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« Indien stoïque », petit traité d’indignation autochtone en moins de 80 pages

L'essai de Daniel Sioui joue sur deux tableaux : un raisonnement politiquement engagé, une plume assez drôle pour être grand public.

Le livre Indien stoïque.

« Indien stoïque » constitue le premier ouvrage de la collection «Harangues», une nouvelle collection s'intéressant à l’avenir des Premières Nations.

Photo : Radio-Canada / Véronik Picard

Maud Cucchi

Réconciliation, pensionnats, racisme systémique, colonisation... Au moment où ces termes défraient la chronique, un étonnant petit essai de 80 pages, sorte d'« Indignez-vous » de Stéphane Hessel, jette un pavé dans la mare des questions autochtones.

À contre-courant de la doxa générale, sans pincettes et sans épargner, non plus, son propre camp.

Personnellement, je trouve qu’on entend vraiment trop souvent parler de notre passé de chnoute et pas assez de notre avenir de rêve, écrit sans détour Daniel Sioui dès les premières pages d’Indien stoïque, publié par la maison d'édition Hannenorak, dont il est le fondateur.

Dans cet ouvrage plein d’humour qui est aussi un riche livre de propositions politiques et de prises de position, l’autocritique fuse dans tous les sens. En résumé : il faudrait d’abord que les Autochtones arrêtent de se complaire dans une attitude passéiste et victimaire en clamant que tout était bien mieux avant la colonisation.

« Si nous le désirons vraiment, la période que nous vivons pourrait être notre fameux âge d’or. [...] nous devons grandir ensemble et sortir de notre rêvasserie de vouloir recréer l’Amérique d’avant les Blancs. »

— Une citation de  Daniel Sioui, auteur et éditeur (extraits d'« Indien stoïque »)

Pour y tendre, l'écrivain n’hésite pas à partager des opinions tranchées et une vision nourrie de changements radicaux.

En premier lieu, de (vrais) leaders autochtones manquent cruellement à l’appel, estime-t-il. Son essai éclabousse aussi bien le chef Ghislain Picard, qui a l’air d’un bon jack, mais n’a pas de réel pouvoir, que l’Assemblée des Premières Nations (APN) qu’il considère vraiment factice, un peu comme l’ONU, dit-il.

Optimiste? Plutôt réaliste rétorque Daniel Sioui avec une pointe de sarcasme dans la voix. Son essai joue sur deux tableaux : un raisonnement politiquement engagé, une plume assez drôle pour être grand public.

Référendum

Mais les mots les plus durs sont ceux réservés au clientélisme qui règne au sein des communautés et aux dissensions entre les Nations. Savez-vous ce qui sera encore plus difficile que d’essayer de convaincre le gouvernement de nous redonner ce qui nous revient en droit? Je vous le donne en mille : ce sera de s’entendre entre Autochtones, ose-t-il révéler.

Ou l’art délicat de vouloir réveiller le lectorat autochtone sans provoquer de chicane, comme il l'explique en entrevue.

Quant à la réconciliation que tant appellent de leurs vœux, Daniel Sioui s’emporte : C’est ce qui m’indigne le plus, parce que tel qu’on l’entend actuellement, ça signifie assimilation.

L’éditeur wendat caresse encore le rêve de nations indépendantes, souveraines, et d’un référendum à la québécoise pour décider de l’avenir des communautés autochtones. Un choix crucial, insiste-t-il.

« Je ne crois pas qu’il soit possible d’améliorer nos liens avec les Canadiens tant que nous n’aurons pas fait notre choix nous-mêmes. »

— Une citation de  Daniel Sioui

De beaux petits Indiens

Le libraire et directeur de la maison d’édition Hannenorak, spécialisée dans les ouvrages sur les Premières Nations, reconnaît qu’il préfère plutôt agir dans les coulisses de l’industrie du livre. Mais un jour, un commentaire déplacé lors d'une réunion professionnelle le fait sortir de ses gonds.

On m’a demandé d’édulcorer des paroles d'Autochtones pour faire ressortir la bienveillance et ne pas fâcher les Québécois, se souvient-il. Ça m’arrive souvent d’être fru, mais cette fois-là, j’étais vraiment en rogne.

Daniel Sioui en train de lire.

L'éditeur Daniel Sioui se lance pour la première fois dans l'écriture avec ce court essai, brûlot jubilatoire.

Photo : Radio-Canada / Véronik Picard

Cet incident l’a poussé à prendre la plume à son tour, comme un exutoire salutaire, une manière de dire que l'on ne peut pas tout accepter en restant de marbre.

Il faudrait que les Autochtones restent de beaux petits Indiens bienveillants qui vivent tranquilles dans leur forêt. Ben, câlisse, on n’en a même plus de forêt!, tonne l’auteur, qui a choisi un détail d'une œuvre de l'artiste cri Kent Monkman pour illustrer sa couverture... qui claque! C'est le côté politique dans l'humour, c'est très autochtone.

Son essai lance d'ailleurs une toute nouvelle collection dédiée aux voix autochtones qui s'exprimeront sur l'avenir des Premières Nations, la collection Harangues. Des opuscules accessibles à tous, à la manière d'essais qui ne seraient pas réservés à des experts et pourraient même se répondre l'un l'autre. J'ai la chance d'avoir un canal d'expression, je veux pouvoir amener la discussion. Avis aux intéressés...

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