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Chronique

Parlons du 2S

Que veut dire le 2S dans l'acronyme 2SLGBTQI+?

De nombreuses personnes défilent aux couleurs de la communauté LGBTQ dans la Première nation Beardy's and Okemasis.

Un défilé de la Fierté dans une communauté autochtone.

Photo : CBC / Devin Heroux

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo

Le mois d'août est le temps des terrasses, des plages et des sorties au parc. C'est aussi le moment où nous célébrons la diversité sexuelle et la pluralité des genres dans le cadre du festival de Fierté Montréal qui a lieu du 9 au 15 août.

Espaces autochtones est heureux d'accueillir une nouvelle chroniqueuse. Il s'agit de Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo qui étudie en journalisme à l’UQAM. Elle est membre de la nation anichinabée et sa famille vient de la communauté du Lac-Simon en Abitibi. Elle est impliquée dans le milieu culturel montréalais et au sein de la communauté 2SLGBTQI+, en plus d'avoir réalisé des courts métrages avec le Wapikoni mobile.

La communauté 2SLGBTQI+ de Montréal et ses alliés auront l'occasion de participer à de nombreuses activités prévues dans la programmation disponible en ligne. Mais que signifie le 2S dans l'acronyme que nous utilisons pour englober cette communauté?

Ce chiffre et cette lettre représentent les personnes bispirituelles. Il vient du terme traduit de l'anglais, 2-Spirit. À la base, ce terme est utilisé pour définir les personnes autochtones s'identifiant à un troisième genre. Celui où une personne possède un esprit masculin et un esprit féminin.

Les communautés avant l’influence de la colonisation

Avant tout, il est important de souligner la pluralité des nations autochtones. Chacune se démarque par sa langue, ses savoir-faire et sa culture qui est bien souvent liée au territoire.

Il est possible néanmoins d'affirmer que les façons d'être précoloniales étaient bien différentes de celles d'aujourd'hui. Les multiples nations autochtones détenaient bien souvent les mêmes valeurs de partage, d'harmonie et de respect. Ce qui inclut aussi les identités de genre et les orientations sexuelles.

Bien souvent, les personnes détenant un esprit masculin et féminin étaient célébrées, car celles-ci avaient une relation particulière avec le monde spirituel. Voilà pourquoi être bispirituel – comme le terme l’indique – constitue également une identité spirituelle en plus d'être une identité de genre.

Parmi les personnes bispirituelles, on retrouvait des guides spirituels, des guerriers, des guerrières, des chefs…

Ma-Nee Chacaby, une aînée bispirituelle, raconte dans son livre Un parcours bispirituel : Récit d'une aînée ojibwé-crie lesbienne ce que sa grand-mère lui a transmis lorsqu'elle était enfant. Celle-ci lui disait qu'elle avait niizhiin ojijaak (deux esprits) qui vivaient en elle. Un esprit masculin et un esprit féminin. Et puis elle lui a raconté plus tard les histoires de personnes bispirituelles et de leur place dans les communautés à l’époque.

Certaines se mariaient avec une personne de sexe opposé, tandis que d’autres ne se mariaient pas ou étaient en couple avec une personne du même sexe.

Ce témoignage est extrêmement important. Il révèle que les identités de genre et les orientations sexuelles ne se limitaient pas uniquement au seul modèle qui avait été imposé par l'Église.

Blessures et guérison

Avec l'arrivée du système colonial et ses nombreuses stratégies d'assimilation dont l'objectif était de se débarrasser des peuples autochtones, les personnes bispirituelles furent parmi les premières cibles dans la ligne de mire de l'Église et de ses missionnaires.

Cette partie de l'histoire a laissé de grandes cicatrices. Encore aujourd'hui, les préjugés et les croyances liées au catholicisme, dont l'homophobie, sont encore présents dans certaines communautés. Des croyances issues du colonialisme et qui demeurent.

C'est seulement en 1990, au Native American Gay and Lesbian Conference, à Winnipeg, que le mot 2-Spirit a été créé pour représenter les personnes autochtones ayant cette identité spirituelle et de genre .

C'était également un terme générique qui permet de différencier les allochtones des personnes autochtones au sein de la communauté LGBTQ+. Depuis, nous remarquons, peu à peu, une meilleure représentation des personnes bispirituelles.

Au fil des dernières décennies, nous observons une revitalisation des cultures autochtones. On dévoile des pans cachés de notre histoire. On développe des ressources pour contribuer à la guérison des communautés. Nous marchons sur le chemin de la guérison et de la réparation, certes avec le peuple canadien et les Premières Nations, mais aussi entre nations autochtones.

Nous étions des milliers à marcher ensemble le 1er juillet pour guérir et aussi rendre hommage aux enfants et aux survivants des pensionnats. Ce que nous remarquons surtout, c'est la création d'espace pour réapprendre les langues, les cérémonies, les danses…

Nous retrouvons des enseignements qui ont été presque effacés. Ce sont des valeurs et des savoirs transmis de génération en génération qui demeurent dans les pensées, les esprits et les façons d'être. Les mêmes valeurs de partage, d'harmonie et de respect qui persistent.

Les personnes qui se sentaient auparavant isolées en raison de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle ont maintenant ces espaces pour se réunir et partager.

Ce mouvement, qui a commencé dans l'ouest anglophone canadien, avance tranquillement au Québec et dans les communautés francophones à travers le Canada. À Montréal, la plupart des ressources et des groupes au sein de la communauté bispirituelle sont anglophones.

Par contre, nous vivons en ce moment un réel essor culturel comme les pow-wow qui, pour la plupart, incluent les personnes bispirituelles. On remarque une plus grande représentation aussi dans les médias. En 2019, un couple bispirituel remporte l'émission The Amazing Race Canada.

Au sein de la communauté du Lac-Simon en Abitibi, un couple du même sexe se mariait tout récemment. Le deuxième dans toute l'histoire de cette communauté.

L'ajout du 2S dans l'acronyme 2SLGBTQI+ témoigne de cette revitalisation et confirme que les personnes bispirituelles reprennent leur place et qu’elles sont là pour pour de bon.

Joyeuse Fierté!

Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo

Anishnabe, enfant d'un survivant des pensionnats et bispirituelle

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