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Autochtones et catholiques en 2021 : pourquoi?

Christine Zachary Deom devant la porte d'une église.

Christine Zachary Deom manque rarement la messe du dimanche célébrée dans l'église de Kahnawake.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

L’Église – et le gouvernement – leur a pris leurs enfants dès la fin du 19e siècle, mais aujourd’hui encore, des Autochtones se rendent à la messe chaque dimanche. Souvent incompris chez eux, ils mélangent traditions et christianisme pour vivre leur foi.

Christine Zacharie Deom, de Kahnawake, manque rarement la messe du dimanche célébrée à l’église catholique de la mission Saint-François-Xavier, l’une des trois institutions religieuses de la communauté.

Des dizaines de souliers d’enfant ont récemment été déposés devant la grille, là où traînent des restes de tabac brûlé. Un rappel du drame des pensionnats.

En 2021, ils sont beaucoup moins nombreux qu’avant à prier aux côtés de Christine. Quand j’étais jeune, il ne fallait pas arriver en retard. C’était bondé. Maintenant, nous sommes 25, lance la Mohawk de 75 ans qui a aussi siégé un temps au conseil de bande.

La façade d'une église en été.

Alors qu'il y a plusieurs années, l'église était bondée les dimanches, ils ne sont plus qu'une vingtaine de fidèles à s'y rendre religieusement pour la messe.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

À 700 km de Kahnawake, à Henvey Inlet, en Ontario, c’était la même chose, se rappelle Eva Solomon, 78 ans. Tout le village était croyant. Sauf trois personnes, se souvient cette Anichinabée très croyante qui est devenue sœur à l’âge de 16 ans.

Ce qu’elle a oublié, c’est pourquoi elle a voulu intégrer la congrégation des sœurs de Saint-Joseph du Sault-Sainte-Marie.

Sœur Eva Solomon assise sous un chapiteau.

Sœur Eva Solomon mêle sa culture autochtone à sa culture catholique.

Photo : Radio-Canada / Havard Gould/CBC

J’avais quatre ans… Je savais juste que je voulais être sœur quand je serai grande. Je crois que c’est ce que Dieu attendait de moi, raconte celle qui vit désormais à Winnipeg et qui n'a jamais été au pensionnat.

S’éloigner de l’Église

Ces deux femmes ont le Christ tatoué sur le cœur. Ce qui n’est pas le cas de tous les Autochtones. À Pakua Shipi, sur la Côte-Nord, Marie-Julie Lalo, 53 ans, vient d’une famille croyante. L’Innue a pourtant perdu la foi catholique imposée par ses parents.

Marie-Julie Lalo

Marie-Julie Lalo a été élevée dans une famille catholique, mais a depuis renoué avec sa culture ancestrale.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

On allait à la messe tous les dimanches. Mes parents me disaient que si on n’y allait pas, on irait en enfer, se souvient-elle.

Marie-Julie a connu le père Alexis Joveneau, missionnaire qui contrôlait la communauté de 1950 à sa mort, en 1992, et qui se prenait pour un roi.

L’oblat a agressé des dizaines d’Innus et des Blancs, dont sa propre nièce.

Le père Alexis Joveneau avec une famille innue. Ils sont tous assis près d'une tente, sur le bord de l'eau.

Le père Alexis Joveneau était très influent sur la Côte-Nord, chez les Innus.

Photo : Bibliothèque et archives nationales du Québec

Aujourd’hui, plus question de parler de Dieu pour elle. Un mot qu’elle a banni de son vocabulaire et remplacé par Tshementu, qui évoque ses traditions spirituelles innues présentes bien avant que les curés viennent dans nos communautés.

Marie-Julie Lalo travaille aujourd’hui pour l'un des deux conseils tribaux de la Première Nation des Innus. Elle refuse de jeter la pierre aux Autochtones fidèles à Dieu. Je les respecte, ils ont encore des plaies à guérir. Ils n’ont pas pris conscience de la vérité, ose-t-elle.

Mélanger la culture autochtone et catholique

De leur côté, malgré le drame des pensionnats, la colonisation menée entre autres par l’Église et les abus psychologiques et sexuels de certains curés, Eva Solomon et Christine Zachary Deom pensent qu’il est possible d’allier culture autochtone et catholicisme.

quatre pots d'herbes traditionnelles.

Les Autochtones chrétiens utilisent les herbes dont ils disposent sur leur territoire pour pratiquer leurs cérémonies.

Photo : Radio-Canada / Aya Dufour

Il y a un mouvement qui veut faire entrer la foi chrétienne dans la culture autochtone, précise d’ailleurs Jean-François Roussel, professeur à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal.

Cela commence par l’utilisation de l’huile de cèdre plutôt que de l’huile d’olive pour les sacrements catholiques. J’ai demandé à l’évêque si on pouvait utiliser de l’huile de cèdre au lieu de l’huile d’olive pour les sacrements, parce que Jésus ne nous a jamais donné d’oliviers ici, mais des cèdres. Ça me semble logique. On utilise ce que Dieu nous a donné, argumente sœur Solomon.

Elle reconnaît d’ailleurs que c’est l’Église et la colonisation qui nous a coupés de nos traditions spirituelles.

Pensionnat pour Autochtones de Grouard.

Le traumatisme des pensionnats pour Autochtones ont marqué plusieurs générations. Ici, le pensionnat de Grouard.

Photo : Archives Deschatelets-NDC

À Kahnawake, Christine insiste pour dire qu’elle ne renie pas sa culture mohawk et prend le temps de raconter l’histoire de la communauté, de ses grandes fermes, de ses cultures de haricots, de courges. Elle n’a rien oublié de cette époque désormais révolue.

Quant à l’Église, il faut savoir départager le grain de l’ivraie, affirme Christine. Les prêtres abuseurs ne représentent pas l’Église, mais le mal. Il y a des prêtres qui ont fait des choix terribles, dit la sexagénaire de sa voix douce et calme.

Sœur Solomon rappelle que c’est avant tout le gouvernement qui est à l’origine de la mise en place des pensionnats.

Pour les Autochtones croyants, explique le professeur Roussel, la foi est plus importante que l’institution.

Le pape François, songeur.

La planification est en cours pour que les dirigeants autochtones nationaux rencontrent le pape François plus tard cette année.

Photo : Associated Press / Tiziana Fabi

Ce n’est pas Jésus qui a fait tout ça, illustre-t-il, en ajoutant que Christine ou Eva sont souvent incomprises chez les Autochtones.

Je sais que le christianisme est souvent vu comme une religion étrangère dans les communautés, mais pour les Autochtones catholiques, ça fait partie d’eux, dit-il.

Quand on demande à Christine si le pape devrait faire des excuses officielles aux Autochtones, elle répond qu’il s’est déjà excusé.

Je ne comprends pas ce qu’ils veulent de plus. Je vois surtout des questions d’argent derrière tout ça, lance-t-elle.

Des questions d’argent qui empêchent la véritable réconciliation.

Eva Solomon est plus directe. Si le chef de l’Église catholique doit s’excuser, alors la cheffe de l’Église d’Angleterre aussi dit-elle en évoquant la reine.

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