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Les ententes territoriales, le cheval de bataille de Marc Miller

Le nouveau ministre des Relations Couronne-Autochtones veut régler les questions territoriales et faire avancer les dossiers plus rapidement.

Marc Miller souriant et debout devant des drapeaux.

Marc Miller succède à Carolyn Bennett.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

S’il dit ne pas avoir le luxe d’avoir une seule priorité, le nouveau ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, fait néanmoins du territoire son cheval de bataille.

Il est temps de rendre les terres, avait-il dit le jour de son assermentation. Toutefois, il en convient, c’est plus facile à dire qu’à faire. Une chose est sûre, selon lui, il faut aller plus vite dans tous les dossiers.

Lors de votre assermentation, vous avez dit qu’il y avait urgence de réparer en faisant référence aux revendications territoriales. Quel est votre objectif?

J’ai comme éthique personnelle, avant de viser qui que ce soit, de me regarder et de regarder le gouvernement fédéral droit dans les yeux. D’abord, les processus existants sont trop lents. Je m’attends à ce que mon équipe et moi-même débloquions vraiment ces processus qui font attendre les peuples autochtones. Par exemple, le processus (d’ajout) aux réserves qui a été très critiqué pour sa lenteur, ou encore le processus de règlements de griefs qui sont souvent trop focalisés sur la compensation monétaire et non territoriale.

Je veux, avec les communautés qui ont des revendications, voir comment les régler de façon non conflictuelle, de façon innovante et qui reflète la relation respectueuse qu’on doit entretenir. Régler les questions territoriales, c’est plus difficile à faire qu’à dire, mais il faut le dire, car c’est un devoir qui relève non seulement du gouvernement fédéral, aussi des provinces qui détiennent les terres ainsi que des municipalités qui ont leurs propres revendications, et même des particuliers qui veulent parfois redonner leurs terres. C’est un challenge immense et c’est au fédéral avant tout de faire sa job.

Je ne dis pas que j’ai la solution à tout, ce serait même arrogant de dire cela, mais je m’engage à une ardeur au travail pour essayer de régler les situations difficiles et qui prennent une intervention soit du ministre ou d’autres. Ma conclusion est très simple : il faut que ça soit plus difficile d’empiéter sur le droit des Autochtones! La réalité est qu’on ne va pas tout régler, il y a trop à faire. Mais de manière générale, pour tous les dossiers, il faut que ça aille plus vite.

Parlant de revendications territoriales, il y a le cas de Kanesatake et la pinède d’Oka, mais aussi des Atikamekw du Québec, ces dossiers ne semblent pas vraiment avancer.

Pour la revendication de la seigneurie d’Oka, il faut avoir cette réflexion : comment un roi de 7 ou 11 ans, peu importe la date, a-t-il pu céder une terre à des sulpiciens, ni vu ni connu, au détriment des Mohawks de Kanesatake et même des Algonquins. Cela relève de l’absurdité. Ce concept a même été entériné et ratifié, et il a encore des effets aujourd’hui. […]. Des discussions adultes doivent se tenir. Kanesatake est un des griefs les plus difficiles, les plus complexes du pays. C’est un peu le cœur émotionnel de la résistance autochtone moderne. C’est un des challenges à relever et je ne veux pas avoir d’échec ayant pour source la lassitude des gens, la paresse intellectuelle. Ayons des discussions franches et honnêtes avec la province et les leaders à la table. Il faut vraiment continuer d’essayer.

En ce qui a trait aux Atikamekw, je le répète, ça doit être plus difficile pour une compagnie forestière d’enfreindre les droits des peuples autochtones. [… ]. Ce n'est pas une question de freiner le progrès, mais de le faire en partenariat. Le devoir de consultation est un devoir juridique qui évolue, mais il doit quand même être respecté. Or, il ne l’est pas encore complètement. J’en ai parlé brièvement lors de mon récent passage à Manawan, du travail à faire dans la reconnaissance culturelle. Et ça va prendre Québec à la table. C’est très difficile de le faire sans un partenariat ouvert du gouvernement du Québec. C’est un incontournable.

Mais concrètement, comment allez-vous régler les questions de revendications territoriales?

Si je vous disais que j’allais tout régler, il faudrait vraiment questionner mon état de santé mentale! Mais cela prend de la bonne volonté, de l’ardeur au travail. Des provinces font mieux que d’autres, mais elles ont tout de même des défis, comme la Colombie-Britannique. Et ces défis vont même se multiplier. Les populations autochtones ont plus d’espace dans le discours social, sociétal du Canada. Une place qu’elles ont le droit d’avoir, et les clivages pourraient même augmenter, mais cette discussion est importante. Beaucoup de choses se règlent autour de la table de négociations. Il y a eu aussi des progrès, comme les Tsilhqot’in, la nation haïda, des règlements à travers le pays, mais cela prend bien trop, bien trop de temps.

Comment faire pour établir et maintenir une confiance avec les Autochtones que vous avez qualifiée de brisée avant même que le Canada existe?

D’abord, une connaissance approfondie et moins utilitaire de notre histoire pourrait aider. Les mouvances historiques ont leur genèse dans le nationalisme et la création identitaire […]. Des fois, ils passent à travers des faits qui outrepassent la vérité ou la connaissance autochtone, c’est clair, net et précis. Donc cela passe par la reconnaissance de la réalité des torts causés et du chemin à faire. Un des outils très importants sera la mise en vigueur de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Ce travail sera immensément difficile. Ensuite, le dialogue est nécessaire, y compris dans des situations très tendues comme la crise ferroviaire l’an dernier, on a évité le pire. Notre avenir et le vivre-ensemble en dépendent.

