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Les traditions autochtones menacées par les changements climatiques

Deux femmes innues bâtissent une tente de sudation.

Deux femmes innues bâtissent une tente de sudation. Détail d'une photo de Paul Provencher.

Photo : Radio-Canada / Fonds Paul Provencher, Institut Tshakapesh

Radio-Canada

Les changements climatiques auront des conséquences sur les traditions autochtones comme la médecine ou encore les cérémonies, avertissent plusieurs membres de communautés du Nouveau-Brunswick.

Cecelia Brooks se souvient d'une époque où la forêt profonde du Nouveau-Brunswick était si froide qu'on pouvait encore trouver de la neige dans ses profondeurs en août.

Cela se produit rarement aujourd'hui, dit Mme Brooks, gardienne du savoir traditionnel de descendance wolastoqey, mi'kmaq, mohawk et coréenne, et qui a passé toute sa vie à chercher des médicaments.

Ces jours-ci, dit Mme Brooks, des plantes comme la fleur de mai poussent, on voit les bourgeons. Puis tout d'un coup, elles sont frappées par la chaleur et elles se ratatinent, dit-elle.

Un arbre en mauvais état.

Le cèdre rouge est aux prises avec des conditions climatiques plus sèches provoquées par les changements climatiques.

Photo : Nick Page

Mme Brooks, qui vit dans la communauté de St. Mary's à Fredericton, est l'une des nombreuses Autochtones de la région qui affirment que le changement climatique menace les plantes et les médicaments traditionnels. Ces changements, selon Mme Brooks, pourraient altérer leur mode de vie.

Hausse des températures, inondations et érosion côtière

Au cours des 30 dernières années, la province a connu une augmentation de la température annuelle moyenne de 1,1°C, ce qui a entraîné une hausse du niveau de la mer, une augmentation des inondations, une augmentation des risques d'érosion côtière et des phénomènes météorologiques extrêmes, selon le gouvernement du Nouveau-Brunswick.

La province a mis en œuvre un plan d'action climatique, et le ministère de l'Environnement et des Gouvernements locaux est en pourparlers avec les organisations des Premières Nations au sujet du changement climatique. Mais entre-temps, les changements font des ravages.

Sophia Sidarous, 19 ans, de la Nation mi'kmaq de Metepenagiag, à environ 30 kilomètres à l'ouest de Miramichi, voit les effets de ces changements tout autour d'elle.

Mme Sidarous est une moissonneuse traditionnelle dont le travail l'amène à s'enfoncer profondément dans les bois pour recueillir des médicaments et des aliments.

Nous nous considérons comme faisant partie de la terre, nous sommes interconnectés avec elle. C'est notre origine et notre identité, dit-elle.

Mme Sidarous dit que la menace que le changement climatique fait peser sur la santé des siens, de la planète et des plantes sacrées qui l'habitent – en particulier les quatre médicaments sacrés que sont le cèdre, la sauge, le tabac et le foin d'odeur – l'inquiète.

Sophia Sidarous

Sophia Sidarous, de la nation mi'kmaq de Metepenagiag, fait partie d'une action en justice contre le gouvernement fédéral, qui l'accuse d'inaction en matière de changement climatique.

Photo : CBC

Elle s'inquiète particulièrement du foin d'odeur, une grande herbe qui représente les cheveux de la Terre Mère. Le foin d’odeur va devenir très rare, croit-elle.

Si nos marais sont inondés, nous ne pourrons plus cueillir le foin d'odeur. Ça va éroder les berges, ajoute-t-elle. Le cèdre sera également touché.

Selon Mme Sidarous, on observe déjà un brunissement notable des cèdres situés à proximité des routes qui diffusent la chaleur de la hausse des températures.

Elle craint que la hausse des températures ne mette également en péril des activités culturelles telles que les cérémonies de sudation et les pow-wow, qui deviendront plus difficiles à organiser en toute sécurité sans risquer l'épuisement par la chaleur.

Si nous voulons une tente à sudation et que nous voulons du cèdre, nous ne pouvons pas aller chercher du cèdre le long de la route. Ce béton va griller le cèdre et les [autres] arbres le long de la route, dit-elle.

La pollution et la coupe à blanc sont également des préoccupations.

Les pratiques de l'industrie modifient également la façon dont la forêt prend soin d'elle-même, selon Mme Sidarous. Elle et son oncle ont parfois parcouru plus de 60 kilomètres depuis chez eux, juste pour s'assurer que le foin d'odeur qu'ils cueillent n'absorbe pas les polluants de l'eau.

Si nos médicaments ne sont pas propres, nous ne pouvons pas nous nettoyer nous-mêmes,

Une citation de :Sophia Sidarous de la Nation mi'kmaq de Metepenagiag

Un avis partagé par Cecelia Brooks, qui détient également un baccalauréat en sciences.

Des pratiques telles que la coupe à blanc détruisent la couche protectrice que les forêts anciennes offrent aux plantes délicates qui se trouvent en dessous, dit-elle.

Une femme tient des feuilles dans les mains.

Cecelia Brooks, de la Première Nation de St. Mary's, affirme que le changement climatique menace les plantes et les médicaments traditionnels.

Photo : CBC

Pour l'aîné mi'kmaq Albert Marshall, 82 ans, ce sont là autant de signes que les humains ont oublié leur rôle dans l'écosystème.

Dans nos croyances, on nous rappelle constamment que la nature a des droits et que les humains ont une responsabilité, dit-il.

En tant que conseiller aîné de l'Institut des ressources naturelles Unama'ki de la Nouvelle-Écosse, M. Marshall a passé plus de 20 ans à aider l'Institut à combiner la science occidentale et le savoir mi'kmaq, une fusion qu'il appelle Etuaptmumk, ou vision à deux yeux.

Il pense que si davantage de personnes adoptaient les modes de connaissance mi'kmaq et commençaient à considérer le sol, l'air et l'eau comme des éléments essentiels de la vie – et mieux encore, les protégeaient en leur accordant une protection juridique – cela contribuerait grandement à lutter contre le changement climatique. Il ne sera pas facile d'amener l'industrie à adopter cet état d'esprit, concède M. Marshall.

Adopter la vision autochtone

Mais avec une pression publique suffisante, et suffisamment d'espoir, dit-il, peut-être que cela peut aussi changer.

Alors que la crise climatique latente atteint son point d'ébullition, de nombreuses choses risquent de disparaître, selon Mme Brooks. Mais elle sait que l'histoire du peuple abénaquis est celle de la résilience.

Chaque fois qu'il y a un vide dans la nature, quelque chose d'autre vient remplir ce rôle, dit-elle.

Elle espère que davantage de personnes adopteront le savoir autochtone et une vision holistique, qu'elles verront la nécessité de protéger la famille des plantes plutôt que de les considérer simplement comme des ressources.

Mme Sidarous, quant à elle, a choisi la voie juridique. Elle fait partie d'une action en justice menée par des jeunes qui cherchent à obliger le gouvernement fédéral à élaborer un plan pour réellement lutter contre les changements climatiques.

L'affaire, lancée par 15 jeunes Canadiens en 2019, a été rejetée par la Cour fédérale en octobre 2020 lorsqu'un juge a statué que les revendications n'avaient pas de cause d'action raisonnable ou de perspective de succès.

L'affaire est maintenant devant la Cour d'appel fédérale.

D'après un texte de CBC

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