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Rapport de la commission Viens : 68 appels réalisés ou en voie de l’être, dit Québec

Protection de la jeunesse, bien-être des femmes autochtones et éducation sont les priorités de Québec; les leaders autochtones se questionnent.

Gros plan du ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le gouvernement québécois affirme que 68 appels à l'action sur 142 sont réalisés ou en cours de réalisation, deux ans après le dépôt du rapport de la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec.

Dans la dernière année, il s'agit de 17 nouvelles réalisations, certaines en phase de développement, précise le ministre des Affaires autochtones, Ian Lafrenière. Selon lui, c'est un projet de société, un travail qui va se poursuivre tout le temps.

Il est difficile de résumer l'amélioration de la qualité de vie des Autochtones avec un simple chiffre, avec un pourcentage. Pour moi, ce qui est le plus important, c'est de s'attarder au volet qualitatif, a exprimé le ministre.

Bonification du financement, amélioration de la qualité des services et sécurisation culturelle ont été mises de l'avant. Le ministre a cité, par exemple, un Guide de la sécurisation culturelle qui est terminé, le financement pour le soutien à l'itinérance, les centres d'hébergement pour étudiants adultes, ou encore la formation du personnel de santé.

Des milliers de personnes ont été formées, a estimé Ian Lafrenière. Mais ce n'est pas fini, on ne peut pas former tout le monde. C'est une expression que je répète souvent : la formation, ce n'est pas un vaccin […] c'est continu et ça va prendre beaucoup de temps pour que les changements s'opèrent.

Quant à la question de la qualité des services, il reconnaît des avancées, mais aussi l'existence de problèmes, de mauvais traitements. C'est pour cela qu'on va continuer, a-t-il conclu.

Sur les 200  millions de dollars qui lui ont été octroyés, le ministre responsable des Affaires autochtones assure que 125 millions ont déjà été engagés. Les 75 millions restants le seront d'ici le printemps, selon les priorités des chefs autochtones.

Nous n'avons pas terminé. Mais j'ai l'espoir, il y a de belles choses qui se passent sur le terrain.

Une citation de :Le ministre Ian Lafrenière

Quant aux questions de la langue et de la police, le ministre a assuré être en discussion avec les chefs autochtones et que ces sujets seront abordés lors des tables politiques avec l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL).

Québec est à la veille de consultations publiques sur le projet de loi 96, qui se veut une réforme de la loi 101. Plusieurs voix autochtones se sont déjà élevées contre.

Le ministre a tenté de se faire rassurant, sans donner de décisions concrètes. On a le même objectif quand on parle de la nation québécoise et des différentes nations sur le territoire du Québec, on veut préserver notre culture, notre langue, a-t-il affirmé.

Ghislain Picard se désinfecte les mains.

Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Plus tôt cette semaine, l'APNQL avait exigé de Québec un meilleur appui à la police autochtone. Pourtant, le ministre a expliqué n'avoir rien de concret à annoncer.

Il a néanmoins assuré qu'une solution sortirait des tables politiques avec l'APNQL. Québec avait annoncé à la fin de 2020 un investissement relativement à des interventions policières culturellement adaptées et aux équipes de police mixtes.

Le chef de l'APNQL, Ghislain Picard, s'est tout de même étonné que la sécurité publique ne soit pas considérée comme une priorité, puisque la problématique fait consensus dans les communautés, selon lui.

On dirait que tout ce qui chevauche la clôture fédéral-provincial est quelque chose que [Québec] veut éviter.

Une citation de :Ghislain Picard, chef de l'APNQL, à propos de la sécurité publique et de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones

Priorités pour l'avenir

Protection de la jeunesse, bien-être des femmes autochtones et éducation sont les priorités pour l'avenir, a indiqué le ministre Lafrenière. Il a précisé que ces priorités avaient été établies avec les nombreux chefs qu'il a rencontrés cet été lors d'une tournée.

Je crois qu'on se voisine, mais on se connaît peu.

Une citation de :Le ministre Ian Lafrenière, mettant de l'avant l'importance de l'éducation

L'association Femmes autochtones du Québec (FAQ) s'est réjouie du fait que le bien-être des femmes soit une priorité, mais espère que la question de leur sécurité sera aussi prise en compte.

Sa présidente, Viviane Michel, a dit avoir l'impression que la voix des femmes autochtones n'était pas écoutée ni prise au sérieux et que la question de la brutalité policière était toujours passée sous silence.

En outre, elle a trouvé le bilan provisoire du ministre Lafrenière trop vague et dit espérer plus de concret. Selon elle, il y a un gros manque en ce qui concerne la prestation des services publics qu'offre l'État.

Un travail énorme doit être fait, a-t-elle estimé, pour que les Autochtones se sentent en confiance, surtout les femmes. Le chemin à faire est long mais nécessite d'être sérieusement adressé dans les prochaines étapes, a précisé Viviane Michel.

