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Manawan durcit le ton, une compagnie forestière doit cesser ses activités

Du bois coupé et empilé et de la machinerie le 4 février 2021 au Nouveau-Brunswick.

Le Groupe Crête, un chef de file dans le secteur de la production de bois d’œuvre, a dû arrêter ses activités sur le territoire de Manawan.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Le Conseil des Atikamekw de Manawan a fait arrêter les opérations forestières du Groupe Crête en utilisant un nouveau règlement administratif, et ce, à la demande d'une famille qui ne voulait plus de coupes sur son territoire familial.

Malgré le moratoire imposé par Manawan début novembre, les coupes se poursuivaient sur le territoire ancestral de la nation atikamekw, le Nitaskinan.

Un groupe composé de membres de la famille Echaquan, d'un élu du Conseil des Atikamekw de Manawan et d'autres membres de la communauté s'est alors rendu au camp forestier du Groupe Crête pour lui signifier de cesser toutes les coupes forestières dans les 24 heures.

La famille Echaquan ne voulait plus de coupes sur son territoire depuis plusieurs semaines et a finalement décidé de demander au Conseil d'utiliser un nouvel outil permettant la mise en œuvre du moratoire : un règlement administratif adopté le 18 janvier par le Conseil des Atikamekw de Manawan.

Le directeur général du Groupe Crête, Sébastien Crête, a confirmé que ses équipes ont dû sortir et que tout s'est bien passé.

La compagnie possède deux usines au Québec et a créé 325 emplois dans la région de Lanaudière et des Laurentides, notamment dans les opérations forestières et le transport.

Nous avons signifié au groupe Crête qu'on voulait l'arrêt des opérations sur le territoire familial de la famille Echaquan et lui avons remis le règlement. On a expliqué qu'on s'attendait à ce que les opérations cessent dans les 24 heures, et c'est ce qui s'est passé, a indiqué le délégué principal au développement économique au centre de ressource territorial du Conseil, Glenn Dubé.

On a eu une bonne rencontre avec la communauté, la famille. C'était courtois, a résumé Sébastien Crête, qui dit comprendre le point de vue des Autochtones.

La compagnie va pouvoir sortir le bois déjà abattu, une opération qui devrait durer trois à quatre semaines, mais les abatteuses ne doivent plus être sur les lieux.

On n'est pas là pour mal faire, a précisé Glenn Dubé. Ce n'est pas le but de l'opération.

« Le but de l'opération, c'est de s'entendre et de redéfinir une nouvelle relation avec le gouvernement et les forestières. On veut discuter autour de la table. »

— Une citation de  Glenn Dubé, élu de Manawan

Le directeur général du Groupe Crête, Sébastien Crête, attend que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs définisse mieux les règles du jeu pour le futur, rejoignant ainsi le point de vue du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ).

Du côté du cabinet du ministre Pierre Dufour, on dit être en contact avec les représentants de la nation atikamekw et de Manawan. Une rencontre est prévue dans les prochains jours, ajoute-t-on.

Un règlement pour pouvoir exécuter le moratoire

Le 18 janvier, le Conseil des Atikamekw de Manawan a durci le ton dans le dossier des coupes forestières sur son territoire traditionnel en adoptant un règlement administratif concernant l’imposition d’un moratoire sur les activités d’exploitation forestière sur le Nitaskinan.

Selon le document, toute personne ou compagnie forestière qui accède sans droit ni autorisation de Manawan sur son territoire traditionnel pour faire de l’exploitation forestière pourra être expulsée par la police et recevoir une amende allant jusqu’à 50 000 $ par jour.

En mars 2021, le Conseil des Atikamekw de Manawan (CDAM) avait demandé au gouvernement québécois d’imposer un moratoire sur les coupes forestières. Les chefs de territoire de la communauté le réclamaient, las de voir leur territoire et ce qui y vit être détruits sans recevoir, disent-ils, une compensation décente.

Québec a répondu avoir refusé une telle demande, notamment parce que le moratoire sur un vaste territoire aurait des répercussions socioéconomiques importantes dans plusieurs régions du Québec et [que] les activités de récolte de bois sont essentielles au maintien de l’économie régionale.

Début novembre, Manawan a donc décidé d’aller de l’avant et a écrit au premier ministre François Legault pour lui signifier qu'elle imposait un moratoire.

Pourtant, depuis, les activités forestières massives sur le Nitaskinan se poursuivent, peut-on lire dans le nouveau règlement.

Selon le document, sous réserve des droits ancestraux des Atikamekw ou d’un permis d’occupation délivré par le CDAM, il est interdit à toute personne ou compagnie forestière d’exercer toute activité forestière sur le Nitaskinan ou d’y accéder afin de procéder ou de planifier une telle activité d’exploitation.

En cas d’infraction, la personne ou la compagnie peut aussi être sanctionnée par une action en justice.

Le Conseil rappelle que les Atikamekw ont affirmé leur volonté d’autonomie et d’autodétermination territoriale dans leur Déclaration de souveraineté du 8 septembre 2014 et que les négociations sur les revendications territoriales durent depuis 40 ans avec les gouvernements provincial et fédéral.

Selon les Atikamekw de Manawan, les compagnies forestières procèdent à des activités forestières massives sur le Nitaskinan sans respect pour les droits des Atikamekw et sans offrir une compensation juste qui équivaut à un réel enrichissement.

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