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Pensionnats pour Autochtones : les évêques canadiens présentent leurs excuses

« Je reste sur mon appétit », lance cependant la sénatrice Michèle Audette, qui souhaite plus de transparence.

Un habit d’enfant est suspendu à un piquet près d’un ancien pensionnat pour Autochtones.

Le Canada compte 139 établissements reconnus par le gouvernement fédéral comme ayant appartenu au système des pensionnats.

Photo : Reuters / Jennifer Gauthier

Charles-Émile L'Italien-Marcotte

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) présente ses excuses aux Premières Nations pour les abus commis dans les pensionnats pour Autochtones, dans une déclaration en clôture de son assemblée plénière annuelle, qui portait cette année sur le processus de guérison et de réconciliation.

Nous profitons de l’occasion pour affirmer aux peuples autochtones de ce pays que nous reconnaissons la souffrance vécue dans les pensionnats [pour Autochtones] du Canada, déclarent les évêques catholiques.

Nous reconnaissons les graves abus qui ont été commis par certains membres de notre communauté catholique : physiques, psychologiques, émotionnels, spirituels, culturels et sexuels.

Une citation de :La Conférence des évêques catholiques du Canada

La CECC annonce également qu’une délégation autochtone, composée notamment de survivants des pensionnats, d’aînés, de gardiens du savoir et de jeunes, ira rencontrer le pape François à Rome en décembre prochain.

Le pape pourra à cette occasion écouter les membres de la délégation dans le but de renouveler les relations entre l'Église et les Autochtones, et de marcher ensemble sur le chemin de l’espérance dans les années à venir.

Le pape François se tient derrière un lutrin sur un fond noir.

Une délégation des Premières Nations ira rencontrer le pape François au Vatican en décembre.

Photo : AP / Domenico Stinellis

De plus, les évêques catholiques s’engagent à travailler avec le Saint-Siège et nos partenaires autochtones sur la possibilité d’une visite pastorale du pape au Canada dans le cadre de ce cheminement de guérison.

La CECC promet de recueillir des fonds dans chaque région du pays pour soutenir les initiatives discernées localement avec les partenaires autochtones afin d'appuyer la guérison des Premières Nations.

Les évêques canadiens s’engagent également à fournir les documents et les archives qui aideront à commémorer [le souvenir des] personnes qui sont enterrées dans des sépultures anonymes sur les terrains des anciens pensionnats pour Autochtones.

Des excuses attendues de toutes parts

Les excuses présentées vendredi sont les premières formulées par l'Église catholique du Canada dans le dossier des pensionnats pour Autochtones.

En juin dernier, l'Église prétendait que la responsabilité revenait aux diocèses et aux ordres religieux qui les administraient, plutôt qu’à l’institution elle-même.

Elle était cependant responsable de l’exploitation de plus de 70 % des pensionnats pour Autochtones au Canada, selon la Société des survivants des pensionnats autochtones, où ont été internés plus de 150 000 enfants issus des Premières Nations, Inuit ou Métis, sur plus de 100 ans.

Les églises unie, anglicane et presbytérienne ont également géré des pensionnats. En 1998, l’Église unie s’était officiellement excusée pour son rôle dans la gestion des pensionnats pour Autochtones au Canada. L’Église catholique était pour sa part demeurée muette.

Le premier ministre Justin Trudeau avait fait pression en juin pour que l’Église catholique présente ses excuses, même s'il fallait l'obliger à le faire.

Avant qu’il faille mener l’Église catholique devant les tribunaux, j’espère que les dirigeants religieux comprendront qu’il est préférable que cela se fasse en partenariat et en accord.

Une citation de :Le premier ministre Justin Trudeau

Des survivants et des dirigeants autochtones ont eux aussi exigé de l’Église qu'elle présente officiellement ses excuses. La directrice générale de la Société des survivants des pensionnats autochtones, Angela White, évoquait le plus grand tort qu'a causé aux Autochtones la gestion des pensionnats par l’Église catholique.

Des centaines de tombes d’enfants autochtones découvertes

En mai dernier, les restes de 215 enfants ont été retrouvés enterrés sur le site d’un ancien pensionnat pour Autochtones à Kamloops, en Colombie-Britannique.

En juin, la communauté autochtone Lower Kootenay, en Colombie-Britannique, révélait également la découverte de 182 tombes non marquées près d’un ancien pensionnat.

D’autres Premières Nations ont découvert des tombes anonymes au Canada. Cela a engendré une vague d’indignation partout au pays, mais aussi ailleurs dans le monde.

