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Radiation d’un an pour l’infirmière qui a insulté Joyce Echaquan

Une femme tient une photo de Joyce Echaquan.

La mort de Joyce Echaquan a provoqué une onde de choc dans la communauté autochtone ainsi que dans les collectivités du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

L’infirmière qui a admis avoir tenu des propos insultants envers l'Atikamekw Joyce Echaquan le 28 septembre 2020, alors qu'elle était hospitalisée au Centre hospitalier régional de Lanaudière, a été radiée de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) pour un an.

L’infirmière a plaidé coupable devant le Conseil de discipline de son ordre professionnel des deux chefs d'infraction qui lui étaient reprochés, soit d'avoir fait preuve de violence verbale envers Mme Echaquan, et de négligence en ne procédant pas à l’évaluation de santé requise après que cette dernière fut tombée deux fois de son lit.

Elle écope donc d'une radiation temporaire d’un an pour la première infraction et de six mois pour la deuxième, qui doivent être purgées de façon concurrente. C'est donc au total pendant un an que l'infirmière ne pourra plus exercer sa profession.

Cette peine qui lui a été infligée provient d'une recommandation commune des avocats de l'OIIQ et de la défenderesse.

Dans sa décision, le Conseil de discipline de l'OIIQ explique qu'il a entériné cette recommandation jugeant qu’elle n’est pas contraire à l’intérêt public ni susceptible de déconsidérer l’administration de la justice.

Il rappelle que le plaidoyer de culpabilité de l’intimée fait suite à une preuve vidéo accablante, filmée par Joyce Echaquan elle-même de son lit d'hôpital.

Dans cette vidéo, on peut notamment entendre l'infirmière traiter Joyce Echaquan d'hostie d'épaisse de tabarnak, et lui affirmer qu'elle est seulement bonne pour fourrer.

Le Conseil dit souhaiter que l'infirmière prenne les mesures nécessaires pour modifier son comportement et enrayer ses préjugés. Il juge préoccupant que, malgré sa reconnaissance de culpabilité, l'infirmière ne réalise pas que ses propos étaient discriminatoires envers les Autochtones.

En effet, bien qu'elle ait admis avoir été impolie avec la patiente, avoir été méchante et l’avoir insultée, l'infirmière a nié être une personne raciste, assurant qu'elle ne s'était pas fâchée contre Joyce Echaquan parce qu’elle était Atikamekw.

Ce matin-là, je me serais fâchée après n’importe qui, a-t-elle déclaré, en expliquant son comportement par le stress et les conditions de travail difficiles qu'elle devait supporter.

Ce à quoi le Conseil a répliqué qu'il trouve regrettable que l’infirmière ait tenté de justifier son comportement par la colère ressentie face à ses conditions de travail.

Il n’y a aucune justification possible au mépris et à la négligence dont elle a fait montre à l’égard de la cliente Joyce Echaquan.

Une citation de :Le Conseil de discipline de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

Joyce Echaquan est morte peu de temps après s'être filmée. L’infirmière radiée a été congédiée quelques jours plus tard. Elle a par la suite été embauchée comme intervenante au Centre d’hébergement de Lanaudière.

Une enquête publique visant à faire la lumière sur le décès a eu lieu en juin dernier. La coroner Géhane Kamel, qui a frappé l'identité de l'infirmière d'une ordonnance de non-publication, n'a toujours pas rendu son rapport.

Devant le Conseil de discipline, l'avocat de l'infirmière a de son côté fait valoir que le fait que sa cliente n'a pas évalué Mme Echaquan à la suite de ses chutes n’a pas eu de lien avec la cause du décès, comme le démontre son dossier médical, peut-on lire dans la décision de l'OIIQ.

La famille aurait voulu plus

Une petite fille de cinq ans tient une chandelle entre ses mains.

Une centaine de personnes ont rendu hommage à Joyce Echaquan mardi soir lors d'une veillée à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Lors d'une veillée à la mémoire de Joyce Echaquan tenue mardi soir à Montréal à la place Émilie-Gamelin, un an jour pour jour après son décès, l'avocat de la famille a fait savoir que celle-ci n'accueillait pas positivement les conclusions du Conseil de discipline de l'OIIQ.

Selon eux, l'Ordre aurait dû être plus sévère envers l'infirmière. La famille déplore également que la décision ait été rendue le jour de la date anniversaire de la mort de Mme Echaquan.

Ces propos sont partagés par la sénatrice autochtone Michèle Audette, qui était à la vigile montréalaise. Devant la centaine de personnes présentes, Mme Audette a déploré que la famille de Joyce Echaquan ait appris la nouvelle de la radiation de l'infirmière par les réseaux sociaux et les médias, mentionnant qu'elle aurait apprécié être contactée directement par l'OIIQ.

Cette organisation annonce une nouvelle aussi triste lors d’une journée commémorative. Ils auraient pu attendre à demain. Ils auraient pu rencontrer la famille pour leur expliquer leurs raisons et leur décision, a-t-elle lancé.

Interrogé à ce sujet, le chirurgien innu Stanley Vollant, qui a de nombreuses fois dénoncé le racisme systémique dont sont victimes les Autochtones, qualifie pour sa part la décision de l'OIIQ de message positif.

Il faut démontrer que les ordres professionnels sont sérieux et veulent abolir la discrimination et le racisme systémique dans nos milieux de santé, dit-il.

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