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La difficulté de faire le décompte des enfants autochtones morts dans les pensionnats

Radio-Canada / Ivanoh Demers
Hommage en l’honneur des 215 victimes du pensionnat à Kamloops. RIP, victimes, enfants autochtones, pensionnat. 

Photo prise dans la communauté de Kahnawake, Québec.
Des souliers ont été déposés sur la rue en hommage aux 215 victimes.

Des souliers ont été déposés sur une rue de Kahnawake en hommage aux victimes des pensionnats pour Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Un grand panneau orange avec le slogan « Chaque enfant compte » se dresse au milieu de la Première Nation de Kebaowek, une communauté anichinabée d'Abitibi-Témiscamingue, située au Québec, à 300 kilomètres au nord-ouest d'Ottawa.

On y trouve aussi le décompte de potentielles sépultures anonymes qui ont été découvertes jusqu'à maintenant, alors que plusieurs Premières Nations, établies d’un bout à l’autre du pays, effectuent des recherches à l’aide de radar à pénétration de sol sur les emplacements d’anciens pensionnats.

L'homme prend la pose à côté d'un grand panneau.

Lance Haymond, le chef de la Première Nation anichinabée Kebaowek, avec un panneau faisant un décompte du nombre de sépultures d'enfants retrouvés à proximité des pensionnats pour Autochtones.

Photo : Gracieuseté : Lance Haymond

Les dirigeants de Kebaowek espèrent que le nombre toujours croissant affiché sur ce panneau serve de rappel – même brutal – du nombre d'enfants qui ne sont jamais retournés chez eux.

Il nous a fallu tellement de temps pour attirer l'attention du Canada sur les atrocités qui ont été vécues par notre peuple, soutient le chef de Kebaowek, Lance Haymond.

Nous voulons tout simplement soutenir les Premières Nations qui traversent le processus de découverte [des sépultures]. C'est notre façon de partager notre soutien et de continuer à éduquer et à souligner ce qui se passe dans les pensionnats.

Des souliers d'enfants et des peluches près de la flamme du centenaire sur la colline du Parlement.

Des souliers d'enfants et des peluches près de la flamme du centenaire sur la colline du Parlement.

Photo : Radio-Canada

Le signe n'est qu'un des nombreux actes de solidarité, de sensibilisation et de commémoration qui ont surgi à travers le pays en prévision de la Journée nationale pour la vérité et la réconciliation du 30 septembre. Mais alors que beaucoup de gens souhaitent sensibiliser leurs pairs ou montrer leur appui, un défi surgit : comment s'y retrouver dans les différents décomptes de victimes qui circulent?

Rester à jour

Le nombre utilisé par Kebaowek – 6509 – en est un qui a largement circulé sur les réseaux sociaux, parmi d’autres.

C'était celui que nous voyions, explique le chef Haymond. Est-ce qu’il est exact? En fin de compte, où pouvons-nous continuer à trouver de bonnes informations [sur ces données]?

CBC News n'a pas été en mesure de vérifier l'exactitude de ce nombre ni celle des autres décomptes circulant sur les réseaux sociaux et dont la source n’était pas disponible ou qui n’étaient pas accompagnés d’une mise en contexte.

J'ai l'impression que les gens veulent vraiment un nombre. Mais de mon point de vue, il s’agit d’un marathon, pas d’un sprint, explique Tamara Randall, créatrice et modératrice du groupe Facebook Every Child Matters, qui rejoint plus de 17 000 membres.

La navigation sur notre page est difficile parce que, dès que quelqu’un publie un nouveau décompte plus élevé que le précédent, tout le monde saute dessus.

D'après un recensement de CBC News, des recherches ont été effectuées dans au moins neuf emplacements à ce jour. Ces recherches ont découvert plus de 1300 potentielles sépultures non marquées.

Ces données incluent certaines recherches effectuées au radar à pénétration de sol qui ont eu lieu avant ce printemps, lorsque la nouvelle a éclaté au sujet des découvertes près de l'ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Des recherches au radar à pénétration de sol ou des enquêtes sont en cours ou ont été lancées sur les terrains d’environ 17 anciens pensionnats. Des discussions ou des consultations ont lieu pour inspecter 21 autres emplacements.

La veillée aux chandelles organisée par la Première Nation Cowessess sur le site de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan, le 26 juin 2021.

Certaines des tombes près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan

Photo : CBC / Mickey Djuric

Les dangers de la désinformation

Au moins un cas de désinformation concernant la découverte de sépultures non marquées a été recensé dans le dernier mois.

Sherri Chisan, présidente de l'Université nuxełhot'įne thaaɁehots'į nistameyimâkanak Blue Quills en Alberta, affirme avoir eu à publier un communiqué de presse pour contredire les allégations avançant que 1100 bébés étudiants auraient été retrouvés à Blue Quills. Ce canular a été largement partagé sur les réseaux TikTok et Facebook.

