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Se ressourcer et transmettre la tradition à l’occasion des semaines culturelles

À l’automne comme au printemps, nombreux sont les Autochtones qui partent se ressourcer sur le territoire pendant une ou deux semaines.

Du sable, des arbres et un lac au fond.

Vue sur le lac Coocoo, en territoire atikamekw

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pendant deux semaines, Nicole Petiquay savoure ce qu’elle qualifie de « bonheur, de paradis ». Cette kokom (grand-mère) atikamekw passe ces journées dans son camp enfoncé dans le Nitaskinan, le territoire ancestral atikamekw. Là, elle passe du temps en famille et pratique des activités traditionnelles grâce aux semaines culturelles.

À l’automne comme au printemps, les écoles ferment un temps, les communautés sont désertées, mais dans le territoire, ça fourmille! Entre la chasse et le social, la réparation des camps, les repas, les visites, la transmission des connaissances et les discussions autour du feu de bois à la noirceur, ces semaines sont riches.

Une dame âgée avec un petit enfant.

Nicole Petiquay apprécie ces moments en famille sur le territoire.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

C’est un moment privilégié pour nous autres d’être dans le bois, en famille, lance Nicole Petiquay avant d’aller servir une soupe d’orignal.

Sur la table, non loin, deux perdrix sont posées. Une fois plumées, elles constitueront probablement le prochain repas.

Une perdrix sur une table.

Une perdrix qui attend d'être plumée.

Photo : Radio-Canada

Au cours de ces semaines culturelles, on transmet des choses, on est connecté, explique la coordonnatrice des services linguistiques atikamekw du Conseil de la Nation atikamekw. Autour d’elle, les petits-enfants plus vieux coupent du bois et les plus jeunes jouent.

À des centaines de kilomètres de là, le couple Kossinan Coocoo et Winna Petiquay s’apprête à partir poser des collets à lièvre, se promener dans le bois et tirer sur des perdrix s’ils en croisent.

Dans une petite carriole accrochée au VTT, les trois enfants de Winna et leur cousin manifestent leur impatience. Ils veulent partir.

La plus grande, Alana Biroté, 12 ans, joue avec un couteau de poche. J’aime installer les pièges et aller chasser, surtout les perdrix, lance-t-elle avec entrain.

Quatre enfants, dont un tient une carabine, sont dans une cariole.

Les trois enfants de Winna Petiquay et leur cousin prêts à partir dans le bois.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pour les faire patienter, l’arrière-grand-père, Charles, joue avec les enfants. Kossinan Coocoo sourit, car la semaine culturelle représente justement ces temps précieux en famille.

Deux semaines au bord du lac Coocoo dans le bois font du bien à Kossinan Coocoo. Alors, ce camionneur et opérateur de machinerie lourde prend ses vacances selon les semaines culturelles. Sinon, on travaille tout le temps, sans vraiment avoir de pause. On a juste trois semaines culturelles dans l’année, une au printemps et deux à l’automne.

Son employeur accepte. D’ailleurs, le jeune Atikamekw essaie de travailler pour des entreprises autochtones qui comprennent l’importance de ces semaines.

Winna Petiquay, sa conjointe, arrive et monte sur le VTT.

« C’est important à transmettre, car ce sont de bons savoirs et c’est notre culture atikamekw, la tradition. Il faut les garder. »

— Une citation de  Winna Petiquay, maman d'enfants de 12, 10 et 4 ans

Au menu : installer le camp, attraper le petit gibier, chasser le gros comme l’orignal, monter la tente prospecteur, ramasser du sapinage pour en faire un plancher odorant et agréable, tanner les peaux.

C’est de la job, rester dans le bois, tranche Kossinan avant de partir avec la famille, mais pour rien au monde il ne louperait ces moments.

Une homme et une femme sont sur un VTT. À l'arrière est accrochée une cariole contenant 4 enfants.

Kossinan Coocoo et Winna Petiquay s'apprêtent à aller poser des collets avec les enfants.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Dans les trois communautés atikamekw (Wemotaci, Manawan et Obidjiwan), les deux semaines culturelles de l’automne ont eu lieu en même temps. Chez les Anichinabés, chaque communauté décide de sa semaine.

Ce choix est lié à la migration des oiseaux, des caribous et aux traditions de chasse, explique Georges Lafontaine, agent de communications au conseil tribal de la nation algonquine Anishnabeg.

C’est important pour tous les Anichinabés, surtout la nouvelle génération, et pour le transfert de connaissances entre aînés et jeunes, précise Georges Lafontaine.

« Souvent, les plus jeunes comprennent moins bien tout l’attachement culturel, patrimonial à la forêt, aux fourrures, à la chasse, au bois… C’est à ce moment qu'ils reprennent contact avec leurs traditions, avec ce que font leurs aînés. »

— Une citation de  Georges Lafontaine.

Il rappelle que les jeunes Autochtones modernes aiment aussi passer du temps devant les écrans. Dans les camps, bien souvent, il n’y a pas de réseau et les enfants sont mis à contribution pour apprendre les gestes pratiqués depuis des générations.

Un lièvre mort suspendu par les pattes.

Un lièvre chassé la veille est suspendu pour que sa viande devienne plus tendre.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Dans le cas des familles qui ne peuvent pas aller dans le bois, la communauté ou l’école organise des activités pour les jeunes avec toujours, à l’esprit, le partage et la transmission des connaissances ancestrales.

La semaine prochaine, justement, les enfants de la communauté anichinabée de Lac Barrière qui ne vont pas au camp avec leur famille auront la possibilité d’aller sur le territoire avec l’école.

Dans différents petits kiosques seront proposées des activités comme la technique du tannage de peau d’orignal, le montage d'une tente, la couture, l'apprentissage des compétences de base pour vivre en forêt, le tout donné notamment par des aînés.

C’est ouvert à tous, précise Martina Ratt, qui travaille comme administratrice à l’école. Les enfants adorent faire ça, être dehors sur le territoire. Ils aiment chasser, récolter ce qu’il faut pour l’hiver et le préparer.

Outre préserver la culture, ces journées dans le bois sont un bon moment pour pratiquer la langue, car parfois l’anglais est trop présent, confie Martina Ratt.

Une femme avec deux perdrix mortes dans une main et un fusil dans l'autre.

Martina Ratt vient de tuer deux perdrix.

Photo : Gracieuseté : Martina Ratt

Pour maximiser ces moments précieux, le plus souvent possible, elle laisse tous les appareils électroniques des enfants à la maison. Ils ont tellement de choses à faire dehors, dit-elle. Après la semaine avec l’école, elle partira dans son propre camp avec sa famille et ses amis.

Celle qui se dit chanceuse d’aller souvent se ressourcer dans le bois estime que ces semaines sont primordiales pour maintenir notre identité comme Anichinabés.

Malgré les pensionnats pour Autochtones, malgré la perte de certaines connaissances et techniques, on a la base pour survivre et transmettre. Ça nous rend plus forts comme peuple anichinabé de passer ce savoir qui nous a été transmis depuis des temps immémoriaux.

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