En termes de confiance, comment arriver dans un cabinet au sein duquel des membres se sont plaints d’un climat toxique du temps de l’ancienne ministre, Carolyn Bennett?

Je ne parlerai pas des conflits qu’elle a eus, c’est à elle d'y répondre. Je sais que je ne serai pas ici comme ministre si je n’avais pas la confiance de mon personnel qui m’a sauvé une couple de fois. À forte proportion, il est autochtone.

Quant à Mme Bennett, elle a voué une bonne partie de sa vie à la réconciliation avant même que ce soit un mot très populaire. J’ai beaucoup appris d’elle. Sans elle, on n’aurait pas eu la prise de position si arrêtée sur le Principe de Joyce et le fait de s’assurer que les peuples autochtones soient servis avec respect comme des citoyens de première classe dans les soins de santé. Grâce à ses expériences en médecine, mais aussi comme ministre de la Santé (sous Paul Martin, NDLR) et lors de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (elle était alors ministre des Affaires autochtones et du Nord), elle s’est assuré que le cabinet en entier soit sur la même longueur d’onde en ce qui a trait à l’importance du fédéral de s’assurer que les peuples autochtones soient traités avec respect, dignité.

Le gouvernement parle beaucoup de réconciliation, mais ne doit-on pas parler de vérité d’abord?

Avec le traumatisme intergénérationnel, il y a une responsabilité intergénérationnelle des gouvernements. Comme gouvernement fédéral qui est en partie responsable, on ne doit pas se déresponsabiliser, on doit donner des fonds à l’appui, à l’expertise, mais nous ne devons pas être à l’avant-plan. Les communautés doivent l’être. Il faut respecter leur timing, leurs priorités. J’ai visité une demi-douzaine de sites de pensionnats pour Autochtones cet été et j’ai constaté que la vérité continue de blesser, d’ouvrir des cicatrices que les gens croyaient fermées ou même guéries. Des sommes ont déjà été allouées, d’autres ont été annoncées pour les aider. Ça va être une pression budgétaire évidemment, mais on ne laissera aucune communauté de côté.

Quant aux allochtones, la réalité est là, mais elle était déjà dans les rapports de la Commission de vérité et réconciliation. C’était connu puis nié même. On a la fâcheuse manie, comme non-Autochtones, parfois de tout réécrire, mais de ne se souvenir d’absolument rien. Il y a un processus d’éducation et je suis peut-être biaisé dans ma perception, mais quand je parle aux gens, le dialogue a changé. Il reste toutefois beaucoup d’informations, de l’information qui est très difficile à digérer et, parfois, un processus psychologique de le nier se met en place. Mais la vérité est très difficile parfois. Il faut continuer, et cela passe par l’éducation.

Plusieurs dossiers judiciaires sont en cours, notamment celui des survivants du pensionnat de Sainte-Anne en Ontario et celui de l'indemnisation des enfants qui ont été retirés de leur famille et placés. Ce sont deux gros dossiers délicats et qui, pour plusieurs, ne semblent pas vraiment aller avec l’idée de la réconciliation.

Je ne veux pas trop parler du litige sur l’indemnisation des enfants, car les deux parties sont actuellement en discussion. C’est un droit d’aller en justice pour nous demander des choses, un droit qu’on a nié aux peuples autochtones par le passé, donc je ne jugerai jamais qui que ce soit qui va en cour pour nous demander cela. Dans le cas de St-Anne, c’est en cour. Je suis en train de creuser avec mon équipe pour voir si on peut parvenir à un règlement hors cour. J’ai dit que je n'avais pas le luxe d’une priorité principale, mais aller au fond des choses en est une, et il y a beaucoup de travail à l’interne pour régler ce défi.

Pouvez-vous expliquer la différence entre le ministère aux Services aux Autochtones et celui des Relations Couronne-Autochtones?

L’historique derrière tout cela se trouve dans la foulée de la crise d’Oka et de la Commission royale sur les peuples autochtones qui recommandait une scission des deux départements avec un plus junior et voué à combler les gouffres socio-économiques, à servir les peuples autochtones. C'est la responsabilité maintenant de Mme Hadju. Le département junior a beaucoup grandi ces dernières années et est plus égal désormais. L’autre, plus sénior, est la relation avec les peuples autochtones, c’est-à-dire signer les traités, régler les griefs historiques : particuliers ou territoriaux, les appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation, tous les dossiers des femmes, des filles autochtones assassinées et disparues.

C’est une tâche immense que j’aime. J’ai pu bâtir une certaine confiance ces deux dernières années avec les leaders et je compte l’utiliser pour parfaire la relation et l’améliorer. Souvent, tout est interrelié. Quand je rencontre un chef, on discute du nouvel hôpital, de nouvelles maisons, de surpeuplement, mais aussi de relation que l’on entretient, et même parfois des traités modernes. Par contre, c’est clair que ce ministère est plus politique, avec un P majuscule. Car on parle de relations de nation à nation, de peuple à peuple, de traités qui en général n’ont pas été respectés par le passé.

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