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« On n’a pas besoin d’être sauvés, on a besoin d’être écoutés », disent les Autochtones

Ils en ont assez. Assez d’être encore victimes de racisme et de discrimination. Assez que d’anciens traités ne soient pas respectés. Assez que le déni occulte encore la raison de plusieurs Québécois.

Un homme tient de la sauge en avant du cortège.

La marche a réuni quelques milliers de personnes au centre-ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quelques milliers de personnes ont célébré la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, jeudi, au centre-ville de Montréal.

Comme un affront fier et revanchard, c’est au pied de la statue déboulonnée de John A. Macdonald que les manifestants se retrouvent. Beaucoup d’entre eux portent un chandail orange, la couleur associée à la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, qui rend notamment hommage aux enfants morts dans les pensionnats pour Autochtones et aux survivants.

Mais sur toutes les lèvres, il y a bien plus que cette blessure. Il y a un ras-le-bol général : racisme, manque de considération, de reconnaissance, de respect.

Clara Chia.

Les enfants ont ouvert le cortège qui est parti de la place du Canada. Ici, Clara Chia est venue de l'Ontario avec sa mère et sa grand-mère.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Devant la statue déboulonnée de celui qui a mis en place des politiques d’ethnocide, les gens parlent de leur sœur Joyce, de ces terres volées, du traumatisme intergénérationnel, du racisme systémique qu’ils voudraient que le gouvernement caquiste reconnaisse, de leur lassitude face aux mots qui ne sont pas suivis d'actions…

L’une des premières à prendre la parole, alors qu’une femme passe entre les rangs avec de la sauge, est Ellen Gabriel, figure militante connue pour son implication lors de la crise d’Oka.

Un homme tient une plume d'une main et un micro de l'autre.

Le départ de la marche était prévu au pied de la statue déboulonnée de John A. Macdonald.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un silence religieux se fait lorsqu’elle prend le micro. La femme ne cache pas sa rage. Ils continuent de voler nos terres comme ils ont volé nos enfants. C’est assez, crie-t-elle.

Sa voix résonne en écho.

La militante poursuit : Rendez-nous nos terres, arrêtez de construire des pipelines qui détruisent notre futur, respectez les femmes autochtones.

Elle demande 30 secondes de silence. Son charisme est tel que la foule entière la suit.

Ellen Gabriel

Ellen Gabriel a tenu un discours très poignant.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sarra fait partie des non-Autochtones venus apporter leur soutien. Elle raconte qu’elle a de la chance de pouvoir participer à l’événement, car son entreprise a décidé d’elle-même de donner congé à tous les employés.

C’est dommage que le gouvernement québécois n’a pas voulu donner un jour férié, déplore-t-elle.

Une foule dans une rue et un policier seul dans une autre.

Les marcheurs portaient souvent un chandail orange qui est l'emblème des survivants des pensionnats pour Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un avis que partage Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

Ce gouvernement ne reconnaît pas le racisme systémique, il ne veut pas que ce jour soit férié, donc pour moi, c’est comme s’il ne nous reconnaissait pas, s'exclame-t-elle, exténuée et surtout fâchée par cette lutte qu’elle mène depuis si longtemps et qui, à l’entendre, ne semble pas finir.

Nakuset

Nakuset n'a pas caché sa colère face à ce qu'elle estime être de l'inaction gouvernementale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Derrière elle, Lisa Gagné est venue avec sa famille, dont sa fille, Khamala. Rien n’a été organisé par le ministère de l’Éducation du Québec pour que cette journée soit officiellement commémorée dans les écoles.

Je suis allée chercher ma fille à l’école pour qu’elle vienne cet après-midi. Si elle n’avait pas porté de chandail orange, le professeur n’aurait rien expliqué à ses camarades de classe, dit cette Anichinabée qui a été victime de la rafle des années 1960.

Cette amertume, tout le monde la partage au micro.

Elisapie Isaac

La chanteuse inuk Elisapie était sur place et a lu un poème pour François Legault.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La chanteuse inuk Elisapie lit un poème qu’elle dédie spécifiquement à François Legault.

