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La police intervient pour une famille crie qui demande des soins de santé

Les membres de la famille Mukash disent qu'ils ont perdu confiance dans la clinique locale du Conseil Cri de la santé.

Slash Mukash-Saganash est assis sur une couverture posée sur des branches de sapin.

Le petit Slash Mukash-Saganash a été amené à la clinique médicale de la communauté crie de Whapmagoostui parce qu'il avait les pieds et les lèvres bleus. Le personnel de la clinique a fait appel à la police.

Photo : Gracieuseté : Jade Mukash

Radio-Canada

Les membres d'une famille crie du Nord-du-Québec se disent sous le choc après que la police a été appelée à la clinique médicale où ils tentaient d'obtenir de l'aide pour un bambin en détresse, une nuit.

Je tremblais de façon incontrôlable. Je ne pouvais pas dormir. Je ne pouvais pas manger, explique la mère du bambin, Jade Mukash, qui vit dans la communauté crie de Whapmagoostui, au Québec, à environ 1200 km au nord de Montréal.

Le petit Slash, qui est âgé de 11 mois, souffre d'eczéma et montrait les signes d'une infection pour laquelle il a déjà reçu des antibiotiques. Tôt mardi matin, alors qu'il était léthargique depuis deux jours, sa famille a constaté que ses pieds et ses lèvres étaient bleus, rapporte sa mère, Jade Mukash.

Vers 1 h du matin, la mère de 22 ans a appelé la clinique médicale de la communauté, qui est gérée par le Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie James. Son personnel comprend des travailleurs de la santé cris, mais aussi de nombreuses infirmières et médecins allochtones qui travaillent dans la communauté par rotation.

Après avoir d’abord refusé de recevoir le garçon, l'infirmière de garde a accepté par téléphone de le faire venir à la clinique, raconte Mme Mukash.

Mais la tension est montée d'un cran et, durant l'appel téléphonique, l'infirmière a déclaré qu'elle ne se sentait pas en sécurité, puis a menacé d'appeler la police, explique Mme Mukash.

Mme Mukash, accompagnée de son conjoint (le père de Slash) et d'autres membres de la famille, a alors amené le bambin à la clinique de Whapmagoostui. Il y avait deux infirmières en fonction, mais aucun médecin, dit-elle.

Deux équipes policières sont intervenues

Mme Mukash ajoute que les tensions étaient encore vives une fois à la clinique, car elle a insisté, lors de la consultation avec l'infirmière, pour que son fils puisse voir un médecin capable de lui prescrire des antibiotiques, car ce traitement avait fonctionné par le passé. Elle dit aussi qu’aucun membre de sa famille n'a menacé ni élevé la voix sur le personnel de la clinique.

Mais l'infirmière de garde a de nouveau évoqué la police alors que la famille était à la clinique, en affirmant cette fois-ci que c’est le médecin qui avait conseillé au personnel de prévenir la police, poursuit Mme Mukash. Ainsi, des policiers de deux juridictions différentes sont arrivés sur les lieux, et la famille est repartie.

« Je ne cesse de revivre la peur d'être expulsée de force de la clinique, simplement parce que j'essaie d'obtenir des antibiotiques pour mon bébé. »

— Une citation de  Jade Mukash

Environ 12 heures plus tard, Jade Mukash est retournée à la clinique, où un médecin a prescrit des antibiotiques pour Slash.

Elle dit que cette expérience lui a fait perdre confiance dans la clinique médicale de la communauté, et elle pense que sa famille a été victime de soins inadéquats et de discrimination.

Le personnel de la clinique lui a dit que le fait de faire intervenir le service de police cri pour une intervention avec une famille crie constituerait un conflit d'intérêts, ce qui amène Mme Mukash à soupçonner que sa famille ait été victime de discrimination.

Je savais qu'il y avait de la discrimination à ce moment-là, commente-t-elle.

Whapmagoostui est situé à côté de la communauté inuit de Kuujjuarapik, et des policiers des deux services ont été appelés pour se rendre à la clinique, explique Mme Mukash.

La situation fait l'objet d'une enquête, selon le Conseil Cri de santé

Un porte-parole du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James affirme que la situation qui s'est produite mardi fait l'objet d'une enquête, mais il a refusé de faire d'autres commentaires pour le moment.

CBC a contacté les services de police impliqués, ainsi que le directeur des opérations de la clinique Whapmagoostui pour s'enquérir de la situation, sans toutefois obtenir de réponse au moment de publier ces lignes.

