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2021, l’année des Autochtones au Québec et au Canada

Deux femmes habillées en orange se tiennent front contre front, les yeux fermés.

Deux femmes présentes à la marche du 1er juillet à Montréal pour rendre hommage aux enfants autochtones, dénoncer le génocide culturel et réclamer la justice.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Et si l’année 2021 était l’année du début réel de la réconciliation? L’année où les sujets autochtones ne seraient plus cantonnés à la section des faits divers? C’est une réflexion qui vient à l’esprit à la lecture des sujets ayant animé la scène autochtone au pays.

Bien sûr, il fut largement question en 2021 de la mort de Joyce Echaquan et de la découverte de sépultures sur les emplacements d’anciens pensionnats pour Autochtones. Mais on a aussi parlé de réconciliation, d’autonomisation des communautés et de rayonnement des cultures autochtones.

Retour sur une année porteuse d’espoir, malgré tout.

1- La tragédie des pensionnats exhumée

La découverte, en mai, de traces de 215 tombes sur l'emplacement de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, en Colombie-Britannique, a eu l’effet d’une déflagration. L’horreur vécue par les enfants, arrachés à leurs familles par le gouvernement canadien, était connue, mais beaucoup de Canadiens n'étaient que peu ou pas informés de cette réalité.

Plusieurs communautés ont ensuite exprimé le souhait d’effectuer des fouilles sur d’autres sites. Nous avons reçu à ce jour 175 demandes, indique Nicolas Moquin, relationniste au ministère des Services aux Autochtones Canada. De ce nombre, 58 groupes ont envoyé un formulaire de demande de financement et 11 dossiers ont déjà été approuvés.

John Elliott tient un géoradar qui ressemble à une tondeuse à gazon.

John Elliott, survivant du pensionnat Mohawk Institute en Ontario, s'entraîne à utiliser la technologie du radar à pénétration de sol qui permet de déceler des sépultures.

Photo : Radio-Canada / Bobby Hristova

Outre le fait qu’il permet aux langues de se délier, l'événement a mis en relief le manque de compassion des différents ordres religieux impliqués. Si le pape François a exprimé sa douleur, il ne s’est toujours pas officiellement excusé au nom de l’Église. Les évêques catholiques du Canada ont présenté des excuses officielles cette année, mais pourquoi ne l’ont-ils pas fait avant? En outre, la question de l’accès aux archives relatives à ces pensionnats n’est pas totalement réglée.

La découverte aura néanmoins servi de déclencheur.

« Il s’est opéré un virage soudain dans les conversations qui se tenaient à l’échelle du pays. On a commencé à évaluer nos valeurs et nos gestes en tant que pays sous l’angle de la vérité et de la réconciliation. »

— Une citation de  Garnet Angeconeb, du Cercle des survivants du Centre national pour la vérité et la réconciliation

Même si le Canada a souligné pour la première fois le 30 septembre la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le Centre national pour la vérité et la réconciliation souhaite que des gestes concrets de rapprochement soient posés toute l’année.

2- Des femmes au pouvoir

Si 2021 a été l’année des victimes des pensionnats pour Autochtones, elle aura aussi été l’année des femmes autochtones.

Justin Trudeau est assis près de la gouverneure générale Mary Simon.

La gouverneure générale Mary Simon a prononcé le discours du Trône au Sénat à Ottawa, le mardi 23 novembre 2021.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

L’Inuk Mary Simon a été nommée gouverneure générale du Canada. La Crie RoseAnne Archibald est devenue la première femme élue à la tête de l’Assemblée des Premières Nations. Au Québec, on a aussi assisté à deux premières féminines : l’élection de Mandy Gull-Masty au Grand Conseil des Cris du Québec, qui chapeaute neuf communautés, et celle de la Mohawk Kahsennenhawe Sky-Deer à Kahnawake.

Pas facile par contre d’obtenir des statistiques sur la représentation féminine au sein des instances autochtones du pays. C’est probablement le signe qu’il s’agit d’un enjeu encore peu documenté et qu’il reste donc du chemin à parcourir.

3 - Joyce, Raphaël et Elisapie : bâtir sur une tragédie

Les morts tragiques de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette et celles de Raphaël André et d'Elisapie Pootoogook, morts dans les rues de Montréal, n’auront peut-être pas été vaines.

