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Nunavik : quand la flambée de COVID s’ajoute aux problèmes d’accès à l’eau

Au nord du 55e parallèle, Ivujivik n'a toujours pas réparé sa station d'épuration. « Nous prenons des mesures supplémentaires pour rester à la maison parce que nous devons faire attention à la quantité d'eau », témoigne un résident.

L'usine de traitement des eaux d'Ivujivik.

L'usine de traitement des eaux d'Ivujivik est hors service depuis le mois de février.

Photo : Thomassie Mangiok

Maud Cucchi

Comment se laver les mains correctement pour prévenir la propagation de la COVID-19 quand l’eau doit être rationnée?

C’est le dilemme des habitants d’Ivujivik. Le village le plus septentrional du Québec n’a pas d’eau courante depuis le mois de février. Or, comme dans bien d’autres communautés du Nunavik, Ivujivik fait face à une recrudescence des cas de COVID-19.

À tel point que plusieurs familles ont décidé de ne plus envoyer leurs enfants à l’école, raconte sur place Thomassie Mangiok, père de famille qui garde ses deux filles de 7 ans et 10 ans à la maison, et limite ses déplacements au strict nécessaire. À la mi-octobre, un couvre-feu a même été instauré pour tous les Ivujivimmiut, entre 23 h et 7 h.

C'est fatigant, c'est difficile, je veux voir ma mère et mes amis, mais on ne peut pas, c'est dur, témoigne ce résident d’Ivujivik qui, selon les mesures sanitaires en vigueur, doit éviter de voyager.

Sa petite communauté a recensé au moins 23 contaminations depuis le 7 octobre parmi les quelque 350 habitants, selon la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik. Le maire de la ville a d'ailleurs été l’un des premiers contaminés.

Thomassie Mangiok pose à l'extérieur.

Thomassie Mangiok vit avec sa famille à Ivujivik au Nunavik.

Photo : Courtoisie / Thomassie Mangiok

Réparations à la traîne

Alors que la situation sanitaire vire au rouge dans les villages aux alentours d’Ivujivik, la station de traitement des eaux est toujours hors service à la suite d’un gel des conduites d’alimentation l'hiver dernier.

L'usine de traitement des eaux d'Ivujivik.

Alors qu'il était au point mort cet été, le chantier s'est accéléré ces dernières semaines pour réparer l'usine d'ici le début de l'hiver.

Photo : Thomassie Mangiok

Le gouvernement local a mis en place un système de camions-citernes qui font des allers-retours depuis neuf mois pour recueillir l’eau douce d’un lac situé à quelque 400 mètres des habitations. Mais cette solution temporaire est loin d’être optimale dans un contexte où la population est invitée à redoubler de vigilance pour éviter la contamination communautaire, explique M. Mangiok.

Nous faisons toujours très attention à la quantité d'eau que nous utilisons, nous nous assurons de ne tirer la chasse que lorsque c'est nécessaire, nous prenons des douches rapides et nous ne nous douchons que lorsqu’il le faut, nous utilisons le moins d'eau possible lorsque nous faisons la vaisselle, raconte l’Ivujivimmiut.

« Nous prenons des mesures supplémentaires pour rester à la maison parce que nous devons faire attention à la quantité d'eau [que nous utilisons]. Chaque fois que nous rentrons chez nous, nous devons nous laver les mains, donc nous dépensons plus d'eau. »

— Une citation de  Thomassie Mangiok, résident d'Ivujivik

Cet été, quand les camions de ravitaillement sont tombés en panne, ç’a été la goutte d’eau qui a fait déborder la patience de M. Mangiok. Désarmé face à l’inaction du gouvernement qui promettait pourtant une réparation de l’usine avant l’été, il a lancé un appel à l’aide en publiant une pétition sur Internet.

Notre gouvernement local, l’Administration régionale Kativik (KRG), le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral nous ont laissé tomber, écrivait-il dans la pétition. Je ne sais pas quoi faire [...], je me demande si nous pouvons collectivement acheter un camion pour transporter l’eau et vendre nos services au gouvernement parce qu’il ne les offre pas.

Avec plus de 2300 signatures, sa pétition a fait mouche : d’autres camions-citernes ont été ajoutés pour livrer de l’eau au village trois à quatre fois par semaine. Je pense qu'il y a eu aussi une pression à cause de la situation préoccupante des contaminations, observe Thomassie Mangiok.

Le chantier de l'usine du traitement des eaux.

Sans information de la part du gouvernement, Thomassie Mangiok dit se renseigner sur l'avancement des travaux directement auprès des ouvriers sur place.

Photo : Thomassie Mangiok

Reste l’inquiétude que les travaux, qui soudainement se sont accélérés ces dernières semaines, ne soient pas finis avant les rudes températures hivernales.

Ma principale préoccupation, poursuit-il, c’est l'éclatement des tuyaux qui sont difficiles à réparer en hiver alors que le chantier aurait pu être terminé cet été, mais le gouvernement a traîné.

Malgré toutes les incertitudes liées aux réparations de l’usine, les allers-retours à la rivière pour y puiser de l’eau fraîche avant qu’elle ne gèle, les avis d’ébullition récurrents depuis des mois, il n’oublie pas d’évoquer les bonnes surprises.

Curieusement, les étals de l’épicerie se sont remplis de fruits et légumes frais ces derniers temps. Je pense que pour augmenter la qualité de vie, pendant que nous ne pouvons pas voyager, nous recevons davantage de bonne nourriture fraîche au magasin!. Le côté à moitié plein du verre ivujivimmiut...

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