossier.

Photo : Radio-Canada / François Genest

La question des coupes forestières sur le Nitaskinan (territoire ancestral atikamekw) a été au cœur d’une rencontre fort attendue entre le Conseil des Atikamekw de Manawan, le Conseil de la Nation atikamekw (CNA) et le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec jeudi. Cette rencontre était d’autant plus cruciale qu’une deuxième famille de Manawan a demandé à une compagnie forestière de mettre fin à ses coupes sur son territoire.

Les chefs de Manawan et de la Nation atikamekw ainsi que les deux chefs de territoire présents ont proposé au ministre Pierre Dufour la création d’un comité de travail afin de trouver un terrain d’entente visant à respecter le mode de vie atikamekw nehirowisiw dans l’aménagement et la gestion territoriale, selon le CNA.

Ce comité de travail pourra se pencher rapidement sur les préoccupations de chacun et arriver à des propositions et à des recommandations très rapidement avec des échéanciers très serrés, a indiqué le grand chef de la Nation atikamekw, Constant Awashish.

Il a dit estimer que cette rencontre a été fructueuse mais a tout de même déclaré qu'il attend maintenant des mesures concrètes.

Selon le cabinet du ministre Dufour, la discussion fut très cordiale et constructive.

Lors de cette rencontre, le ministre a eu l’occasion d’échanger avec les leaders de la Nation atikamekw sur leurs préoccupations quant aux activités de récolte forestière, a écrit le cabinet du ministre.

Cette rencontre a eu lieu après le moratoire imposé par Manawan et à la suite d'une grogne de plus en plus forte de la part de familles qui réclament la fin des coupes et qui exigent que des compagnies forestières sortent leurs machines de la forêt.

Il y a bientôt un an, le Conseil des Atikamekw de Manawan (CDAM) avait demandé au gouvernement québécois d’imposer un moratoire sur les coupes forestières.

Les chefs de territoire de la communauté le réclamaient, las de voir leur territoire et ce qui y vit être détruits sans qu'eux-mêmes reçoivent, disent-ils, une compensation décente. Depuis, rien n’a évolué dans le dossier et Manawan a imposé le moratoire en novembre 2021.

Puis, à la mi-janvier, le CDAM a adopté un règlement administratif qui permet la mise en œuvre du moratoire. Selon le document, toute personne ou toute compagnie forestière qui accède sans droit ni autorisation de la part de Manawan sur son territoire traditionnel pour faire de l’exploitation forestière pourra être expulsée par la police, recevoir une amende pouvant aller jusqu’à 50 000 $ par jour ou être sanctionnée par une action en justice.

Une autre forestière visée

Pendant que les discussions politiques avaient lieu jeudi, sur le terrain, une deuxième famille a demandé à une compagnie forestière de cesser ses coupes et de sortir les machines, comme l’avait fait la famille Echaquan au début du mois.

Des coupes ont eu lieu dans un endroit protégé et la compagnie savait qu’il ne fallait pas aller à cet endroit, a dénoncé le chef de territoire Henri Dubé.

Selon la famille Dubé, la Scierie St-Michel a aménagé un chemin d’au moins trois kilomètres dans une érablière que la famille considère comme une zone protégée. Ils ont brisé l’entente et ce n’est pas la première fois, a assuré Henri Dubé.

L’entente d’harmonisation est normalement signée, d'une part, entre un chef de territoire qui surveille et autorise l’accès aux ressources sur son territoire ancestral familial et, d'autre part, le gouvernement. Elle comprend ce qui est autorisé par la famille en matière de coupes forestières.

Un groupe de personnes discutent.

Une vingtaine de membres de la communauté, dont la famille Dubé, sont allés à la rencontre des employés de la Scierie St-Michel jeudi pour leur remettre une lettre dans laquelle ils exigent la fin des coupes.

Photo : Gracieuseté : Sylva Ottawa

Une vingtaine de personnes – dont la famille Dubé – se sont rendues jeudi au camp forestier pour demander à la compagnie d’arrêter les coupes et de sortir les machines. Elles l’ont néanmoins autorisée à récolter le bois déjà coupé.

Je veux qu’ils arrêtent de couper immédiatement, car ça travaille jour et nuit. En trois jours, tout un terrain peut être coupé complètement! a expliqué Henri Dubé.

Une lettre a été remise à l’ingénieur sur place pour lui expliquer les motifs de cette exigence. De plus, l’avocat de la famille a envoyé une mise en demeure à la compagnie.

Or, vendredi, les machines continuaient de ronronner.

Tant que l’État ne nous dit pas d’arrêter, on continue, a indiqué le président-directeur général de la Scierie St-Michel, Jean-François Champoux.

Il a réfuté l’idée selon laquelle l’entente d’harmonisation n’aurait pas été respectée dans ce cas car, selon lui, l'aménagement de ce chemin était prévu, contrairement à ce qu’affirme la famille Dubé.

Tout a été entendu avec la communauté de Manawan, je ne sais pas où l’information ne s’est pas rendue, a poursuivi M. Champoux. On est un client de l’État. Tant qu’il ne nous dit pas qu’on n’a pas respecté l’entente, on continue. On n’est pas là pour dire si [les Atikamekw] ont raison ou tort, mais on a un engagement contractuel avec le gouvernement et on le respecte.

Selon lui, les relations sont excellentes avec la communauté et avec les chefs de territoire. Jean-François Champoux a même assuré respecter les revendications des Atikamekw.

Selon lui, une discussion doit se tenir avec le gouvernement du Québec, c’est le discours de nation à nation qui n’est pas fait.

M. Champoux dit désormais attendre les résultats des travaux du comité dont la création a été proposée au ministre Pierre Dufour par les Atikamekw.

Une machine de compagnie forestière déplace des troncs d'arbres dans un paysage enneigé.

Frédéric Flamand, membre de la famille Dubé, a constaté que les opérations se poursuivent malgré leur demande.

Photo : Gracieuseté: Frédéric Flamand

Mais Annette Dubé-Vollant, la sœur d’Henri Dubé, dit avoir atteint l’écœurantite.

On veut l’arrêt des travaux pour envisager une autre vision, une autre manière de faire. Elle a rappelé que les compensations proposées lors des ententes d’harmonisation sont ridicules comparativement à ce que gagnent le gouvernement et les forestières. Ceux qui bénéficient de tout ça, ce n’est pas la famille.

On espère très fort que d’autres familles vont suivre le mouvement, a-t-elle précisé avant de demander aussi l’appui du Conseil des Atikamekw de Manawan et du CNA.

La famille Dubé n’a pas eu de nouvelles de la Scierie St-Michel. M. Champoux a affirmé avoir discuté avec le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa.

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