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Le Canadien marque des points dans l’estime des Autochtones

Le gardien Carey Price est déjoué par une passe devant son filet.

Le gardien Carey Price est originaire d'Anahim Lake, en Colombie-Britannique, et membre de la nation autochtone Ulkatcho.

Photo : Getty Images / Mike Carlson

Maud Cucchi

Chapeau bas! s’exclame, estomaquée, la grande cheffe Kahsennenhawe Sky-Deer, de la communauté mohawk de Kahnawake.

Quand elle a appris que l’influente équipe de hockey de Montréal introduira désormais chacun de ses matchs à domicile par un message de reconnaissance territoriale mohawk, la grande cheffe n’en revenait tout simplement pas.

J’étais assurément honorée et impressionnée, il est grand temps!, partage la nouvelle élue sans cacher son étonnement face à l’attitude attentionnée de reconnaissance du Canadien.

Avec des cotes d'écoute moyennes de 625 000 téléspectateurs en 2021, l’équipe jouit d’une rare tribune et d’une visibilité de choix pour son nouvel énoncé : Les Canadiens de Montréal souhaitent reconnaître les Kanien'keha:ka, également connus comme la nation Mohawk, pour leur hospitalité sur [leur] territoire traditionnel et non cédé.

Si la décision fait réagir au Québec depuis sa publication vendredi, Mme Sky-Deer rappelle que les équipes de l’Ouest ont, depuis quelque temps, pris une longueur d’avance dans leur engagement auprès des peuples autochtones.

Les Canucks de Vancouver, cite-t-elle en exemple, ont déjà inclus un discours de reconnaissance traditionnelle des terres autochtones ou intégré des performances d’artistes issus des Premières Nations lors de leurs événements sportifs.

Reste que la démarche du Canadien représente une avancée considérable à Montréal parce qu’elle s’inscrit dans la durée, note-t-elle, comme l’intégration du pin aux armoiries de la Ville pour illustrer la présence autochtone ancestrale sur le territoire de la ville, en 2017.

Kahsennenhawe Sky-Deer sourit, tandis que des gens l'applaudissent à l'arrière.

La cheffe du Conseil mohawk de Kahnawake, Kahsennenhawe Sky-Deer.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quant aux réactions d’opposition, souvent rattachées à la question de la souveraineté territoriale, Kahsennenhawe Sky-Deer les considère comme symptomatiques de la province. Dans le sillage du gouvernement Legault qui maintient sa décision de ne pas faire de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation un jour férié, selon elle, ou encore des reproches linguistiques à l’encontre de la gouverneure générale Mary Simon, qui parle inuktitut, mais pas encore français couramment.

« Comme société, on se doit de devenir plus tolérants. Les gens doivent comprendre que les Autochtones ont été là avant. »

— Une citation de  Kahsennenhawe Sky-Deer, grande cheffe de la communauté mohawk de Kahnawake

La décision de l’équipe du Canadien ne date pas d’hier. Elle est plutôt le fruit d’un partenariat entre la Fondation des Canadiens de Montréal, qui encourage l'activité physique chez les jeunes issus de milieux défavorisés, et le Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or.

Ils se sentaient interpellés

Ils nous ont approchés il y a un an, environ, en disant qu’ils voulaient mieux comprendre la réalité des Autochtones, se souvient la directrice générale du Centre, Édith Cloutier.

Au fil des échanges, amitié et confiance se nouent entre les deux interlocuteurs. On a eu de sérieuses discussions en mai, lorsqu’on a commencé à retrouver des ossements autour des pensionnats, poursuit-elle.

Édith Cloutier.

Édith Cloutier, directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val d'Or

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

À ce moment-là, les séries éliminatoires battent leur plein. En ouverture d’un match contre les Jets de Winnipeg, le Canadien décide de rendre un hommage aux 215 enfants de Kamloops et aux survivants des pensionnats pour Autochtones... en s’étant assuré, en amont, de ne pas commettre d’impair culturel auprès du Centre d’amitié de Val-d’Or.

Ils se sentaient interpellés, notamment parce que Carey Price joue avec eux, précise Mme Cloutier. Le gardien du Canadien est originaire d'Anahim Lake, en Colombie-Britannique, et membre de la nation autochtone Ulkatcho.

En hommage symbolique, des chaussures d'enfants et d'adolescents ont également été remises au Conseil en éducation des Premières Nations pour être ensuite distribuées aux jeunes des écoles des communautés. Ils ont pris l’initiative, j’en ai validé le protocole, indique Mme Cloutier.

« On a senti, dès le départ, le respect et l’authenticité de la démarche, mais aussi l’humilité, celle de nous approcher en admettant ne pas connaître notre histoire. »

— Une citation de  Édith Cloutier, directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or

Mme Cloutier espère que les passions soulevées par l’équipe de hockey entraîneront, dans leur élan, la cause autochtone : Ça peut nous faire avancer, comme société, se surprend-elle à rêver.

Loin du but

Depuis la Saskatchewan, le fils de Frederick (Fred) Sasakamoose, le tout premier joueur de hockey autochtone de la LNH décédé en 2020 des suites de la COVID-19, partage avec émotion le message symbolique que représente cette décision historique du Canadien.

« Mon père dirait que c’est un grand honneur pour les Autochtones, mais aussi pour toute la nation. »

— Une citation de  Neil Sasakamoose, fils de Fred Sasakamoose

M. Sasakamoose reconnaît qu'il n’était pas au courant de la nouvelle émanant du Canadien, mais plutôt de celle venant du gouvernement du Nouveau-Brunswick, où tous les employés du secteur public ont reçu l’interdiction d’utiliser les expressions non cédé ou non abandonné pour évoquer le caractère ancestral du territoire.

Dans les Prairies, dit-il, les allusions aux Autochtones dans les discours officiels sont cantonnées aux occasions très spéciales, des Roughriders par exemple, explique-t-il. Ce serait bien de pouvoir porter le message des Premières Nations et de dépasser le sentiment inconfortable qu’il peut procurer chez les Canadiens, ajoute M. Sasakamoose.

Vous savez, mon père Fred s’est battu pour son identité autochtone toute sa vie, poursuit-il. Avec un passage par le pensionnat, une éducation limitée, des abus sexuels, il a ensuite dû apprendre comment cacher qui il était. Les gens lui ont bloqué l’accès aux arénas, ils ont voulu faire de lui un spectacle. Lui était fier de qui il était, c’est lui qui brisait la glace en disant : appelez-moi juste l’Indien!

Frederick Sasakamoose sur une patinoire.

Frederick Sasakamoose était membre de la Première Nation crie d’Ahtahkakoop.

Photo : CBC

Sur un ton plus amer, Neil Sasakamoose se souvient des efforts de son père en faveur d'une stratégie nationale, au sein de la LNH, qui encouragerait les Autochtones à progresser comme joueurs professionnels, en vain.

À la LNH, hormis les énoncés et les chandails orange, il n’y a toujours pas de véritable stratégie nationale pour les Autochtones, soupire-t-il.

Son père aurait bien exporté au Canada le modèle de la Willie O'Ree Academy, un programme de formation et d'enrichissement destiné aux jeunes joueurs de hockey noirs pour améliorer leurs compétences comme athlètes de compétition tout en les épaulant culturellement. Une prochaine mission pour la LNH?

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