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Des thérapeutes refusent de jeunes Autochtones à cause de retards de paiement d’Ottawa

Le principe de Jordan censé aider les enfants autochtones en attente de soins de santé se trouve plombé par des lourdeurs administratives.

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Des fournisseurs de soins disent risquer la faillite parce qu'ils n'ont pas été payés par Services aux Autochtones Canada (SAC).

Photo : Getty Images / FatCamera

Radio-Canada

Des fournisseurs de soins de santé se plaignent qu'Ottawa prenne beaucoup trop de temps à payer certains services pour les enfants des Premières Nations, ce qui place leur entreprise en difficulté financière.

Les lourdeurs administratives fédérales retardent des thérapies vitales pour ces jeunes patients, soulignent-ils, et ces décalages peuvent entraîner des problèmes de développement chez l'enfant.

Plusieurs orthophonistes interrogés par CBC News ont indiqué que leurs jeunes patients attendent de 6 à 12 mois avant d’obtenir l'approbation de financement de la part de Services aux Autochtones Canada (SAC) pour commencer leurs séances en vertu du principe de Jordan.

Cette règle stipule que, lorsque les gouvernements fédéral et provincial ne s'entendent pas sur l'ordre de gouvernement responsable du financement des services, ils doivent d'abord aider l'enfant autochtone et départager les factures ultérieurement.

Des orthophonistes ont pourtant expliqué à CBC News que le paiement de leurs services est parfois en souffrance depuis plus d'un an, alors que la plupart du temps, les financements sont approuvés dans un délai de 10 à 30 jours ouvrables et le paiement versé dans les 30 jours.

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L'orthophoniste Rachel Pessah, propriétaire d'un cabinet à Timmins (en Ontario), s'inquiète des conséquences des longs délais administratifs sur la santé des enfants des Premières Nations.

Photo : Rachel Pessah

Rachel Pessah, propriétaire du cabinet d’orthophonie Bright Spot Therapy Services à Timmins, en Ontario, a suspendu les séances de 22 enfants des Premières Nations ce mois-ci. Elle explique que le ministère ne l'avait pas encore payée pour les séances réalisées et qu'elle se devait de rémunérer ses employés.

« L'année a été incroyablement stressante et j'ai dû envisager de licencier du personnel [...] de fermer mon entreprise à cause des retards. »

— Une citation de  Rachel Pessah, orthophoniste propriétaire de Bright Spot Therapy Services, en Ontario

Parmi les patientes concernées, Olivia, âgée de six ans, ne pourra plus bénéficier de séances d'orthophonie tant que SAC n'aura pas payé l'entreprise.

Je m'inquiète pour ma fille maintenant, confie une mère, Gail Tippeneskum. Que se passera-t-il si elle n'apprend pas ou ne parle pas aussi bien maintenant parce qu'elle n'a pas de séance avec les thérapeutes?

Rachel Pessah confirme que plus les enfants attendent pour bénéficier de services, plus l'écart se creuse entre leur niveau actuel et celui où ils devraient se trouver à leur âge.

Une révision envisagée

En 2017, le Tribunal canadien des droits de la personne a ordonné au Canada de traiter les demandes adressées aux enfants des Premières Nations dans un délai de 12 à 48 heures.

Des fournisseurs de services ainsi que des familles assurent que cette politique reste défaillante.

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Dans sa lettre de mandat, en décembre 2021, la ministre des Services aux Autochtones, Patty Hajdu, a dit « veiller à ce que les enfants autochtones obtiennent les soins dont ils ont besoin ».

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La ministre des Services aux Autochtones, Patty Hajdu, a déclaré jeudi qu'elle s'engagerait à revoir l'application du principe de Jordan par le gouvernement fédéral.

« S'il y a des retards dans l'accès aux services pour les enfants, je veux absolument le savoir et je m'engage à examiner pourquoi c'est le cas. Les fournisseurs doivent être payés en temps opportun. »

— Une citation de  Patty Hajdu, ministre des Services aux Autochtones

Dans un communiqué transmis à CBC News, le ministère a précisé avoir traité 81 % des factures dans un délai de 15 jours ouvrables entre avril et septembre 2021.

Des appels à éliminer la paperasserie

Le député néo-démocrate de Timmins-Baie James, Charlie Angus, a indiqué que son bureau avait passé plusieurs mois à essayer de trouver une solution pour les orthophonistes non payés comme Mme Pessah.

Pour un gouvernement, retarder les paiements de sorte que les enfants sont privés de services [signifie qu'il] joue avec la vie et l'avenir de cette génération d'enfants.

Pour Cindy Blackstock, directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations, ces retards ne sont pas surprenants, mais ils demeurent inexcusables.

Mme Blackstock indique avoir entendu parler de problèmes similaires par d'autres cliniciens. Elle dit avoir soulevé la question auprès du Tribunal canadien des droits de la personne en septembre dernier.

Maintenant, dit-elle, il est plus que temps pour le gouvernement fédéral d'agir.

« Nous voulons que [le gouvernement fédéral] élimine les formalités administratives entourant le principe de Jordan, qu'il revienne à l'essentiel. »

— Une citation de  Cindy Blackstock, directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations

Des cliniciens ont déclaré à CBC News que, même après l'approbation d'un financement, ils éprouvent des difficultés à ajuster leur plan de traitement pour répondre aux besoins changeants de jeunes patients.

Ils expliquent n'être payés que pour offrir une séance par semaine à un enfant et que si celui-ci a soudainement besoin d'une deuxième séance hebdomadaire, il peut s'avérer très difficile de convaincre le ministère de payer davantage.

Ils ajoutent que le ministère leur demande de facturer aux familles les séances manquées, ce qui représente une lourde charge financière pour de nombreux ménages.

Beaucoup d'entreprises refusent de travailler avec [le principe de Jordan] parce que nous ne sommes pas payés, a reconnu Alana MacIntyre, orthophoniste et propriétaire de Spark Rehabilitation à Sault-Sainte-Marie, en Ontario.

Elle aussi souhaiterait une meilleure concertation entre représentants fédéraux et fournisseurs de soins pour mettre au point un processus qui ne pénalise pas les enfants autochtones.

D'après les informations d'Olivia Stefanovich, de CBC News

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