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« La guérison, c’est d’être là, tout simplement »

Petite leçon de philosophie innue avec l'auteure Joséphine Bacon, invitée du Musée McCord pour une discussion publique.

L'auteure Joséphine Bacon à l'entrée du Musée McCord.

L'auteure innue Joséphine Bacon à l'entrée du Musée McCord

Photo : Radio-Canada / Maud Cucchi

Maud Cucchi

« Et vous, Joséphine, la guérison pour vous, c’est quoi? » La discussion publique organisée par le musée McCord dimanche après-midi déroule la vaste thématique en marge d'une nouvelle exposition permanente. L’auteure innue Joséphine Bacon est l’invitée du jour, disponible une petite heure, top chrono. Toutes les chaises ont trouvé preneur, à bonne distance sanitaire.

Dans son châle rouge, la poétesse innue écoute plus qu’elle ne parle, puisque c’est le concept de l’événement organisé les derniers dimanches de chaque mois : un atelier de discussion citoyenne intergénérationnel (selon le programme) où l’on casse le format (dixit l’animatrice). Comprendre : les questions sont posées au public, l’invité rebondit sur les échanges, dans l’esprit d’une discussion inclusive où toutes les digressions sont permises.

Pas besoin de connaissance particulière, même les enfants peuvent participer, rassure d’emblée l’animatrice Dalila Assefsaf, habile pédagogue et fondatrice de l'organisme Les têtes bien faites, qui organise aussi des ateliers philosophiques pour les plus jeunes. Vaste programme pour la question du jour : Qu’est ce que veut dire la guérison, pour vous?

Après un grand silence, une participante se lance: accepter son passé!, une autre renchérit: l’introspection, le changement, suivie de sa voisine: un état de bien-être, un allègement.

Seules les spectatrices osent briser la glace, se prononcer sur une question qui rejoint autant l’intime que la sphère collective. Les deux pieds appuyés sur sa canne, Joséphine Bacon les écoute attentivement. Regard perçant, discours en suspens.

Joséphine Bacon et Dalila Assefsaf à la discussion.

L'auteure Joséphine Bacon et l'animatrice-instigatrice de la discussion, Dalila Assefsaf

Photo : Musée McCord / Thibault Carron

Inexorablement, la thématique dérive ensuite vers des zones plus sombres – qui dit guérison, dit maladie, traumatisme, anxiété; les définitions lancées par l’assistance s'enchaînent dans un échange en roue libre qui finit par prendre des allures cathartiques. Certains participants viennent tout juste de découvrir la nouvelle exposition permanente du musée, Voix autochtones d’aujourd’hui : savoir, trauma, résilience.

L’animatrice, les yeux sur la montre, revient à son point de départ : Et vous, Joséphine, la guérison pour vous, c’est quoi ?.

C’est d'être là, tout simplement. Accepter les choses comme elles sont. Vivre le moment présent, être bien avec soi-même.

Une citation de :Joséphine Bacon, poétesse, réalisatrice, traductrice, parolière et enseignante

Joséphine Bacon, fière représentante Innue de Pessamit, reviendra plus tard sur les réserves, les pensionnats, la perte identitaire, répondra aux questions d’actualité concernant les Autochtones, mais pour l’heure, l’essentiel de son discours tient en peu de mots bien sentis. Comme des évidences qui passeraient aisément pour de la poésie : Quand on se pose trop de questions, c’est à ce moment-là qu’on va de moins en moins bien. Ou encore : Si tu ne te sens pas malade, je ne vois pas de quoi tu guérirais. De quoi habilement désamorcer la commisération générale.

Le public, assis, participe à la discussion avec Joséphine Bacon.

Tous les derniers dimanches du mois, le musée organise une discussion à partir d’une thématique inspirée des expositions en cours.

Photo : Radio-Canada / Maud Cucchi

Aujourd'hui, tout n'est pas blanc ou noir [...]. Si je suis ici, c'est parce que je suis allée au pensionnat, que je parle votre langue, raconte-t-elle au sujet de son entrée au pensionnat pour Autochtones de Maliotenam (près de Sept-Îles).

Sa voix enveloppante impose une écoute quasi religieuse. Sa perspective tranche avec la tonalité du débat. Moi, je suis une femme d’espoir; qu’elle soit proche, loin, c’est ça, ma guérison, avoir de l’espoir. Réaction vive d’une spectatrice : On dit que l’espoir fait vivre!. Une autre saluera son optimisme. Joséphine Bacon nous explique patiemment sa philosophie, joint le geste à la parole : Comme je suis Innue, c’est le moment présent qui compte.

La salle se quitte sur un dernier poème. Je suis de cette tradition de paroles / Ma terre est bafouée / Par un serpent venimeux / Où coule mon histoire. Comment repartir de là sans en écouter un autre?

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