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Enfants autochtones : une enquête demandée sur les centres Batshaw à Montréal

Une organisation venant en aide à des femmes autochtones veut que la Commission des droits de la personne examine les pratiques d'embauche des centres de la jeunesse et le traitement des enfants autochtones sous sa responsabilité.

Les centres de la jeunesse et de la famille Batshaw fournissent des soins à Montréal.

Les centres de la jeunesse et de la famille Batshaw est l'agence de protection de la jeunesse anglophone du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Photo :  CBC

Radio-Canada

Le Foyer pour femmes autochtones de Montréal demande à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ) de lancer une enquête publique sur l'embauche et le traitement des Autochtones dans les Centres de la jeunesse et de la famille Batshaw.

Ce n'est pas une journée facile pour moi, a déclaré mardi la directrice générale du Foyer, Nakuset. Elle a affirmé que le dépôt de cette demande semblait être le seul moyen pour cette agence de protection de la jeunesse anglophone, sous la gouverne du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, de résoudre les problèmes que Nakuset et son organisation soulèvent depuis des années.

Nous avions un accord de collaboration avec Batshaw il y a huit ans, a-t-elle rappelé. Nous avons travaillé sans relâche avec eux pour essayer de créer toutes sortes de programmes, de services et d'outils pour qu'ils puissent travailler avec la communauté autochtone.

Nous avons fait tellement d'efforts pour essayer de les aider, mais c'est tout simplement tombé dans l'oreille d'un sourd.

En septembre, le Foyer pour femmes autochtones de Montréal et son équipe ont rompu les liens avec un comité consultatif des centres Batshaw qui étudie les meilleures façons d’améliorer la protection de la jeunesse à Montréal.

La direction du Foyer pour femmes autochtones de Montréal (FFAM), Nakuset.

La direction du Foyer pour femmes autochtones de Montréal (FFAM), Nakuset.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Nakuset et ses collègues affirment qu'il est difficile de comprendre comment aucune des recommandations issues de nombreux rapports et commissions – certaines remontant même à la Commission de vérité et réconciliation de 2015 – n'a encore été mise en œuvre.

Discrimination systémique

Lorsque nous parlons de discrimination systémique, elle se présente sous de nombreuses formes différentes, incluant de la part des travailleurs sociaux et même des avocats, a avancé Nakuset.

Les avocats, lors d’audiences devant le tribunal, vont parfois presque humilier les mères. Ce sont ensuite nos aides familiales qui doivent leur dire qu'il s'agit d'une situation très stressante et qu'ils voudraient peut-être changer de langage.

Nakuset affirme que les femmes autochtones ayant des enfants dans le système de protection de la jeunesse ont souvent peur de s'exprimer.

C'est dévastateur et c'est presque devenu normal, a-t-elle déploré. Quand une institution est responsable de leurs enfants, [les mères] ont peur. Elles se disent que peut-être elles n’auront pas droit à la prochaine visite ou que peut-être que quelque chose arrivera.

Un travail en cours, selon les centres Batshaw

Membre du conseil d'administration de Batshaw, Judy Martin se dit déçue de voir le Foyer pour femmes autochtones quitter le comité consultatif et déposer une demande d'enquête publique.

Je suis bénévole depuis 32 ans, a-t-elle soutenu, je peux donc parler en connaissance de cause en vous disant, ainsi qu'à la communauté, que la sensibilité culturelle et la diversité ont été au premier plan de tout ce que nous entreprenons.

Judy Martin affirme que même si les choses n’avancent pas aussi vite que certains le souhaiteraient, l’organisme s'efforce tout de même de mettre en œuvre les recommandations fédérales et provinciales pour améliorer ses relations avec les peuples et les communautés autochtones.

Il faut du temps pour tout mettre en œuvre, en particulier lorsque vous manquez de personnel et que vous êtes au milieu d'une pandémie, a-t-elle rappelé. C'est un travail en cours.

Elle explique que les travailleurs de la protection de la jeunesse doivent prendre des décisions difficiles au quotidien, et bien que le public puisse ne pas comprendre ni être d'accord avec certaines de ces décisions, assurer la sécurité des enfants et des familles est toujours leur priorité absolue.

Judy Martin indique que le Foyer pour femmes autochtones travaille toujours avec certains des travailleurs sociaux de Batshaw et que l'agence de protection de la jeunesse continuera de tendre la main à l’organisme.

Nous ne savons pas tout et nous avons besoin de gens pour nous aider et travailler avec nous, plutôt que contre nous.

Il faut parfois travailler un peu plus pour ramener des partenaires autour de la table et c'est tout à fait l'intention qu’a le CIUSSS dans ses relations avec le Foyer pour femmes autochtones.

Un espoir de changement

Fo Niemi, du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), a aidé le Foyer à déposer sa demande à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec. Il estime que celle-ci a le pouvoir de décider de lancer une enquête si elle croit qu'il y a des situations de discrimination, de harcèlement et d'exploitation au sein de l'agence de protection de la jeunesse.

Fo Niemi assis devant un micro.

Fo Niemi, du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Guilbault

Lorsqu'ils lanceront cette enquête – et nous espérons qu'ils lanceront une enquête bientôt – nous demanderons qu'elle implique les communautés et les organisations autochtones dans le processus.

M. Niemi souligne d’ailleurs que les conclusions qui résultent de ce type d’enquête ne sont pas juridiquement contraignantes. J'espère cependant qu’elles seraient appliquées par les différentes autorités provinciales impliquées.

Nakuset estime de son côté que de défier les pratiques des centres Batshaw d'une manière si publique sera un défi. Nous avons peur de faire ce genre de choses, de défendre les intérêts de notre peuple, car nous ne voulons pas que les femmes et les enfants en soient victimes. Mais j'ai l'impression que nous avançons dans la bonne direction.

D’après un texte de Josh Grant, CBC.

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