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« Les Innus vivent leur révolution tranquille à eux »

Les Innus ont décidé d'utiliser le développement économique pour marcher vers leur autonomie et prendre leur destin en main.

Un panneau qui souhaite la bienvenue aux gens arrivant à Uashat avec en arrière-plan le fleuve Saint-Laurent.

La communauté de Uashat bénéficie d'une situation géographique qui est un atout non négligeable pour le développement de son économie.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Il fut un temps, il y avait les Blancs d’un côté et les Autochtones de l’autre. Les premiers à Sept-Îles, les deuxièmes à Uashat mak Mani-utenam. Aujourd’hui, ces deux solitudes créent des liens économiques. Une stratégie bonne pour le portefeuille et pour la réconciliation.

En lien avec le Grand cercle économique des Peuples autochtones qui se déroule à Montréal jeudi et vendredi, Espaces autochtones vous présentera tout au long de la semaine une série d'articles traitant des enjeux économiques qui représentent des défis autant pour les Premières Nations que pour la société québécoise.

Au bord de la route 138, le soleil se couche déjà, alors qu’il est à peine 15 h 30. Dans le stationnement des bureaux de l’entreprise de construction Mishkau, à Mani-utenam, quelques employés, casques de chantier sous le bras, vident un camion.

Une pancarte de Mishkau construction.

Mishkau construction est devenu l'un des gros joueurs dans le domaine.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Le chef ici, c’est – entre autres –, Jean Launière. Cet Innu de Mashteuiatsh est un homme occupé, tout comme ses deux associés, Léonce Vollant et Benoît Audette. Depuis la fondation de Mishkau, en 2008, l’entreprise s’est diversifiée (distribution, part dans une microbrasserie…) et emploie entre 75 et près de 100 personnes.

On est un vrai joueur dans la région, lance fièrement M. Launière qui s’apprête à aller à Schefferville pour un gros contrat de construction résidentielle.

Jean Launière dans un établi.

Jean Launière est l'un des trois actionnaires de l'entreprise Mishkau Construction.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Des entreprises privées, pas toutes de la même dimension que Mishkau, il en existe une soixantaine à Uashat mak Mani-utenam, selon Ken Rock, directeur général de la Société de développement de la communauté, qui explique que, désormais, les Innus veulent faire partie du monde économique.

La stratégie de développement économique est en tout cas largement portée par le conseil de bande.

Collaboration essentielle

Pour que ce développement économique porte ses fruits, les Innus sont ouverts aux partenariats avec des entreprises de Sept-Îles. Ken Rock parle de celui qui existe entre une compagnie de sécurité de Uashat et GardaWorld.

Ken Rock

Ken Rock insiste sur le fait que la communauté est très présente dans le cycle économique de Sept-Îles.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Garda est venu donner des formations aux membres de la communauté. Maintenant, Garda nous demande d’utiliser nos agents, on leur prête de la main-d’œuvre et on en bénéficie, car il y a un transfert d’expertise, explique M. Rock.

Il faut dire que Uashat bénéficie d’une situation géographique idéale qui favorise les échanges.

Un panneau "arrêt" sur lequel on peut lire l'équivalent en innu et en arrière-plan, une maison.

Les Innus de Uashat mak Mani-utenam sont près de 4000 à vivre dans la communauté.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Le travail entre non-Autochtones et Autochtones s'illustre également par le contrat entre Hydro-Québec et Parc éolien Apuiat S.E.C., une société regroupant les communautés innues et Boralex, pour mettre sur pied le projet de parc éolien Apuiat.

« On veut prendre notre place dans l’économie de la région, et c’est ce que j’appelle la réconciliation, et je pense que c’est bien accueilli. Sans demander à personne, on la prend, notre place. »

— Une citation de  Ken Rock, directeur général de la Société de développement de Uashat mak Mani-utenam
Luc Dion .

Luc Dion a pu voir l'évolution du développement économique de la communauté de Uashat Mak Mani-utenam.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Selon Luc Dion, ancien président du Développement économique de Sept-Îles et autrefois à la tête de la Chambre de commerce, les Innus vivent leur révolution tranquille à eux.

À tous les entendre, les relations entre les Septiliens et les Innus se sont grandement améliorées, notamment grâce à ces échanges économiques, même si personne ne dira que le racisme n’existe plus.

Les deux communautés se sont apprivoisées. Les Septiliens voient que les Innus sont des consommateurs importants et font beaucoup rouler l’économie de la région, dit M. Rock.

Il y a du racisme des deux bords, mais dès qu’on travaille ensemble, ça se dissipe, poursuit encore M. Dion.

Une philosophie de partenariat

Pour poursuivre dans la voie du partenariat et des échanges, la Chambre de commerce de Sept-Îles est devenue la CCSIUM, pour Sept-Îles Uashat mak Mani-utenam. Les gens étaient prêts à ce changement, croit Gabriel Striganuk, l’un des présidents.

Lui est Québécois. Son homologue est une femme innue : Kateri Jourdain. C’est elle aussi qui est à la tête de l’Immobilière montagnaise, l’exploitant des Galeries montagnaises, le centre commercial de Uashat.

Kateri Jourdain à gauche et Gabriel Striganuk.

Il y a désormais une Innue et un non-Autochtone à la tête de la Chambre de commerce de Sept-Îles Uashat mak Mani-utenam

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

La fusion du monde entrepreneurial innu et non autochtone ne s’est pas faite du jour au lendemain, toutefois. Mme Jourdain raconte que certains avaient des craintes, ils voulaient une chambre de commerce réservée aux Innus. Leur principale peur : une forme d’assimilation, comme ils en ont vécu depuis la colonisation.

On a pu démontrer que c’était possible de travailler ensemble, dit-elle. Aujourd’hui, sur environ 360 membres, une trentaine viennent de la communauté. Avant son changement de nom, la Chambre de commerce n’en comptait que six.

Les impacts de ce rapprochement sont positifs. J’ai l’impression que nos membres sont plus à l’aise de venir aux activités, ils se sentent plus légitimes, plus des parties prenantes, insiste Mme Jourdain.

Des enfants qui montent dans un bus scolaire.

Lors du dernier recensement de 2016, l'âge médian de la communauté de Uashat était de 25 ans ce qui en fait une population très jeune.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

La CCSIUM souhaite que les barrières tombent entre les deux communautés et que des alliances se forment de plus en plus.

Au-delà de la réconciliation qui peut s’amorcer grâce à l’économie, Kateri Jourdain pense que le développement économique des Autochtones relève aussi leurs aspirations d’autonomie et illustre leur capacité de prendre leur destin en main.

Pendant des décennies, on s’est fait dire "vous allez vivre comme ça" et encore aujourd’hui, on est sous l’égide de la Loi sur les Indiens. Mais il y a ce désir d’affirmation, de montrer qu’on est capables, et ça passe aussi par l’autonomie économique, ajoute-t-elle.

Cet article est le premier d'une série sur le développement économique des Innus de la Côte-Nord.

Écoutez l'intervention de Delphine Jung dans l'émission l'Heure du monde du 23 novembre 2021.

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