Mme Mukash dit que sa famille était très inquiète au sujet de Slash, qui souffre de diarrhée chronique, d'un faible taux de fer et d'allergies présumées en plus de l'eczéma.

Elle affirme que la famille a consulté cinq médecins différents à la clinique de Whapmagoostui, mais qu’aucun d’eux n'a voulu référer la famille au sud pour rencontrer un médecin spécialiste.

Pourtant, le Conseil Cri de la santé le fait couramment. En 2018, il y a eu 21 000 visites de patients cris dans des villes comme Val-d'Or, Chibougamau et Montréal, pour consulter des médecins spécialistes.

Le Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie James a envoyé Mme Mukash et le petit Slash consulter un pédiatre dans la communauté crie de Chisasibi, au Québec, il y a trois semaines, mais c’est après que Mme Mukash eut déposé une plainte auprès du Conseil au sujet des difficultés que la famille avait rencontrées avec les soins de santé de Slash. Il n'y a toujours pas de référence pour consulter un médecin spécialiste.

Mme Mukash a déposé une nouvelle plainte officielle auprès du Conseil Cri de la santé au sujet de l'interaction de mardi dernier, au cours de laquelle la police a été appelée à intervenir.

La famille Mukash avait réuni les fonds pour se rendre elle-même consulter un pédiatre à Montréal lorsqu'elle a appris qu'elle serait finalement autorisée à monter à bord d'un avion jeudi. Ils se sont envolés pour Montréal à midi.

Ce n'est pas le premier défi en matière de soins de santé pour la famille

La famille Mukash n'en est pas à ses premières difficultés en matière de soins pour un enfant souffrant d'eczéma grave.

La sœur de Jade Mukash, Legend, âgée de sept ans, souffre d'une grave poussée d'eczéma depuis plusieurs mois, selon Natasia Mukash – la mère de Legend et de Jade.

Natasia Mukash tient sa fillette Legend dans ses bras. Celle-ci est couverte de plaques sur le visage et les mains.

Natasia Mukash et sa fille de sept ans Legend, qui souffre d'eczéma grave.

Photo : Gracieuseté : Natasia Mukash

Cela a commencé par une petite plaque sur son visage, puis ça s'est étendu à tout son visage, à son cou et à ses bras, puis à ses mains et à ses doigts, relate Natasia Mukash. Plus récemment, les plaques se sont étendues à ses paupières et à ses oreilles.

La maladie a atteint un point tel que Legend est incapable de se déplacer et d'aller à l'école, explique sa mère Natasia.

« Peu importe le nombre de fois où nous appelions la clinique pour demander de l'aide, […] on nous disait simplement : "Oh, c'est juste de l'eczéma. C'est juste de l'eczéma". »

— Une citation de  Natasia Mukash

Selon elle, le Conseil Cri de la santé devrait communiquer davantage d'informations aux parents sur les médecines traditionnelles.

« [Les responsables du Conseil Cri de la santé] ne semblent pas en parler, mais nous devons le faire. »

— Une citation de  Natasia Mukash

Après plusieurs mois douloureux, la famille a finalement trouvé le chemin des aînés de la communauté qui leur ont appris à utiliser et à préparer des traitements traditionnels à base de graisse d'ours, de mélèze et de feuilles de thé du Labrador, ajoute-t-elle.

Interrogé à ce sujet, un porte-parole du Conseil Cri de la santé a déclaré que, sur les recommandations de Nishiiyuu – un conseil d'aînés au sein du Conseil –, il doit être prudent sur ce qu'il partage en ligne sur les médecines traditionnelles cries et qu'il est préférable d'être guidé par un guérisseur compétent. Le Conseil Cri de la santé offre toutefois des informations sur certaines médecines traditionnelles dans son site web.

Mais Natasia Mukash pense que le conseil doit faire davantage, car tout le monde n'a pas accès aux gardiens du savoir. Elle ajoute que sa fille Legend va beaucoup mieux depuis qu'elle a commencé à prendre le traitement de la médecine traditionnelle, et qu’elle suit les recommandations des aînés pour adopter un régime alimentaire plus traditionnel.

C'est une chose si simple [...] de voir son enfant chanter, danser et sauter, se réjouit Natasia Mukash. Mais le simple fait de la voir faire tout ça est la chose la plus merveilleuse pour moi.

D'après un texte de Susan Bell et Dorothy Stewart de CBC

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