Selon le rapport du coroner, le racisme et les préjugés auxquels Mme Echaquan a fait face ont certainement été contributifs à son décès et sa mort aurait pu être évitée si cette mère atikamekw de 37 ans avait obtenu des soins adéquats au lieu d’être ostracisée.

Une photo du couple est installée dans un sapin.

Dans la résidence de Carol Dubé à Manawan, le sapin est mauve, la couleur préférée de Joyce, sa conjointe décédée il y a un an.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Depuis, les autorités de santé de la région ont nommé des membres atikamekw comme adjoint aux plaintes, adjoint au PDG, ainsi qu’au conseil d’administration. Toutefois, le gouvernement Legault refuse de reconnaître le racisme systémique au sein des institutions, comme le recommandait pourtant la coroner Géhanne Kamel.

À Montréal, le décès de l’Innu Raphaël Napa André, mort de froid en plein hiver, puis celui de l’Inuk Elisapie Pootoogook, cet automne aux abords d’un chantier, ont révélé des failles dans le filet de protection.

Si différents leaders autochtones se sont regroupés pour faire installer une halte chaleur chauffée à l’ouest du centre-ville, son exploitation est en bonne partie à leurs frais. Il en coûte environ 100 000 $ par mois pour accueillir jusqu’à 400 itinérants chaque jour sous la tente du square Cabot, souligne Nakuset, présidente de Résilience Montréal.

Son organisme espère parvenir à concrétiser en 2022 la construction d’un centre de jour afin de répondre à la demande.

4- Se raconter par les arts

Plusieurs artistes autochtones de disciplines variées ont connu la reconnaissance en 2021. Sur la scène littéraire, le journaliste et écrivain Michel Jean a reçu le prix France-Québec pour Kukum qui raconte la sédentarisation forcée des personnes innues à travers l’histoire singulière de l’arrière-grand-mère de l’auteur.

Au cinéma, Beans a été consacré meilleur film aux 9e prix Écrans canadiens. Voir la crise d’Oka, 30 ans plus tard, sous l’oeil d’une Mohawk de 12 ans permet notamment d'aborder l’histoire sous un angle différent de celui des manuels scolaires. Bootlegger a, de son côté, été diffusé dans plusieurs festivals au Canada, et le court métrage en langue inuite Angakusajaujuq, l’apprentie chamane, est toujours en lice pour être nommé aux Oscars.

Des photos de femmes autochtones devant des images d'archives.

L'oeuvre « Debouttes! » de l'artiste d'origine anichinabée et française Caroline Monnet.

Photo : Caroline Monnet

Du côté des arts visuels, l'œuvre Debouttes! de l’artiste anichinabée Caroline Monnet fera partie de la collection permanente de l’UNESCO aux côtés d'œuvres faites par des artistes de partout dans le monde. L’œuvre géante, qui met en relief la force des femmes autochtones ainsi que leur apport à leurs communautés, sera installée au siège de l'organisation, à Paris.

L’année 2021 a aussi été marquée par l’inauguration de l'exposition Voix autochtones d’aujourd’hui au Musée McCord, la première à avoir été conçue par des Autochtones. Trois mois plus tôt, le musée montréalais avait annoncé la création d’un comité voué à la décolonisation de l’histoire, afin de la raconter au nous.

5- La COVID-19 en filigrane

Comme partout sur la planète, l’année a été rythmée par les éclosions de COVID-19 dans les communautés. Cet automne, le Nunavik a été particulièrement touché avec un pic où le virus touchait en même temps près du quart des habitants dans certains villages du Grand Nord.

Selon les données de Santé Canada (Nouvelle fenêtre), depuis le début de la pandémie, 51 964 tests positifs avaient été enregistrés au sein des communautés des Premières Nations du Canada. Cela signifie qu’environ 12 % de la population a été contaminée et 559 en sont morts.

Toutes proportions gardées, les Autochtones vivant en communauté ont été 2,5 fois plus contaminés par la COVID-19 qu’ailleurs au Canada. Par contre, le taux de mortalité (1,1 % des personnes infectées) a été 35 % moins élevé dans les communautés autochtones qu'ailleurs au pays.

Une voiture arrive au point de contrôle dans un décor enneigé.

Sans forcément aller à contre-courant de la santé publique, la gestion de la pandémie dans les communautés autochtones a été gérée de façon relativement autonome. Comme ici à Chisasibi où une guérite a été installée pour filtrer les entrées.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Du lot, le Québec semble s’en être mieux sorti. En tout, 1215 cas positifs ont été recensés dans les communautés depuis le début de la pandémie, soit environ 2 % de leurs habitants.

