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Anne Panasuk, porteuse de l’histoire des enfants autochtones disparus

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La journaliste Anne Panasuk sur le plateau de Tout le monde en parle, en septembre 2021.

Photo : A Média / Karine Dufour

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L’ancienne journaliste et anthropologue Anne Panasuk publie mercredi son premier livre basé sur son enquête concernant les enfants autochtones disparus après un séjour à l’hôpital. La nouvelle conseillère du ministre responsable des Affaires autochtones va s’assurer que la loi 79, censée apporter des réponses aux familles, soit bien mise en œuvre. Tout un lien de confiance à recréer. Entrevue.

Comment est née l’idée du livre?

Je n’aurais pas eu cette idée si l’éditeur ne m’avait pas approchée. C’était avant la pandémie. L’éditeur me disait qu’il voulait transformer trois balados de Radio-Canada en livre. Le premier serait le mien. Il faut savoir qu’avec le balado, j’ai rejoint un autre public que celui qui avait vu le reportage d’Enquête et là, avec le livre, j’en rejoins encore un autre. J’avais l’idée de faire résonner les voix autochtones.

Justement, qu’est-ce que le livre apporte de plus que le reportage télé et le balado?

Il y a une continuité, car je parle de l’organisation des familles avec la création de l’association Awacak. J’essayais de montrer un peu plus qui sont les Autochtones aussi, notamment avec le rire, ce qu’on ne peut pas forcément faire à la télé. Je voudrais que les gens apprennent que cette douleur se transforme désormais en force. Les familles ne sont plus isolées, elles sont rassemblées, et je raconte ça dans le livre, ce que je n’avais jamais raconté.

Qu’est-ce que vous attendez de ce livre?

Il faut savoir que les gens ne savaient pas tout ça : que des enfants autochtones avaient disparu ou étaient morts après un passage dans un hôpital québécois. Et je ne veux pas les culpabiliser, car moi-même je ne le savais pas avant de faire mon enquête. Les Autochtones eux, le savaient, les institutions aussi, mais pas les Québécois.

Je veux qu’ils réalisent ce qu’il s’est passé et qu’ils changent leur regard sur les premiers peuples. On ne peut pas leur demander d’être serein, de passer à autre chose, de s’adapter à la modernité. Ce n’est pas possible. Je veux qu’on voit aussi la résilience. Jamais ils ne vont parler de vengeance, ils vont parler de réparation.

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Le père Alexis Joveneau donne une leçon d'alphabet à de jeunes Innus de Pakuashipi dans les années 1950. On apprend dans le livre d'Anne Panasuk le peu de considération qu'il avait pour les Innus.

Photo : Radio-Canada

Parlez-nous de votre nouveau rôle de conseillère auprès du gouvernement pour justement apporter des réponses à ces familles.

Je vais veiller à la mise en place de la loi 79 qui devrait leur permettre d’accéder à certains documents. Pour le moment, je fais beaucoup de communication au sein de l’appareil gouvernemental et au sein des communautés autochtones. Je vais le faire avec l’association Awacak, car il y a un bris de confiance envers les institutions et le gouvernement. Les familles doivent être sûres que le processus soit fait en toute transparence. Je n’avais pas les moyens de fouiller aussi loin avant, là je les ai. Je vais aussi pouvoir faire des recommandations.

Vous avez mentionné un bris de confiance. Pourquoi les familles devraient vous faire confiance?

Ce n’est pas à moi qu’ils doivent faire confiance. Ils doivent comprendre que la loi ouvre les archives et que le travail sera fait adéquatement sous la supervision et avec Awacak. Pour moi, cette association est leur garantie, car la communication se fait dans leur langue, les gens d’Awacak peuvent aider les familles à remplir les formulaires et ils seront là quand on va remettre les informations. La confiance ne se rétablit pas comme ça. Il faut qu’Awacak soit là.

Quels sont les premières réactions concernant la loi 79 qui est entrée en vigueur le 1er septembre?

En général les familles sont contentes. Certaines sont dubitatives, c’est vrai. Depuis le 1er septembre, on a quand même déjà six demandes qui concernent 21 enfants. Il y a des familles qui ont perdu plus qu’un enfant. Manifestement, il y a un besoin.

En quoi votre passé d’anthropologue et de journaliste vous a aidée à gagner cette confiance?

Depuis 40 ans, je crée un lien avec eux. Pas avec toutes les nations, pas avec toutes les communautés, mais tranquillement, ils apprennent à me connaître. Ils se parlent aussi entre eux. Si je n’avais pas été anthropologue et journaliste, je n’aurais pas eu le mandat du gouvernement.

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Cette famille atikamekw a perdu la trace de Lauréanna, la fille d'Armand et Madeleine Echaquan.

Photo : Famille Echaquan (courtoisie)

C’est le premier livre que vous écrivez, comment avez-vous vécu cette expérience?

J’ai trouvé ça douloureux, car je suis retournée fouiller dans mes calepins de notes. Je suis repassée à travers toutes les émotions. Après trois heures d’écriture, j’étais lavée, fatiguée… Après ça, il y a toute la révision linguistique qui est un gros exercice d’humilité. Il faut aussi trouver la photo, le titre…

Parlez-moi du titre du livre, Auassat

On a discuté du titre avec l’éditeur, car j’étais consciente qu’on ne parlerait pas que des enfants disparus, mais aussi des agressions sexuelles des Oblats. Malheureusement, il n’y avait pas de titre qui pouvait rassembler les deux choses. Alors comme tout ça avait commencé avec les enfants disparus, avec les Innus, je voulais un mot innu. Et auassat ça veut dire les enfants en innu. Ce sont les enfants disparus qui m’ont mise sur la piste des Oblats.

Le livre d'Anne Panasuk, Auassat, à la recherche des enfants disparus, sort en librairie le 29 septembre.

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