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Les grands moments de l’histoire des Métis en bande dessinée

Elle s'appelle Echo retrace l'histoire d'une adolescente métisse de Winnipeg qui découvre son passé grâce à l'école.

Une planche de la bande dessinée illustrant des activités de la vie quotidienne.

Transportée au camp de chasse de ses ancêtres, Echo découvre la vie des Métis au XIXe siècle.

Photo : Les Éditions Glénat Québec inc.

Maud Cucchi

De la guerre du pemmican à la résistance de la rivière Rouge menée par Louis Riel, les grands moments qui ont marqué l’histoire des Métis reprennent vie en bulles dans une série de quatre tomes écrits par une auteure elle-même métisse, Katherena Vermette.

Chaque album de cette fresque est centré sur un épisode célèbre. Le premier, tout juste sorti chez Glénat Québec dans sa version française, se concentre sur le début du XIXe siècle. Il s'agit d’y faire apparaître, à grands traits et dans un ordre chronologique rigoureux, la succession des faits, les interactions entre les différents personnages, les forces en présence.

Loin de la leçon d’histoire rébarbative, les lecteurs sont conviés à un récit à hauteur d’adolescente en suivant le parcours de la jeune Echo, une élève métisse qui découvre l’histoire de ses ancêtres sur les bancs de l’école. La leçon la transporte (littéralement) dans le passé où elle assiste, éberluée, à la guerre que se livrent la Compagnie de la Baie d’Hudson et sa rivale la Compagnie du Nord-Ouest, toutes deux voulant contrôler la traite des fourrures.

En remontant dans son passé, l’héroïne devient en quelque sorte l’écho de la voix de ses ancêtres, raconte l’auteure manitobaine Katherena Vermette, lauréate d’un Prix du Gouverneur général pour son recueil de poésie North End Love Songs (2012).

La couverture de la bande dessinée intitulée Elle s'appelle Echo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier tome traduit en français est paru le 13 octobre aux éditions Glénat Québec.

Photo : Soda PDF Online

Renfermée mais curieuse, souvent triste et rêveuse, Echo est telle que sont bien des jeunes filles de son âge. Adolescente de peu de mots, elle essaie de s’en sortir, résume Katherena Vermette qui a choisi, dans la trame narrative, de ne pas expliquer pourquoi le personnage vit chez sa tante et ne voit sa mère que très rarement.

J’ai voulu garder son histoire ouverte, dit-elle, il y a beaucoup de raisons qui pourraient être invoquées pour justifier sa situation familiale. Quant au choix d’en faire une adolescente calme, c’était pour rendre hommage aux introvertis dont je fais partie et que sont aussi mes enfants.

Les écouteurs vissés en permanence dans les oreilles, la jeune héroïne métisse s’évade et semble reprendre vie grâce aux cours d’histoire d’un professeur souriant et empathique. Le dessinateur Scott B. Henderson croque à merveille les vastes paysages manitobains où s’ébrouent les bisons et défilent au galop les hommes armés de la Compagnie de la Baie d’Hudson venus négocier avec les Métis.

J’ai toujours connu mon histoire par les récits qu’en ont faits mon père, mon grand-père et mon oncle, tient à préciser Katherena Vermette.

« L’histoire de Louis Riel, c’était la berceuse pour s’endormir. »

— Une citation de  Katherena Vermette, auteure

Dans la bande dessinée, c’est Echo qui finira, après l’école, par raconter l’histoire des Métis à sa propre mère les rares fois où elle la retrouve. Le travail de découverte est à double sens, explique l’auteure. Je pense que les jeunes ont tellement à nous apprendre, avec la façon dont ils perçoivent le monde!

Portrait de Katherena Vermette.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'auteure Katherena Vermette a grandi à Winnipeg, sur le territoire de la nation Métis visé par le traité no 1.

Photo : Hachette Canada

Katherena Vermette campe des personnages secondaires tout aussi éloquents, particulièrement les enseignants (l’un d’eux représente la communauté LGBTQ2S+), et le travail remarquable dont ils font preuve.

« J’ai une admiration infinie pour tous ceux qui enseignent aujourd’hui l’histoire autochtone avec une perspective autochtone, ce que nous n’avions pas il y a 20 ans. »

— Une citation de  Katherena Vermette

La leçon d'histoire en bande dessinée est complétée par une frise qui permet de replacer tous les événements dans leur chronologie exacte, puis par une recette du pemmican (plat de viande) afin de tourner de manière ludique une nouvelle page d'histoire...et de donner rendez-vous au lecteur pour le prochain épisode.

Nécessaire représentativité

Le deuxième tome doit sortir en novembre et les deux derniers en 2022, promet l'éditeur Christian Chevrier, qui en a déjà acheté les droits.

Nous cherchions des titres concernant les Autochtones depuis un moment, reconnaît le directeur d’Hachette Canada qui jette son dévolu sur une douzaine d’ouvrages par an.

Un projet de publication sur l’histoire de Marie-Josèphe-Angélique, considérée comme la première esclave noire au Canada, prend brutalement fin quand l’éditeur réalise qu’aucun des auteurs et illustrateurs n’est noir. À la même période, le metteur en scène Robert Lepage annule les représentations de SLĀV en raison du nombre jugé insuffisant de comédiens noirs dans la pièce.

La prise de conscience généralisée secoue les décideurs culturels.

« J’ai réalisé que si je voulais publier des histoires sur ces communautés, il fallait qu’elles se fassent avec elles. »

— Une citation de  Christian Chevrier, éditeur et directeur d'Hachette Canada

L’aura de Katherena Vermette, amplifiée par son prix du Gouverneur général, constitue un atout non négligeable auprès de l’éditeur qui se dit également séduit par l’aspect pédagogique de la bande dessinée.

Rappelons également que le roman de Mme Vermette Ligne brisée avait remporté le combat national des livres de Radio-Canada en 2018.

Pour Katherena Vermette, cette nouvelle traduction française représente bien plus qu’une simple percée sur le marché francophone avec un genre qu’elle embrasse pour la toute première fois, après avoir surtout publié de la poésie et des romans.

Que les Québécois aient accès au livre, c’est vraiment excitant, parce que les liens sont forts entre le mitchif [langue métisse] et le français, entre nos histoires aussi.

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