La gestion de la pandémie dans les communautés autochtones appartient aux gens qui vivent dans la communauté. Ce sont eux qui décident si, oui ou non, on va avoir à gérer quelque chose d’épouvantable, mais jusqu’à date, ça a bien été, soulignait ce printemps Karine Régis, directrice de la santé de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam.

« Du monde compétent, engagé et qui connaît la communauté, ça rassure! »

— Une citation de  Karine Régis, directrice de la santé à Uashat mak Mani-utenam

6- L'énergie, vecteur de développement (et de tensions)

En 2020, les Autochtones avaient principalement fait parler d’eux au Québec et au Canada par des blocages de voies ferrées en soutien à des chefs héréditaires wet'suwet'en qui s'opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique. Un dossier à ce jour non réglé.

Mais l’énergie peut aussi être une source de rapprochement et de prospérité. En février, après plusieurs années de controverse, le gouvernement Legault a donné son feu vert au projet de parc éolien d’Apuiat. Il sera construit sur le territoire traditionnel des Innus de Uashat mak Mani-utenam et les terres publiques de la ville de Port-Cartier dans l'est du Québec en partenariat avec l'entreprise Boralex.

Des éoliennes avec le logo d'Apuiat.

Le futur parc éolien Apuiat

Photo : Gracieuseté : site Internet d'Apuiat

En outre, Hydro-Québec a finalisé cet automne une entente avec les Mohawks de Kahnawake concernant la propriété conjointe de la partie québécoise de la future ligne de transport d’électricité chargée d'alimenter New York. Le projet doit permettre à terme de verdir le bilan carbone de la mégapole américaine.

L’organisation cet automne du Grand Cercle économique entre les peuples autochtones et le Québec inc. aura été l’occasion de créer et de raffermir les liens. HEC Montréal y a annoncé la création de l'École des dirigeants des Premières Nations et le Grand Conseil des Cris du Québec y a dévoilé un projet immobilier de 26 étages à l’entrée du centre-ville.

En 2021, il a aussi beaucoup été question d’eau potable, 31 communautés, principalement en Ontario, n’y ayant toujours pas accès. Cet été, le gouvernement Trudeau a néanmoins annoncé des investissements totalisant près de 8 milliards $ pour améliorer l'accès à l'eau potable dans 258 communautés et indemniser celles qui ont été historiquement lésées.

Le logo de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador.

L'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador sera en élection pour élire son chef le 25 janvier.

Photo : Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador

7- À suivre en 2022

La cinquième vague de COVID-19 a entraîné le report de la visite d’une délégation autochtone au Vatican. Celle-ci devrait néanmoins avoir lieu en 2022.

En attendant, les fouilles sur les sites d’anciens pensionnats pour enfants autochtones vont certainement encore rythmer l'actualité et accentuer la pression sur le pape François pour qu’il s’excuse au nom de l’Église.

Mais il sera aussi question d’enfants autochtones relativement à d’autres dossiers. Cette semaine, le gouvernement Trudeau a mis sur la table 40 milliards $ pour indemniser des enfants des Premières Nations retirés de leur foyer après 2006, mais aussi pour instituer des systèmes d’aide à l’enfance au sein même des communautés. Des négociations sont en cours.

Questionné par Espaces autochtones sur les priorités d'Ottawa en 2022, le cabinet de la ministre de Services aux Autochtones Canada, Patty Hadju, a mentionné cinq priorités touchant à la qualité de vie, la protection de l'enfance et l'amélioration des programmes. En tête de liste : Faire progresser l’autodétermination des Premières Nations, des Inuits et des Métis et l’autonomie des communautés pour qu’elles prennent légitimement les décisions pour leurs membres.

La guerre des champs de compétence entre Québec et Ottawa risque donc aussi de se perpétuer en 2022 sur ce front-là.

Le début d'année sera aussi rythmé par des élections à la tête de l'APNQL, à l'occasion desquelles le chef Ghislain Picard briguera un onzième mandat. L'organisation indique que, parmi ses priorités pour 2022, figurent notamment la sécurité publique, la question des territoires et des ressources, les suites du Grand Cercle économique, le recours collectif des femmes autochtones de Val-d'Or et la question des stérilisations forcées.

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