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Femmes autochtones disparues et assassinées : « On ne vous oublie pas »

Visages de femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada.

Une enquête nationale sur le nombre disproportionné de femmes autochtones disparues et assassinées a été ouverte en septembre 2016.

Photo : CBC News

« On ne vous oublie pas... » C'est le message que veulent envoyer des leaders des Premières Nations à l'occasion de la journée de commémoration en l'honneur des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.

Au Québec, les activités de commémoration auront lieu en ligne cette année, faute de pouvoir se réunir en présence de façon sécuritaire. Une vigile virtuelle sur Facebook sera tenue par plusieurs regroupements qui œuvrent pour la défense des droits des Autochtones, dont la campagne Justice disparue et le Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

Unissons-nous pour honorer la vie de ces personnes qui ne sont plus parmi nous, pour apprendre des militant-e-s et des aîné-e-s, et pour être inspirés à l'action par les chants et les performances d’artistes autochtones, peut-on lire dans l'invitation à la soirée.

C'est un appel à ne pas oublier que les femmes autochtones sont 25 % plus à risque d'être victimes d'un homicide que les autres Canadiennes, comme le révélait le rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) déposé en juin 2019.

« On y pense tout le temps... »

Deux ans après la conclusion attendue de cette enquête qui a levé le voile sur ce génocide canadien, les familles endeuillées et des organismes appellent les gouvernements et les citoyens à ne pas oublier les victimes.

On s'en souvient, toujours..., affirme Viviane Michel, présidente de l'organisme Femmes autochtones du Québec (FAQ), jointe par téléphone. Son équipe et elle ont revêtu du rouge aujourd'hui en mémoire pour elles, ajoute Mme Michel. Et ce n'est pas juste le 4 octobre, dit-elle. On y pense tout le temps. Ce sont des vies qui ont été perdues.

Pour l'ancienne Commissaire de l'ENFFADA et nouvelle sénatrice Michèle Audette, ces journées de commémoration peuvent être éprouvantes pour les familles qui ont perdu une ou parfois plusieurs personnes. Elles viennent raconter, certaines pour la première fois, d'autres une fois encore, le petit bout qu'il leur reste de l'être cher, dit-elle. C'est beaucoup de stress.

Mais il s'agit selon elle d'une étape importante dans le processus de guérison. Elles vont pouvoir sentir qu'il y a une écoute, que des gens sont prêts à les entendre quand elles parlent, et qu'ils ont de l'amour à leur donner.

« Il faut que [les familles] sentent qu'elles ne sont pas toutes seules. L'État ou ses institutions les ont peut-être laissées tomber, mais il y a encore de l'humanité. Ça nourrit le processus de guérison. »

— Une citation de  Michèle Audette, sénatrice
Michèle Audette

Michèle Audette a été commissaire à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées de 2016 à 2019.

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Retrouver la confiance

Tant Michèle Audette que Viviane Michel sont catégoriques : il en reste beaucoup à faire pour panser les plaies des familles, mais aussi pour que les communautés autochtones retrouvent confiance dans les institutions.

Même s'il y a eu la commission et l'ENFFADA, le problème ne disparaît pas, affirme Viviane Michel, qui juge que les familles sont encore laissées à elles-mêmes, avec leur propre traumatisme.

« La commission a fait son travail, qui a eu un impact. Mais maintenant, on est rendus à la deuxième étape… On fait quoi? »

— Une citation de  Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec

Elle critique vertement les différents ordres de gouvernement, qu'elle accuse de se traîner les pieds.

Deux ans après la commission, il n'y a rien de plus qui se passe sur le terrain. On a forcé le gouvernement fédéral à réagir, mais tout ce qu'ils ont rendu public, c'est un bilan…. Toujours pas de [lignes] directrices claires, pas d'actions concrètes, s'indigne-t-elle. On est déçues… c'est sûr qu'on est déçues, laisse-t-elle tomber. On a l'impression qu'ils veulent sauver la face. On leur demande de prendre les choses au sérieux. On parle de vie humaine.

Une femme en gros plan tient un micro.

Viviane Michel, présidente de l'organisme Femmes autochtones du Québec

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Mais Michèle Audette voit pour sa part de la lumière dans ce dossier, spécialement dans le budget déposé par la ministre des Finances Chrystia Freeland le printemps dernier.

On va voir quelque chose qui n'a jamais existé avant, dit-elle. On va reconnaître les femmes et les filles [autochtones] comme des expertes, et les impliquer dans le cercle national des familles, au sein de l'appareil gouvernemental.

Elles vont pouvoir avoir une influence de l'intérieur, ajoute Mme Audette. Elle affirme avoir été capable de voir dans le budget des investissements majeurs qui devraient aider directement les communautés à affronter le problème de la violence. On devrait voir de grosses sommes aller directement aux organisations qui travaillent sur le terrain, se réjouit-elle.

« Le but, c'est de sauver des vies. Il faut que les fonds aillent à ceux qui sont sur le terrain, aux communautés qui présentent des projets qui peuvent [y arriver]. C'est le terrain qui détermine ce qui est bon pour sauver des vies, pour aider des familles. »

— Une citation de  Michèle Audette, sénatrice

Elle demande toutefois au gouvernement de Justin Trudeau de bien surveiller l'usage de ces fonds et, surtout, d'encadrer et d'évaluer le travail des autorités pour assurer une transparence.

Selon elle, rien ne peut changer si les femmes n'ont pas confiance dans le système.

La transparence, c'est pour tout le monde, ajoute Mme Audette.

La ministre Guilbault interpellée

Il y a maintenant cinq ans, nos courageuses femmes de Val-d’Or ont dénoncé des situations intolérables. Où en sommes-nous aujourd’hui? Nos femmes et nos filles sont-elles plus en sécurité dans les villes? Sont-elles vraiment plus en sécurité dans nos communautés?

C'est ce que demande la cheffe de la communauté de Lac Simon, Adrienne Jérôme, porte-parole du Conseil des femmes élues de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), dans un communiqué envoyé aux médias.

Mme Jérôme déplore elle aussi le peu d'avancées qui ont été faites depuis le dépôt du rapport de l'ENFFADA.

Les services policiers [des communautés] manquent chroniquement de ressources, ou ont carrément dû fermer leurs portes [...] Vers qui nos femmes et nos filles peuvent-elles se tourner quand leur sécurité est menacée?, ajoute-t-elle.

Elle appelle directement la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault à aider les communautés à transformer les appels à l'action et les plans d'action en actions concrètes.

Le Conseil des femmes élues invite Geneviève Guilbault ainsi que la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, à venir rencontrer ses membres pour échanger sur les enjeux qui touchent à la sécurité des femmes des Premières Nations.

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