Ghislain Picard a abondé dans le même sens, rappelant qu'il y avait encore beaucoup de scepticisme au niveau des chefs par rapport à la volonté de l'actuel gouvernement du Québec. C'est important de s'assurer d'un réel engagement politique. Il faut se donner les moyens pour que le processus soit, à tout le moins, inspirant.

Édith Cloutier témoigne lors d'une commission d'enquête.

Édith Cloutier, directrice du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Pour Édith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, la première prémisse à la réconciliation, c'est l'action. En ce sens, on doit saluer l'action gouvernementale qui est amorcée. Mais on est devant un travail qui n'est pas achevé, c'est sûr que ça va prendre du temps.

Édith Cloutier avait accompagné les femmes autochtones de Val-d’Or dans leurs dénonciations des abus policiers dont elles auraient été victimes en 2015, et qui ont mené à la mise sur pied de la commission Viens.

Il y a effectivement des actions concrètes mises de l'avant mais aussi de l'investissement, a-t-elle reconnu. Toutefois, il faut qu'engagements et volontés se traduisent dans la pérennisation des services implantés.

C'est ambitieux de parler d'un projet de société. Ça donne confiance mais aussi de grandes attentes. Et cela requiert des investissements qui ne sont pas que financiers. Ces engagements doivent dépasser les cycles électoraux.

Une citation de :Édith Cloutier

Ce point de vue est partagé par le Regroupement des centres d’amitié autochtone du Québec (RCAAQ) qui a salué le travail réalisé depuis deux ans par le gouvernement.

Toutefois, le regroupement a aussi réclamé un financement structurant, y compris du financement en infrastructures communautaires, aux centres d’amitié autochtones pour continuer à mettre en place des services de soutien aux familles, aux femmes et aux enfants.

La déclaration des Nations unies, une priorité pas absolue?

Le 8 octobre 2019, dans la foulée du dépôt du rapport de la commission Viens, le gouvernement Legault a voté pour une motion unanime de la Chambre, déposée par Québec solidaire, appuyant la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Mais depuis, rien n'a avancé à ce chapitre.

Le ministre a soutenu qu'après discussions avec les chefs autochtones, ce n'est plus une priorité absolue. On ne peut pas tout faire, […] c'est un dossier de moyenne haleine [sic].

Cette réponse du ministre a interloqué le chef de l'APNQL, Ghislain Picard, mais aussi la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, pour qui cela reste une grande priorité.

S'il y a une résolution de l'Assemblée nationale qui a été unanime, c'est celle-là!, a expliqué Ghislain Picard. Le gouvernement a même voté, ce qui l'engage à débuter des discussions avec les Autochtones pour sa mise en œuvre. Je ne sais pas ce qu'il faut dire de plus, c'est une priorité des leaders.

De son côté, Viviane Michel a rappelé avoir indiqué au gouvernement, à maintes reprises, que c'était une priorité. Et elle n'est même pas dans les trois priorités du gouvernement, c'est à se poser des questions. Femmes autochtones du Québec s'inquiète du fait que le gouvernement reste flou quant à son adoption pleine. Peut-on passer à sa mise en œuvre?

Viviane Michel qui témoigne devant le commissaire Jacques Viens.

Viviane Michel, la présidente de la Fédération des femmes autochtones du Québec, lors de son témoignage à l'ouverture de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec le 5 juin 2017.

Photo : Archives en ligne de la commission Viens

De plus, Viviane Michel trouve aberrant qu'à aucun moment le ministre Ian Lafrenière n'a évoqué le Principe de Joyce établi par la nation atikamekw. Il vise à garantir à tous les peuples autochtones un droit d’accès équitable aux services sociaux et de santé, ainsi que le droit de jouir du meilleur état de santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle possible

FAQ souligne la volonté du gouvernement de donner des formations pérennes aux employés, mais le Principe de Joyce est bien fait. C'est un outil fait par et pour les nations.

Une citation de :Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec

Devoir de mémoire

Dans son rapport, le commissaire Jacques Viens recommandait aussi un mécanisme de suivi indépendant pour veiller à la concrétisation des recommandations. En juin, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a assuré qu'elle ferait le suivi de la mise en œuvre des 142 appels à l'action de la commission Viens.

Le site du ministère a publié un tableau de suivi sur les appels à l'action. De plus, la protectrice du citoyen a les outils pour aller vérifier dans tous les ministères, il y en a six d'impliqués, a soutenu le ministre.

Avant de conclure, le ministre a voulu envoyer un message aux Québécois concernant le devoir de mémoire. Il les a invités à se rappeler l'électrochoc qu'on a tous eu l'an passé, avec le décès dans des conditions terribles de Joyce Echaquan il y a près d'un an.

Ian Lafrenière a aussi mentionné le 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, afin de rendre hommage aux survivants des pensionnats pour Autochtones. Québec a pourtant décidé que cette journée ne serait pas fériée.

Ce bilan provisoire s'est tenu dans la salle d'exposition consacrée à l'histoire des Premières Nations et des Inuit du Québec du Musée de la civilisation de Québec car, estime le ministre Ian Lafrenière, on a un déficit de connaissances de l'histoire.

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