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Violences conjugales : aider les hommes pour guérir la famille

Un homme dont on ne voit que la main brûle de la sauge dans un petit récipient.

Le cheminement vers la guérison va de pair avec la reconnexion avec la culture autochtone.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

On parle beaucoup des femmes qui souffrent de la violence conjugale. Sans remettre en question les besoins de ces dernières, une Atikamekw d’Opitciwan croit qu’il faut aussi donner des ressources aux hommes qui commettent ces violences. Depuis des années maintenant, elle tente de monter un projet de centre de ressourcement qui leur est spécialement destiné.

Chantale Awashish est interprète au palais de justice de Chicoutimi et parfois pour la Sûreté du Québec. Elle a donc un accès privilégié aux agresseurs d'origine atikamekw.

Des fois, ce qu’ils racontent est très intime. Parfois, ils expliquent qu’eux-mêmes ont été abusés et sont devenus abuseurs, ils parlent de choses qui leur sont arrivées durant leur enfance et dont ils n’avaient jamais parlé à personne. J’ai entendu certains de ces hommes livrer leurs plus lourds secrets, explique Mme Awashish.

Deux femmes dans la forêt en train de dépecer des perdrix.

La création de ce centre pour hommes tient énormément à coeur à Chantale, qu'on voit ici en compagnie de sa mère.

Photo : Gracieuseté : Chantale Awashish

Selon elle, l’homme prend beaucoup d’espace dans la vie sociale ainsi que dans la vie privée, et pourtant, il est souvent laissé pour compte sur le plan des interventions psychosociales, des approches humaines de construction de soi et des relations avec les autres.

Une situation qu’elle veut changer. Elle a eu l’idée de monter de toutes pièces un centre de ressourcement et de guérison pour les hommes, près de sa communauté d’Opitciwan, située à 400 kilomètres au nord-ouest de La Tuque. On est en 2017 lorsque le projet germe dans sa tête.

Un homme serrant le poing devant une femme qui a les mains sur son visage.

Chantale pense que, pour aider les familles à sortir du cercle de la violence, les hommes doivent aussi avoir un espace pour exprimer leurs émotions.

Photo : Shutterstock

J’ai commencé à écrire dans mon ordinateur une ébauche. Puis il y a eu un petit abandon, car je ne savais pas comment chercher de l’aide, qui approcher, explique-t-elle.

Soutiens de taille

De fil en aiguille, elle réussit à entrer en contact avec le juge Pierre Lortie, de Chicoutimi. Il m’a dit que mon idée était pertinente, que c’était le genre de projet qui se rapproche de la justice réparatrice, ce qui est intéressant, raconte Mme Awashish.

Son projet a reçu le soutien d’un comité composé d’avocats de la défense, de la poursuite et des services de probation, qui a envoyé une lettre d'appui au ministère de la Justice.

Un capitowan dans la forêt.

Le capitowan est un endroit que les Autochtones affectionnent particulièrement pour se ressourcer.

Photo : Gracieuseté : Chantale Awashish

Cette lettre a été signée par le juge coordonnateur du Saguenay–Lac-Saint-Jean de l’époque, Richard P. Daoust. Un fort appui pour le projet de Mme Awashish.

Un montant de 30 000 $ a également été octroyé par le ministère de la Justice du Québec à titre d'aide financière au Conseil de la Nation Atikamekw afin de permettre l'évaluation de ce projet.

L'argent, le nerf de la guerre

Chantale Awashish cherche désormais des fonds et voudrait que son projet s’inscrive dans un programme de subvention, mais cela semble bien compliqué. Elle raconte que, pour soumettre son idée, elle doit disposer d’un numéro d’entreprise ou fonder un OSBL.

De la sauge dans un coquillage posé sur un linge.

La sauge est souvent utilisée pour apaiser les âmes tourmentées.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

La dernière fois qu’elle a voulu postuler, elle a réussi à envoyer sa demande dans les temps, mais a fourni les prévisions budgétaires après la date limite des dépôts de projet.

Pas de quoi la décourager pour autant. Je vais continuer et à un moment le tiroir va s’ouvrir. Ça me tient vraiment à cœur, car je vois combien les hommes sont démunis, lance celle qui voulait devenir psychothérapeute et qui avait d’ailleurs commencé des études en ce sens.

Son projet, qu’elle a baptisé Kweskokapowitan (retour à la source), elle le voit en pleine forêt. Mon père m’a toujours dit que c’est là qu’on va retrouver notre identité, pas en prison, détaille-t-elle. Le lieu précis a déjà été déterminé : il se trouve sur le territoire familial.

Une femme joue du tambour lors de la marche à la mémoire des femmes autochtones disparues et assassinées.

D'après Chantale Awashish, les hommes abuseurs ont souvent eux-mêmes été abusés et reproduisent des comportements qui les ont fait souffrir.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

On veut y construire des chalets, un capitowan [grande tente] et axer la guérison sur la vie traditionnelle, détaille-t-elle. Ce lieu représenterait une solution de rechange au système carcéral qui entraîne un déracinement culturel, une perte d’identité, de la langue et d’un mode de vie spécifique.

Chantale Awashish évoque le principe de justice réparatrice. Le centre aurait pour but d’aider les délinquants à prendre conscience des répercussions de leurs comportements déviants dans les différentes sphères de leur vie, à s’en défaire pour adopter un mode de vie sain et équilibré.

Les bénéficiaires devront respecter les règles en place, au risque de se faire expulser du centre.

Vue d'ensemble d'un village avec des maisons et de la forêt aux alentours.

Le centre serait installé dans la nature, à une cinquantaine de kilomètres de la communauté d'Opitciwan.

Photo : Facebook du Conseil des Atikamekw Opitciwan

Elle espère que, dans sa première phase de développement, le centre pourra accueillir de 10 à 15 personnes. Mme Awashish a même déjà pensé à la formation des employés et aux critères d’admission.

Selon elle, la guérison passe clairement par une reconnexion à la culture autochtone et au savoir traditionnel, et par une réappropriation de la langue.

Elle a réfléchi aux activités qui pourront être proposées, comme la chasse, le dépeçage de l’orignal, le tannage de peaux, la fabrication de raquettes et de tambours, les chants ou encore la danse.

Selon ses estimations, ce projet devrait coûter un peu plus d’un million de dollars.

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