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Chronique

Les excuses des évêques, la venue du pape… et ensuite?

Une croix au sommet du clocher d'une église catholique à Montréal.

La Conférence des évêques catholiques du Canada a présenté en septembre dernier des excuses aux Premières Nations pour les abus commis dans les pensionnats pour Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo

J’ai eu une éducation catholique. Je suis allée à la messe, je me suis fait baptiser et j’ai fait ma première communion. J’avais ma propre Bible soulignée et annotée. La religion a eu une place importante et significative dans ma famille. Mais certaines personnes agissant au nom de l’Église ont fait des ravages qui affectent encore aujourd’hui nos familles et nos proches. 

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo étudie en journalisme à l’UQAM. Elle est membre de la nation anichinabée et sa famille vient de la communauté du Lac-Simon, en Abitibi. Elle s'investit dans le milieu culturel montréalais et au sein de la communauté 2SLGBTQI+, en plus d'avoir réalisé des courts métrages avec le Wapikoni mobile.

Je garde précieusement aujourd’hui les enseignements de la religion que ma mère m’a transmise. Elle m’a montré la beauté de cette foi et le bien qu’elle peut apporter. Lorsqu’on a perdu mon frère, la prière nous a beaucoup aidés à passer à travers cette épreuve.

D’un autre côté, des gens de l’Église ont aussi été derrière des moments difficiles. Ce sont des personnes qui représentaient l’Église qui ont abusé physiquement et sexuellement des enfants dans les pensionnats. Ces enfants sont aujourd’hui nos aînés. On retrouve peu à peu ceux qui n’ont pas pu revenir à la maison.

Alors je me retrouve encore une fois devant un dilemme pour ce qui est de la religion. Je ne peux m’empêcher de me sentir agressée lorsqu'une personne crie dans la rue pour nous transmettre la belle parole ou que quelqu’un insiste fortement pour que je prenne son prospectus parce que j’ai besoin d’être sauvée. Ça fait trop écho à ce que mes ancêtres ont vécu.

Je veux apporter la précision qu’il y a une grande différence entre la religion et ceux qui la déforment pour justifier des gestes atroces. Ce serait tellement facile de porter toute ma haine et ma colère envers l’Église, mais je sais tout le bien que la religion a pu apporter aux gens autour de moi aussi, autochtones et allochtones.

L’Église est toutefois responsable d’avoir laissé ces événements atroces se dérouler. Elle est censée être un symbole de refuge, mais elle ne nous a pas protégés. Notre confiance a été brisée.

Lorsqu’est venu le temps de faire mes propres choix pour mes croyances, j’ai décidé de laisser ça de côté et de ne pas affronter ce dilemme. Je ne me sentais pas dans l’obligation de définir exactement ce en quoi je crois. Je suis toujours en questionnement par contre.

L’annonce de la venue du pape au Canada à la suite de l'invitation de la Conférence des évêques catholiques du Canada me pousse à y faire face encore. Cela faisait longtemps qu’on demandait à l'Église de présenter des excuses et de prendre une part de responsabilité pour ce qui s’est passé dans les pensionnats. Des excuses, nous en avons reçu.

Personnellement, j’ai vu ça comme une bonne nouvelle. Une façon pour nous d’avancer sur le chemin de la guérison. Mais j’ai commencé après à m'interroger. Était-ce une façon de calmer les masses? Pourquoi maintenant? Pourquoi pas plus tôt ou même plus tard lorsqu’on aura enfin trouvé tous les enfants qu’on a perdus? Qu’est-ce qui va se passer par la suite?

Les actions doivent suivre les intentions

Un plan rapproché du pape François pendant une audience.

Le pape François viendra au Canada en 2022.

Photo : afp via getty images / Filippo Monteforte

Il n’y a pas de bons moments pour présenter des excuses. C’est bien beau de le faire, mais elles sont vides de sens s’il n’y a pas de sincérité derrière. Et il faut prouver ses intentions avec des actions. Il est nécessaire de soutenir les excuses avec des moyens de réparer le tort qui a été fait. Pour l’instant, je ne peux que croire à la sincérité de ces excuses.

Ce qui m’amène à la venue du pape au Canada. Je peux comprendre l’impact de son passage ici et l’importance de recevoir des excuses papales. Je m’interroge par contre sur la suite de sa venue. Est-ce que les choses se poursuivront comme avant? J’espère tout simplement que non et que cela sera une grande étape vers la suite de la guérison. J’espère que ce ne sera pas considéré comme suffisant pour que nous passions à autre chose.

Parce que les conséquences des pensionnats sont encore bien présentes au sein de nos communautés et que nous méritons plus que des excuses. Mais jusqu’à maintenant, nous réussissons à guérir et à nous remettre sur pied sans l’aide de l’Église. Notre résilience est forte.

Nous sommes tous des individus avec nos propres croyances. Et la beauté dans tout ça, c’est la façon dont certains allient les cultures et les différentes croyances. Le meilleur exemple qui me vient en tête est celui qui est démontré dans le court métrage Ka Ussi-Thishkutamashuht (Nouvelle fenêtre) (Les débutants).

Nous pouvons y voir des gens de la communauté d’Unamen Shipu chanter dans leur langue des chansons religieuses. Nous assistons à un moment de rassemblement, de guérison et de joie. Alors, je ne suis pas inquiète pour notre avenir. Nous sommes en mesure d’avancer par nous-mêmes, ensemble.

Pour l’instant, il n’y a qu’à attendre de voir ce que la venue du pape apportera.

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