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Visite du pape : un grand pas vers des excuses officielles du Vatican

Des représentants autochtones rappellent la nécessité de joindre aux excuses des actions tangibles, notamment en matière de justice.

Le pape François assis, la tête penchée.

Le souverain pontife lors d'une audience au Vatican

Photo : Associated Press / Gregorio Borgia

Maud Cucchi

L’annonce de la visite du pape au Canada par le Vatican, mercredi, ravive les espoirs des communautés autochtones qui continuent de demander des excuses officielles pour les exactions commises dans les pensionnats. Mais ce déplacement n’éteint pas pour autant le désir de justice des Autochtones, comme l’a souligné RoseAnne Archibald, cheffe nationale à l'Assemblée des Premières Nations.

Je continue à demander que l'Église catholique soit tenue responsable de son rôle dans l'assimilation forcée et du génocide de nos enfants, familles et nations, a-t-elle réagi sur Twitter. Quelqu'un doit être inculpé pénalement. Et que les réparations soient accordées aux Premières Nations.

La venue du pape, dont les préparatifs s'échelonnent habituellement sur six mois, devrait avoir lieu en 2022 pendant les beaux jours ou à l'automne, indique Mgr Raymond Poisson, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

La cheffe nationale RoseAnne Archibald se dit prête à accueillir le pape François pour des excuses attendues depuis longtemps aux survivants et à leurs descendants, à l’instar de celles prononcées en 2015, en Amérique du Sud, où le souverain pontife s’était excusé pour les péchés et les blessures infligées aux peuples autochtones lors de l’arrivée des colons européens.

Ces paroles doivent néanmoins s’accompagner d’actions concrètes, a déjà souligné la cheffe nationale, en indiquant que les Premières Nations n’accepteront plus les excuses vides d’Ottawa et de l’Église sur le passé des pensionnats.

Mme Archibald répond aux questions des journalistes.

La nouvelle cheffe de l'Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Dans son message sur Twitter, RoseAnne Archibald a également exhorté le pape à renoncer et à révoquer officiellement la doctrine de la découverte, une politique émanant à l'origine des décrets délivrés par le pape au XVe siècle et qui autorisait les explorateurs chrétiens à revendiquer ce qu'on appelle la terra nullius (ou terres vacantes). Une notion qui octroyait aux Européens le sentiment qu'ils étaient racialement et religieusement supérieurs.

Sipi Flamand, jeune vice-chef des Atikamekw de Manawan, partage les mêmes attentes: recevoir une reconnaissance de la responsabilité de l’Église ne suffit pas, encore faut-il obtenir réparation. Le Vatican est très riche, pourquoi ne fournirait-il pas des services aux Autochtones? se questionne M. Flamand.

« Les communautés s’attendent depuis longtemps à des excuses officielles de la part du Vatican mais je pense qu’il doit se considérer responsable de ces actes-là, avec le gouvernement qui était en place. »

— Une citation de  Sipi Flamand, vice-chef des Atikamekw de Manawan

Il en va de la confiance à restaurer entre l'institution religieuse et les catholiques des communautés – beaucoup de nos membres sont croyants, précise le vice-chef – et du chemin vers la guérison que tout le monde appelle de ses vœux.

L'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), qui plaide depuis plusieurs années pour des excuses officielles du pape, ne s'est pas encore prononcée sur la venue du souverain pontife en 2022.

Rencontre préparatoire en décembre

Pour la cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations, l’Église et les communautés autochtones doivent continuer à marcher ensemble sur le sentier de la guérison, ce que souhaite également Mgr Raymond Poisson, à la tête de la Conférence des Évêques catholiques du Canada.

Dans le contexte de l’année présente, avec les écoles résidentielles, la découverte des cimetières, l’émotion est devenue plus vive, observe Mgr Poisson. On a cheminé avec eux, on a fait des cercles d’écoute, on est présents dans les communautés autochtones [...].

La parole des Autochtones se transportera directement au Vatican, en décembre, à l’occasion de trois demi-journées d'audience que le pape accorde à une délégation canadienne. Il s'en inspirera sûrement pour prononcer des excuses officielles, selon Mgr Poisson.

C’est très généreux de sa part, souligne-t-il, pour savoir quel est cet héritage, comment on vit ça, et surtout quelle est la situation présente de nos frères et de nos sœurs autochtones au Canada, comment on vit ensemble et quels sont les chemins de la réconciliation.

En juin, le premier ministre Justin Trudeau avait demandé à l'Église que tous les dossiers en sa possession soient remis aux autorités, insistant pour une approche plus ouverte et responsable quant au rôle qu'elle a joué dans les pensionnats autochtones.

Avant d'avoir fait le ménage, si je puis dire, dans tous les tiroirs, de toutes les institutions impliquées – il reste peut-être encore des choses – il y a une volonté évidente de la part des institutions ou de la part de l'Église, au niveau diocésain, d'offrir toutes la documentation possible et impossible, assure, de son côté, le président de la Conférence des Évêques catholiques du Canada.

Quelque 150 000 enfants membres des Premières Nations, Métis et Inuit ont été enrôlés de force dans 139 pensionnats semblables à travers le pays, où ils ont été coupés de leurs familles, de leur langue et de leur culture.

Nombre d'entre eux ont été soumis à de mauvais traitements ou à des abus sexuels, et plus de 4000 y ont trouvé la mort, selon la Commission de vérité et réconciliation  (Nouvelle fenêtre)qui avait conclu à un véritable génocide culturel.

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