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Le comportement électoral des Autochtones encore à démystifier

Une main qui dépose un bulletin de vote dans une boîte de scrutin.

Les raisons qui amènent les Autochtones à se rendre au bureau du scrutin demeurent à éclaircir, constatent des chercheurs.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Gabrielle Paul

Longtemps écartés du processus électoral, les Autochtones se sont mobilisés comme jamais pour voter lors des élections de 2011 et 2015. Cependant, les raisons qui les amènent à se rendre au bureau du scrutin demeurent à éclaircir, constatent des chercheurs.

On s’est beaucoup penché sur pourquoi les Autochtones ne votent pas, mais pas sur pourquoi ils votent, dit Simon Dabin, doctorant en science politique à l’Université de Montréal (UdeM).

Si la participation des Autochtones a atteint un sommet en 2015, il est historiquement avéré qu'ils ont un taux de participation plus faible aux élections fédérales que le reste des électeurs du pays.


Notre chroniqueuse Melissa Mollen Dupuis rappelle les différents enjeux politiques qui touchent les Autochtones, au-delà de ceux qui sont déjà bien connus de la population canadienne.


La principale raison à cela, à mon avis, c'est l'héritage colonial du pays qui continue aujourd'hui de créer des difficultés socioéconomiques et des tensions politiques avec l'État canadien, souligne le professeur au Département de science politique de l'UdeM Martin Papillon.

Participer aux élections, c'est voter pour des députés du Parlement qui a adopté la Loi sur les Indiens, qui a adopté les politiques coloniales qui visent la destruction des communautés, explique-t-il. Il n'y a pas de fort sentiment d'appartenance ou de confiance envers les institutions parlementaires fédérales.

Ça fait aussi moins longtemps que les Autochtones peuvent voter et il y a des enjeux d'accès et de distance avec les bureaux de vote qui peuvent expliquer le peu de participation, continue M. Papillon.

Il y a aussi toute une série de facteurs où les Autochtones rejoignent les gens qui ont moins l’habitude de voter déjà, ajoute Simon Dabin.

La population autochtone est plus jeune et a des revenus moins élevés que le reste de la population du pays, alors que ce sont deux catégories d'individus qui ont tendance à moins voter, explique-t-il.

Une mobilisation pour les candidats autochtones

En compagnie de leur collègue Jean-François Daoust, MM. Papillon et Dabin ont rédigé un article, paru en 2019 dans le Canadian Journal of Political Science, qui aborde la manière dont les Autochtones votent.

Dans leur étude, ils remarquent que la participation tend à augmenter depuis quelques élections et qu'il y a une plus grande participation électorale des Autochtones lorsqu’il y a des candidats autochtones dans leur circonscription.

Lorsque les partis politiques proposent des candidatures autochtones, ce qu'on observe, c'est que dans les comtés où se trouvent ces candidats, les gens ont tendance à aller voter plus. Évidemment, parce qu'ils se reconnaissent dans ces candidats et dans les thématiques que portent ces candidats, explique Martin Papillon.

« Plus les partis politiques s'intéressent aux Autochtones, plus les Autochtones vont être intéressés à participer. Depuis quelques élections, il y a un intérêt, et les individus dans les communautés autochtones sont sensibles à ça. »

— Une citation de  Martin Papillon, professeur au Département de science politique de l'UdeM

De plus en plus, des Autochtones essaient de changer le système de l’intérieur et on voit que la participation politique est en expansion chez les Autochtones au Canada, observe Simon Dabin.

« Jusqu’à présent, le débat, c’était : ceux qui participent [au système] sont aliénés, ceux qui ne participent pas sont des vrais décoloniaux; mais on voit bien que les choses sont un peu plus complexes que ça et plus nuancées. »

— Une citation de  Simon Dabin, doctorant en science politique à l'UdeM

Les Autochtones qui participent défendent une identité et des valeurs différentes du reste du Canada et se comportent électoralement différemment, précise-t-il.

Il y a une conscience politique plus forte dans les communautés qu'avant, renchérit Martin Papillon. Ça ne se traduit pas seulement au niveau électoral, mais aussi dans les mobilisations comme Idle No More et contre les oléoducs.

Le vote autochtone est par ailleurs un vote éclairé, constate Simon Dabin.

En 2015, il y a eu un vote majoritairement pour le NPD [Nouveau Parti démocratique] alors que c’est le NPD qui avait été le mieux noté par l’Assemblée des Premières Nations pour son programme pour les Autochtones, explique M. Dabin. On voit bien qu’il y a un vote très éclairé. C’était un vote pour le meilleur parti pour les nations autochtones.

À quoi s'attendre pour le 20 septembre 2021?

Alors, à l'aube de la campagne électorale, la mobilisation autochtone pour le vote demeure incertaine.

Ça va se voir assez vite s’il y a une sorte de mobilisation, mais je crois qu’il y a un dégoût profond qui se voit et qui s’observe, et peut-être que ça signifie un retour à une situation où on se dit que ça ne sert à rien [de voter], note M. Dabin.

De son côté, M. Papillon remarque également un certain cynisme ambiant.

C'est difficile de prédire ce qui va se passer, dit-il. Il y a un peu plus de méfiance, de cynisme, par rapport à ce que le gouvernement a pu accomplir par rapport aux enjeux de la réconciliation, mais le gouvernement a également investi beaucoup d'argent dans les communautés.

En 2015, l’ennemi était identifié, c’était Harper. Il y avait vraiment une stratégie de sortir Harper, rappelle Simon Dabin. Je crois qu’il y a eu un réel enthousiasme chez plusieurs avec l’élection de Trudeau. Je me demande maintenant si la réaction ne va pas être un retour à l’abstention massive.

Une chose est certaine, il y a une plus grande affinité pour les questions autochtones du côté NPD et des libéraux que des conservateurs, souligne Martin Papillon. Mais ça peut toujours changer.

Un poids notable dans certaines circonscriptions

Si, pour le moment, il y a très peu d’endroits où le vote autochtone peut faire une différence massive sur une élection, selon Simon Dabin, dans certaines circonscriptions, les Autochtones constituent un poids assez important qui peut avoir un effet sur les résultats.

En 2015, l'Assemblée des Premières Nations (APN) recensait 60 circonscriptions où c'était le cas.

C'est principalement dans les Prairies où il y a certaines circonscriptions où la proportion d'Autochtones est très élevée, dit Martin Papillon. Au Québec, il y en a moins, à part le Nord-du-Québec.

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