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La jeunesse atikamekw se dote d’une stratégie pour un avenir qui reflète sa réalité

Anthony Dubé Quitich, Miguel Coocoo Chachai et Liam Niko Awashish.

Les représentants jeunesse de Manawan, Anthony Dubé Quitich, de Wemotaci, Miguel Coocoo Chachai, et d'Opitciwan, Liam Niko Awashish, expliquent la stratégie aux jeunes présents.

Photo : Gracieuseté : Conseil de la Nation atikamekw

Le Conseil de la Nation Atikamekw (CNA) a dévoilé la première stratégie jeunesse (Ke ici matcitcik ka ockatisitcik), choisie et écrite par les jeunes Atikamekw. Ce guide doit permettre de mieux orienter les politiques jeunesse, et il sera mis en œuvre par le Secrétariat à la jeunesse atikamekw, créé en mai dernier.

Le Secrétariat à la jeunesse atikamekw s’est fixé cinq axes sur lesquels il concentrera son action :

  • langue, culture et tradition;
  • éducation;
  • santé et bien-être;
  • développement;
  • affirmation.

Pour ce faire, il bénéficiera notamment d'un budget de 600 000 $ sur trois ans octroyé par le Secrétariat à la jeunesse du gouvernement du Québec.

C’était une journée exceptionnelle, symbolique, résume Kosa Chilton pour décrire la journée du dévoilement de la stratégie. Car la stratégie reflète la réalité des jeunes Atikamekw et va leur donner une voie pour leur avenir. Kosa Chilton est l’une des quatre personnes à avoir participé à sa rédaction.

La stratégie émane de plusieurs consultations et de discussions lors des quatre sommets jeunesse organisés par le Conseil de la Nation Atikamekw entre les jeunes Atikamekw de Manawan, Wemotaci, Opitciwan et ceux qui résident en milieu urbain.

Kosa Chilton.

Kosa Chilton lors du dernier sommet jeunesse.

Photo : Gracieuseté : Kosa Chilton

Avant, quand nous, les jeunes, on essayait de se mobiliser, on nous disait d’écouter, de regarder seulement, de ne pas trop parler. On se faisait dire qu’on ne comprenait pas encore, qu'on était trop jeunes, raconte Kosa Chilton, 27 ans.

Les sommets jeunesse nous ont d’abord donné une plateforme où on pouvait se manifester, donner nos opinions et qu’elles comptent. Avec le Secrétariat et la stratégie, on va avoir une légitimité pour se faire écouter, poursuit-il.

Considérant que 70 % de la population atikamekw a moins de 35 ans, ce jeune père de trois enfants rappelle qu’il faut laisser la jeunesse se prendre en main.

Par les jeunes et pour les jeunes

Le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, a relancé les sommets jeunesse, après son arrivée à la tête de la nation atikamekw en 2014 à l’âge de 33 ans. C’était, dit-il, une façon d’allumer la flamme, les motiver à participer, leur donner de l’espoir.

Mais maintenant, la stratégie et le Secrétariat sont des démarches d’eux pour eux, précise Constant Awashish. Le Conseil de la Nation Atikamekw n’est là que pour faciliter et soutenir le travail des jeunes.

« Miser dans la jeunesse atikamekw, c’est miser à la bonne place! »

— Une citation de  Constant Awashish, grand chef de la Nation Atikamekw

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Constant Awashish.

Le grand chef et président de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Ils veulent s’affirmer. Si on écoute les jeunes, les choses vont se placer, poursuit-il, indiquant vouloir appliquer ce que les aînés lui ont dit : penser aux jeunes quand il prend des décisions.

Car la jeunesse, c'est l'avenir de la nation aussi. Alors, précise Constant Awashish, il faut leur donner les moyens de bien le définir. Le Secrétariat à la jeunesse va me permettre de mieux protéger leur intérêt.

Éducation et langue parmi les priorités

La stratégie souligne les préoccupations les plus importantes des jeunes Atikamekw.

Dans un sondage mené en ligne cet été, la réussite éducative est ressortie en premier lieu, suivie du développement économique et de la protection de l’héritage culturel. 163 Atikamekw de 15 à 35 ans y ont répondu.

En ce qui concerne l’éducation, les consultations ont soulevé plusieurs problèmes tels que le surpeuplement dans les écoles, le manque d’encadrement ou encore l’implication trop limitée des parents. La stratégie propose notamment de favoriser l’enseignement adapté à la culture et au contexte atikamekw, mais aussi d’optimiser le soutien financier des étudiants.

Selon le sondage, 61 % des répondants ont un niveau d’éducation de niveau secondaire ou inférieur, mais près d’un sur deux dit ne pas avoir atteint ses objectifs.

Créer des emplois et promouvoir l’entrepreneuriat font partie des clés pour le développement économique des jeunes Atikamekw. Près de 70 % des répondants au sondage ont d'ailleurs déclaré avoir des revenus annuels inférieurs à 40 000 $.

Constant Awashish, Luc Martel, Marie-Louise Tardif et Ian Lafrenière.

Le grand chef Constant Awashish accompagné du maire de La Tuque, Luc Martel, de la députée de Laviolette–Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, ainsi que du ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, Ian Lafrenière, lors du dévoilement de la stratégie.

Photo : Gracieuseté : Conseil de la Nation atikamekw

Même si la langue atikamekw est une langue très vivante, il semble qu’elle soit en perte de vitesse chez les jeunes, surtout en milieu urbain. Or, rappelle le chef Awashish, notre langue porte notre identité.

Les jeunes Atikamekw ont donc indiqué qu’il y avait urgence de préserver l’héritage atikamekw et le lien avec le Nitaskinan, le territoire ancestral. La stratégie propose donc de promouvoir l’Institut linguistique atikamekw, fondé en 1986, et de développer des actions avec lui. D'ailleurs, le Conseil de la Nation Atikamekw vient de sortir deux dictionnaires, un atikamekw-français et un français-atikamekw.

Les jeunes évoquent aussi l'augmentation du nombre de retraites en forêt pour le ressourcement ainsi que la création de programmes de transmission des savoirs et de la culture.

L’amélioration de la santé et du bien-être passe notamment par le logement, qui reste une grande problématique pour les communautés. Elle passe aussi par un meilleur accès aux services de santé.

Connaissance et reconnaissance des droits

Enfin, la jeunesse atikamekw veut être plus impliquée dans la connaissance et la reconnaissance de ses droits, notamment territoriaux. Même si une majorité estime que la reconnaissance de la nation atikamekw et de ses droits par les gouvernements est lente, ils estiment qu’elle avance. Ils veulent être plus informés sur les grands enjeux politiques.

Kosa Chilton le confirme. On veut avoir une place au sein des conseils, dit-il, assister aux réunions importantes, savoir ce qui se passe, se baigner dans la sphère politique pour être dedans et apprendre.

Un peu à l’image de la nation crie qui, dès 1985, a lancé un processus pour intégrer et faire participer les jeunes au processus politique et décisionnel. Cinq ans plus tard, le Conseil des jeunes de la nation crie a été créé.

Les Atikamekw ont trois représentants jeunesse : Miguel Coocoo Chachai pour Wemotaci, Anthony Dubé Quitich pour Manawan et Liam Niko Awashish pour Opitciwan.

En 2019 a été adoptée la Charte Jeunesse Atikamekw Nehirowisiw (Nouvelle fenêtre) lors du troisième sommet jeunesse.

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