« Il y a une logique que vous ne comprenez pas : ce n’est pas à nous de prouver l’existence du racisme systémique, mais à vous de montrer qu’il n’existe pas. »

— Une citation de  Elisapie

Vous continuez de nier nos blessures en niant de simples faits. Vous nous mettez à l’extérieur des débats pour faire plaisir à vos électeurs. Où étiez-vous lors de la commémoration pour Joyce?, demande-t-elle, alors que la pluie commence à tomber.

Plan rapproché de Benoit Charette.

Benoit Charette, ministre responsable de la Lutte contre le racisme, était sur place.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans l’assemblée, face à la chanteuse, Benoit Charette, le ministre québécois de la Lutte contre le racisme.

Plus tôt dans la journée, son chef a évoqué la productivité du Québec quand, une fois de plus, il lui a été demandé de rendre le 30 septembre férié comme l’ont fait d’autres provinces.

Stéphanie Héroux

Stéphanie Héroux est une Anichinabée. Elle est de toutes les luttes et estime se battre pour l'avenir de son fils.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Lorsque le cortège se met en marche et remonte le boulevard René-Lévesque, Stéphanie Héroux en prend la tête avec quelques autres femmes. Tambour dans une main, poussette dans l’autre, la jeune Anichinabée est de toutes les luttes.

La solution doit venir des Autochtones. On n’a pas besoin d’être sauvés, on a besoin d’être écoutés, soutient-elle en frappant sur son tambour. Cette maman se dit fâchée contre le gouvernement Legault.

Il aurait pu être solidaire avec les communautés. Mais on ne peut plus compter sur le gouvernement, on compte sur le peuple, dit-elle en évoquant les nombreux non-Autochtones qui sont venus participer à l’événement.

Une foule dans la rue et certains portent un attrape-rêve géant.

Un attrape-rêve géant a été réalisé pour l'occasion.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Tous les marcheurs ont un drame à raconter lorsqu’on leur pose la question.

Emily Flemings, née d’un père québécois et d’une mère inuk, se fait régulièrement harceler par des racistes sur les réseaux sociaux.

Madeleine Saiga, une Métisse, parle de l’esprit des enfants qui sont là, avec eux dans le cortège.

Une autre femme venue de l’Ontario avec sa mère et sa fille évoque le séjour au pensionnat de sa grand-mère aujourd’hui décédée.

Une femme portant une pancarte.

Les Autochtones demandent que leurs droits soient reconnus.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Régulièrement, ils s’arrêtent pour chanter, frapper sur leurs tambours, ou même lancer des cris.

À l'avant du cortège, des enfants. Ceux de la nouvelle génération, qui doivent encore vivre avec les blessures des anciens, mais qui sont, pour tous les Autochtones, porteurs d'espoir.

Dominique Anglade au milieu de la foule.

Dominique Anglade, cheffe de l’opposition officielle, regrette le refus du gouvernement caquiste de parler de racisme systémique.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mots des politiciens

Sur place, plusieurs représentants de partis sont présents.

Marie-Laurence Desgagné, présidente de l'aile jeunesse du Parti québécois, explique qu’il est important d’être là pour entendre ce que les familles des survivants ont à dire.

Manon Massé, la députée de Québec solidaire, ne s’explique toujours pas la raison du refus du gouvernement de transformer le 30 septembre en jour férié. Pour le gouvernement, c’est rendez-vous manqués sur rendez-vous manqués, déplore-t-elle.

Même son de cloche du côté de la cheffe libérale, Dominique Anglade, qui revient aussi sur la décision du gouvernement caquiste de ne pas vouloir parler de racisme systémique. Pour se réconcilier et avancer, il faut nommer les choses. On ne peut pas trouver de solution si on ne nomme pas le problème, fait-elle valoir. Et qu’on ne me parle pas de productivité!

Ça montre une déconnexion assez flagrante et un manque d’empathie très grand, de répondre à des questions importantes et émotives par un argument économique un peu bidon, renchérit Marie-Laurence Desgagné.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, n’était pas joignable pour répondre à nos questions.

Une femme porte une pancarte entre les mains.

Plusieurs personnes déplorent que le Québec n'a pas voulu faire du 30 septembre un jour férié. Ils estiment que la foule aurait été beaucoup plus nombreuse si cela avait été le cas.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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