Quinze avocats canadiens ont demandé à la Cour pénale internationale (CPI) d'enquêter pour établir s'il y a eu crime contre l'humanité dans ce dossier.

De leur côté, des organisations mondiales comme Amnistie internationale et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme ont réclamé des enquêtes exhaustives sur tous les pensionnats pour Autochtones au Canada, de crainte de voir de nombreuses autres sépultures anonymes découvertes.

« Je reste encore sur mon appétit », lance Michèle Audette

En entrevue avec Anne-Marie Dussault à l’émission 24/60, la sénatrice Michèle Audette a réagi aux excuses de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

Je pense qu’il était temps que ça se fasse, mais je reste encore sur mon appétit, a dit d’emblée Mme Audette.

Des excuses, c’est une chose, mais c’est beaucoup plus gros ce qui s’est passé.

Une citation de :Michèle Audette, sénatrice

Mme Audette aurait souhaité que les évêques profitent de cette occasion pour inclure les Premières Nations dans le processus, plutôt qu’un communiqué un vendredi après-midi, alors qu’on parle de dignité humaine qui a été bafouée.

Elle a insisté sur l’importance du processus de guérison qui va s’étendre sur des générations, et sur le fait que l’Église doit voir comment elle peut décoloniser ce qui s’est passé, reconnaître que les Premières Nations ont droit à leur culture, à leur spiritualité.

Mme Audette souhaiterait que l'institution qu’est l’Église catholique puisse soutenir les efforts des communautés autochtones pour reconstruire leur identité et leur langue.

D'après la sénatrice, il faudrait que l’ensemble des documents et des archives des communautés religieuses soient accessibles pour faire la lumière sur les pensionnats pour Autochtones. Ouvrez vos livres, soyez sincères et transparents, a insisté Mme Audette.

Enfin, Mme Audette a avoué que, si l’Église catholique a été trop silencieuse à cet égard, il serait possible de s’entendre pour réparer les torts causés par les pensionnats aux Premières Nations, aux Métis et aux Inuit.

Ce sont de belles paroles

Si le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, salue le geste posé par la Conférence des évêques, il se demande toutefois s'il est à la hauteur de la gravité des gestes qui ont été posés.

On parle d’un crime contre l’humanité et contre nos enfants, a-t-il dit.

M. Picard se dit convaincu qu’il y a une volonté [des communautés autochtones] de collaborer avec l’Église pour réparer les traumatismes causés par les pensionnats. Or, pour sa part, il ne sera pas de la délégation qui se rendra au Vatican pour rencontrer le pape François.

On est déjà passé par là. Il y a déjà eu des visites officielles et non officielles au Vatican pour les mêmes objectifs, et on se bute toujours à un mur [et] les excuses papales qui ne semblent pas se confirmer, a rappelé M. Picard.

Les excuses du pape François en sol canadien exigées

Je suis troublée à la lecture des excuses présentées aujourd'hui par les évêques catholiques du Canada aux peuples autochtones du Canada pour leur rôle dans les institutions d'assimilation et de génocide, a exprimé la cheffe de l’Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald.

Elle a salué elle aussi les excuses sans équivoque des évêques catholiques, mais s’est dite déçue qu’[ils] n'aient pas pris l'initiative, attendue depuis longtemps, d'adopter une résolution visant à inviter officiellement le pape au Canada pour qu'il présente ses excuses aux survivants autochtones et des Premières nations, a-t-elle déclaré.

Je continuerai à faire pression sur le pape François pour qu'il présente ses excuses, en personne, ici, sur nos terres sacrées, aux survivants, aux survivants de traumatismes intergénérationnels et à tout le peuple canadien.

Une citation de :RoseAnne Archibald, cheffe de l’Assemblée des Premières Nations

Seul le temps nous dira si des actions concrètes suivront les mots de contrition des évêques, a ajouté la cheffe nationale.

Nous reconnaissons la signification et l’ampleur de ces excuses de la part des évêques catholiques du Canada, a souligné le président de la Fédération Métisse du Manitoba et vice-président du Ralliement national des Métis, David Chartrand.

Il a dit souhaiter que la rencontre avec le pape François permette de souligner l’importance d’excuses qui viennent directement de lui, présentées sur notre sol et adressées directement aux personnes lésées par le système de pensionnats pour Autochtones, car nous savons que c’est la voie de la guérison, a-t-il conclu.

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