C'était dérangeant, explique Sherri Chisan. C'est une question très sensible. Les gens souffrent.

La femme pose avec un chapeau.

La présidente de l'Université nuxełhot’įne thaaɁehots’į nistameyimâkanak Blue Quills en Alberta, Sherri Chisan

Photo : Gracieuseté : Sherri Chisan

L'université, qui est dirigée par sept Premières Nations du territoire du Traité 6, est située dans l'ancien pensionnat pour Autochtones Blue Quills, à environ 200 kilomètres au nord-est d'Edmonton. Ce dernier a été en activité de 1931 à 1970.

Sherri Chisan explique que l'université n'a encore effectué aucune recherche par radar à pénétration de sol et n'en est qu'aux étapes préliminaires de consultation des communautés sur la manière de procéder à des recherches.

Elle confie qu'il sera important d’intégrer les survivants au cœur du processus, mais estime que la désinformation peut avoir un impact négatif avant même le début des véritables consultations. Ça crée de la confusion et peut mener à de la méfiance. Tout le reste du travail devient beaucoup plus difficile.

La patience, la compassion, la gentillesse [et] l'amour nous permettront de traverser [cette épreuve], soutient-elle.

Temps et efforts nécessaires

Trouver le nombre d'enfants décédés dans les pensionnats est une tâche longue et difficile, rappelle Raymond Frogner, chef des archives du Centre national pour la vérité et la réconciliation à Winnipeg, où sont recueillis les dossiers relatifs à la Commission de vérité et réconciliation (CVR).

Il reconnaît que les émotions sont vives, mais que les recherches de lieux de sépulture non marqués ne sont qu'une pièce du casse-tête. Évoquer un nombre ou un autre [de sépultures] sur les réseaux sociaux n'est peut-être pas le meilleur moyen de montrer l'ampleur et la portée du problème, selon lui.

Nous devons avoir une meilleure compréhension [des résultats] et plus d’information sur le contexte et sur les recherches pour véritablement savoir ce que révèlent les [recherches à l’aide de] radars à pénétration de sol, poursuit-il.

Et ça, ça n'arrivera pas du jour au lendemain.

À ce jour, le Centre national pour la vérité et la réconciliation a documenté 4118 enfants décédés dans les pensionnats, dans le cadre de son travail de mise en œuvre de l'appel à l'action 72 de la CVR pour créer un registre national des décès et un registre commémoratif destiné au public. Les décès répertoriés dans ce registre ne comprennent pas tous les actes d'inhumation officiels.

Environ 300 enfants et le personnel du pensionnat posent devant l'édifice.

Une photo de groupe prise au pensionnat pour Autochtones de Kamloops, en 1931.

Photo : Centre national pour la vérité et la réconciliation

Les dossiers ont été fragmentés entre tellement d'organisations et d'institutions différentes qu'il y a encore du travail à faire en ce sens, explique Raymond Frogner, et à peine le cinquième des archives détenues par le Centre ont été analysées, révèle-t-il.

Selon lui, le Centre continue d’analyser les quatre millions de dossiers et plus de 7000 déclarations de témoins qu'il détient afin d’ajouter des noms de victimes et de combler les informations manquantes.

Il prévoit également que le nombre d'enfants sur le registre des décès pourrait quintupler au terme de ces analyses. [Ce travail] va prendre beaucoup de temps et d'efforts, et les réponses ne viendront pas rapidement, prévient-il.

Je pense que c'est la chose à retenir : ce n'est que le début d'une période intense de recherches et d'efforts pour essayer de redécouvrir les enfants qui étaient dans ces sépultures anonymes. Chaque pensionnat et chaque communauté en parlent depuis des générations. Ce n’est que maintenant que ça remonte à la surface dans la conscience nationale.

Maintenir le dialogue

Le chef Lance Haymond espère simplement de son côté que le panneau installé au cœur de Kebaowek aidera à maintenir le dialogue auprès des voisins de sa communauté.

Trois stèles sont érigées dans un espace vert.

Un monument dédié aux membres de la communauté de Kebaowek qui ont vécu les traumatismes des pensionnats pour Autochtones.

Photo : Gracieuseté : Lance Haymond

Chaque effort que nous faisons contribue grandement à éduquer le Québécois moyen, car notre histoire a été en grande partie effacée, estime-t-il.

Il a fallu tellement de temps pour que cette question soit au premier plan, rappelle le chef Haymond. Même si nous avons eu la Commission de vérité et réconciliation, cela n'a suscité une réaction que lorsque les décomptes ont commencé à être publiés.

D'après un texte de Ka'nhehsí:io Deer, CBC Indigenous

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