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Chronique

Vers la réconciliation?

Un homme est assis dans un champ.

Les défis posée par la réconciliation.

Photo : AFP / Geoff Robins

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo

La semaine dernière, un thème récurrent a été soulevé, celui qui entoure les relations entre les Autochtones et les allochtones, plus précisément le débat entourant de la réconciliation

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo étudie en journalisme à l’UQAM. Elle est membre de la nation anichinabée et sa famille vient de la communauté du Lac-Simon, en Abitibi. Elle est impliquée dans le milieu culturel montréalais et au sein de la communauté 2SLGBTQI+, en plus d'avoir réalisé des courts métrages avec le Wapikoni mobile.

C’est à la suite de la publication de l’article portant sur l’épuration littéraire par les flammes de livres que ce sujet controversé a pu avoir une place au sein du débat des chefs francophones le 8 septembre.

La question posée étant simple, devrions-nous brûler des livres au nom de la réconciliation? Les chefs des partis politiques ont été unanimes : tous s’opposent à une telle mesure

Corriger le passé dans la maladresse

Ce sujet est loin d’être nouveau dans les discussions qui entourent les enjeux autochtones. Même que le mot réconciliation en tant que tel est surutilisé, et ce, dans différents contextes, ce qui fait qu’on en oublie presque le sens. Certains préfèrent aussi utiliser d’autres termes comme réparation ou même guérison.

La parution de cet article m’amène à constater aussi que la population en général s’éveille de plus en plus aux différentes réalités autochtones.

À son tour, une plus grande curiosité de la population non autochtone, une meilleure connaissance des enjeux, engendre la volonté de corriger le passé, parfois avec une certaine maladresse.

On remarque que ce sentiment, qui part d’une très belle intention, est bien présent dans les différents processus de réconciliation et de décolonisation. Souvent, ce sentiment est né également de la culpabilité qu’on peut ressentir en apprenant les parties sombres de notre histoire. Cette culpabilité nous pousse alors à vouloir rapidement nous attaquer aux problèmes en les effaçant.

Effacer l’histoire

Dans le contexte des livres qui ont été brûlés, plusieurs aspects constituent autant d’exemples de façons inadéquates d’entamer un processus de réconciliation.

Tout d’abord, ce geste a été posé sans la collaboration de différents groupes autochtones. Qui plus est, la gardienne de savoir autochtone impliquée n’avait pas de lien de parenté autochtone direct.

Deuxièmement, la destruction ne fait pas partie des valeurs en général des nations autochtones. Souvenons-nous de la réaction du chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, face aux incendies des Églises catholiques. Il a déclaré que détruire l'histoire des autres ne construit en rien la nôtre.

Dans le cas des bibliothèques du Conseil scolaire catholique Providence, en brûlant ces livres, ils effaçaient l’histoire en même temps que d’enlever toute preuve de l’existence du racisme, de la discrimination et de l’appropriation culturelle.

L’intention de vouloir retirer ces ouvrages dans le but d’une meilleure éducation des prochaines générations est admirable sur le plan des intentions. Dans la pratique, cependant, il est tout autant important de s’éduquer sur notre passé, sur ce qui ne doit pas être fait et sur l’impact que le racisme a eu sur les nations autochtones.

Cela fait partie de notre histoire en tant que personnes autochtones et nous commençons peu à peu à retrouver les savoirs qui nous ont été enlevés.

Autres façons maladroites de réconciliation

Lorsque nous nous penchons sur d’autres méthodes maladroites de réconciliation, nous pouvons penser aussi à certaines reconnaissances territoriales faites de façon mécanique ou bien à la suggestion d’abolir la Loi sur les Indiens sans consulter les différents groupes autochtones pour en savoir l'opinion.

La solution qui semble la plus simple serait d'abolir un document si problématique. Par contre, la Loi sur les Indiens fait partie de nos vies depuis 1876. Entre-temps, nous avons appris à nous y adapter et il y a eu de multiples amendements. Alors pour qu’on puisse l’abolir, cela prendrait un très long processus de consultation avec les différentes nations autochtones.

Les gestes violents qui ont été posés lors des marches en soutien aux causes autochtones démontrent également une façon de faire qui n’a aucun rapport avec les valeurs des nations autochtones.

La nation Wet’suwet’en avait notamment créé une trousse d’outils pour les personnes désirant appuyer leur cause. Dans celle-ci nous pouvons consulter différentes façons (Nouvelle fenêtre) pacifiques de manifester notre soutien à cette nation.

Quelques pistes vers un meilleur avenir

Alors, quelle est la meilleure façon d'œuvrer pour la réconciliation et la décolonisation de nos pensées? Il n’y a malheureusement pas de recette miracle pour répondre à cette question.

Mais il existe certaines pistes à explorer.

La réconciliation ou bien la réparation doivent se faire avec l’autre, ensemble, entre nous. Donc, il est nécessaire de toujours consulter les nations touchées et de les intégrer dans le processus que nous voulons entreprendre.

Si vous voulez faire une reconnaissance territoriale, demandez-vous pourquoi il est si important de la faire? Trouvez le sens derrière ces mots et explorez toute l’histoire du territoire sur lequel vous vous trouvez. Quelles sont les nations qui y habitent? Faire une reconnaissance territoriale, c’est manifester un soutien face aux causes territoriales autochtones. Alors, il est important de bien comprendre tout ce que cela implique.

La réconciliation ne se fait pas qu’en quelques jours. C’est un processus qui nécessite du temps et une ouverture à revoir nos perspectives. Il faut alors en apprendre sur les différentes réalités autochtones. Une multitude de ressources existent en ligne.

Se réconcilier, c’est aussi guérir entre nous et rétablir nos liens de confiance. Certains diront que les liens de confiance n’ont jamais réellement existé, d’où la raison pour laquelle il y en a qui préfèrent utiliser d’autres termes. Peu importe comment on choisit de définir tout cela, il reste que la guérison est en plein cœur du cheminement que nous devons entreprendre ensemble.

Et pour commencer, il faut en premier se rencontrer. On en a beaucoup à apprendre sur nous autres simplement en se parlant et en s’écoutant.

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