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Michelle Sound, une première exposition solo tambour battant

L'exposition lokāwīsimāk nawac kwayask itōtamwak | aunties do it better | les tantes sont les meilleures est à l'affiche au Centre d'art daphne jusqu'au 5 mars.

Des tambours recouverts de fourrures pastel.

Ces tambours en peau de lapin rappellent que les femmes autochtones ont elle aussi travaillé dans le commerce de fourrures.

Photo : Radio-Canada / Maud Cucchi

Maud Cucchi

Soulagement! Les tambours en peau et en fourrure que Michelle Sound a confectionnés ces derniers mois ont fini par être exposés après moult rebondissements et un report du vernissage au Centre d'art daphne, dans la Petite-Patrie, à Montréal.

Une nouvelle forme de pointillisme s’invite dans cette galerie autogérée par des artistes autochtones. Comme celle-ci fait partie, avec les musées, des derniers bastions encore ouverts de la culture, il serait dommage de s’en priver.

Les tons pastel et la douceur des fourrures de lapin qui constellent les cimaises transforment l’espace en cocon où il fait bon s’aventurer en plein hiver, surtout en remontant la rue Saint-Hubert battue aux quatre vents. Encore un effort pour atteindre le Centre d'art daphne, au numéro 5842…

Deux des salles de la galerie avec des tambours pastel aux cimaises.

L'exposition solo « Michelle Sound : okāwīsimāk nawac kwayask itōtamwak / les tantes sont les meilleures / aunties do it better » est présentée jusqu’au 5 mars.

Photo : Radio-Canada / Maud Cucchi

L’artiste à l’honneur, membre de la Nation crie de Swan River, emploie de façon surprenante et exubérante un processus très prisé : le détournement.

Ses tambours n’en sont plus tout à fait, mais même injouables, ils deviennent d’autres symboles de l'identité des Premières Nations. Le rythme d’un cœur qui bat, caractéristique de l’instrument dans les pow-wow, s’applique aux figures féminines qui auront tant fasciné Michelle Sound.

« Ensemble, les tambours sont une force à honorer et à vénérer. Les tambours vous dominent. Les tambours sont beaux mais injouables, tout comme les femmes autochtones coriaces qui ont inspiré Michelle Sound. »

— Une citation de  Extrait du programme de l'exposition

Les œuvres exposées font en effet référence aux femmes fortes qu’elle a connues dans son enfance, tantes, mères et grand-mères, a expliqué l’artiste lorsqu'on l'a jointe à Regina, où elle installe sa prochaine exposition.

Je les regardais se préparer quand elles sortaient, que ce soit pour aller souper ou pour magasiner, se souvient-elle, et je les trouvais très cool avec leurs rires tonitruants et leur rouge à lèvres carmin. Elles semblaient bien s’amuser entre elles.

Deux épinglettes accrochées à une poche en denim.

Détail d'un tambour de l'exposition de Michelle Sound, qui en compte une trentaine.

Photo : Radio-Canada / Maud Cucchi

Comme un pied de nez à l'air du temps, le travail de l’artiste crie renoue ici avec la théâtralité. Sur ces tambours-canevas, la palette de couleurs est à la hauteur d’un flamboiement kitsch, rouge et décomplexé qui renvoie aux années 1990. Mais l'artifice, loin d'éteindre l'émotion, la rehausse.

Du cuir à franges ou clouté, du zèbre et du léopard, des couleurs fluo et des épinglettes d’affirmation identitaire sont autant de métaphores évocatrices de personnalités plus grandes que nature.

« Je vois des tantes au volant de camions sur des routes boueuses, des tantes amatrices de métal, des tantes qui portent le poids de leur communauté où qu’elles soient dans le monde. »

— Une citation de  Note d'intention de Michelle Sound
Des tambours aux matériaux variés sont exposés sur un mur de la galerie.

Vestes en cuir, fourrures, franges et jeans ont été tendus sur des cadres de tambours.

Photo : Radio-Canada / Maud Cucchi

Une autre série de tambours aux fourrures pastel rend hommage à celles qui, comme sa grand-mère, vendaient des fourrures de lapin pour arrondir les fins de mois.

Pourtant, le piégeage et la chasse ne sont pas un domaine où les femmes autochtones sont représentées comme pourvoyeuses dans le discours colonial contemporain des colons, fait remarquer l’artiste dans sa note d’intention.

Une troisième salle propose des projections de photographies personnelles qui superposent des paysages albertains d’où sa mère est originaire et des panoramas de la Colombie-Britannique, où elle a ensuite déménagé et élevé sa famille.

Elle gagnait sa vie dans une conserverie alors qu’elle détestait le poisson, raconte Michelle Sound. Elle le faisait pour nous. Ça, c’est vraiment de l’amour.

Michelle Sound dans le port de Vancouver.

Michelle Sound est née et a grandi à Vancouver.

Photo : Sweetmoon Photography

Une adresse prisée

Ouvert il y a tout juste un an, en pleine pandémie, le Centre d'art daphne continue de se distinguer dans le paysage des arts visuels au Canada.

À Vancouver, il n’existe pas de telles galeries entièrement gérées par et pour des Autochtones, fait observer Michelle Sound, qui a poursuivi ses études en histoire de l'art à l'université Simon Fraser.

« Être reconnu par ses pairs et ne pas être soumis à des critères commerciaux, ça fait une grande différence. »

— Une citation de  Michelle Sound, artiste visuelle

Après un vernissage très confidentiel en janvier – beaucoup de gens étaient malades ou avaient été déclarés cas contacts –, Michelle Sound espère revenir en mars pour rencontrer son public montréalais.

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