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Saisir l’occasion de célébrer les langues ancestrales autochtones au Canada

Une dame est debout derrière un lutrin et sourit.

Mary Simon lors de son discours d'installation.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Lettre ouverte

Un texte de Denis Gros-Louis, directeur général du Conseil en éducation des Premières Nations

Dans la foulée de la nomination de madame Mary Simon, une femme bilingue inuk du Québec, à titre de 30e gouverneure générale du Canada, j’invite la population à célébrer les premières langues au Québec et au Canada, les langues ancestrales des Premières Nations et des Inuit.

Les langues ancestrales sont millénaires et tissent la mosaïque culturelle du Canada d’un océan à l’autre. Elles sont la terre d’accueil des colonisateurs. Je souligne la richesse des langues ancestrales et salue la nouvelle gouverneure générale.

Le parcours personnel et professionnel de Mme Simon est remarquable : entre autres présidente de la Société Makivik, du Conseil circumpolaire inuit, du Comité national sur l’éducation des Inuit, ambassadrice du Canada au Danemark et rectrice à l’Université Trent.

Durant ses fonctions, Mme Simon a participé aux négociations visant aux conventions de la Baie James et du Nord du Québec et aux processus du rapatriement de la Constitution, a codirigé le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, négocié la création du Conseil de l’Arctique, joué un rôle important dans la création de la Fondation des enfants et des jeunes de l’Arctique et a été témoin honoraire à la Commission de vérité et réconciliation.

Le cheminement de Mme Simon ne passe pas inaperçu : elle détient 11 doctorats honorifiques (McGill, Guelph, Trent, Alberta, Memorial, Carleton, Queens, Loyalist, Mount Saint Vincent, British Columbia et Victoria) et elle est officière de l’Ordre du Canada et de l’Ordre national du Québec. Elle a également reçu la Médaille du Gouverneur général pour la nordicité, l’Ordre d’or du Groenland, le Prix national d’excellence décerné aux Autochtones, la Médaille d’Or de la Société géographique royale du Canada et la médaille Symons, et a été reçue membre de l'Institut arctique de l'Amérique du Nord.

Le Conseil en éducation des Premières Nations multiplie les efforts pour promouvoir, préserver et assurer l’enseignement des langues ancestrales dans nos écoles. Ces efforts se conjuguent aux défis de préparer les élèves aux épreuves uniques imposées en français. J’espère que le parcours de Mme Simon saura motiver les jeunes des Premières Nations et Inuit au dépassement et à braver les barrières systémiques coloniales toujours en vigueur.

Souligner que la gouverneure générale du Canada doive maîtriser l’anglais et le français en dépit de ses capacités, ses contributions à l’essor des peuples autochtones et ses expériences comme haute fonctionnaire met en évidence les effets toujours présents de l’histoire de l’assimilation culturelle et linguistique des peuples autochtones au Québec et au Canada.

En effet, madame Simon parle couramment l’anglais et l’inuktitut, faisant d’elle une personne complètement bilingue au sens du terme. Qui plus est, son incapacité à s’exprimer en français est entièrement imputable au gouvernement canadien qui, dans les années 1950, obligeait les Premières Nations et les Inuit à fréquenter des écoles entièrement gérées par le gouvernement en place; ils étaient par le fait même assujettis au curriculum scolaire imposé par celui-ci.

Dans un effort de contexte où nous aspirons à la réconciliation, nous devrions être reconnaissants de sa résilience et sa persévérance à accepter un rôle issu de l’histoire coloniale dont elle a elle-même subi les efforts d’assimilation linguistique au pays.

La diversité des langues autochtones est sans équivoque. En 2011, plus de 60 langues autochtones regroupées en 12 familles linguistiques distinctes au Canada étaient recensées. Les Premières Nations et les Inuit se donnent le moyen nécessaire pour enseigner leurs propres langues afin de les transmettre aux générations présentes et futures. Ces droits sont des droits ancestraux protégés par le paragraphe 35(1) de la Loi constitutionnelle de 1982 et doivent être interprétés à la lumière du droit international.

Malgré tout, les langues des Premières Nations se trouvent, pour la plupart, en danger d’extinction. Selon l’Atlas UNESCO des langues en danger dans le monde, plusieurs langues autochtones au Canada sont en risque de disparaître. En effet, l’atlas de l’UNESCO indique que trois quarts des langues ancestrales parlées au Canada sont en danger, sérieusement en danger ou en situation critique.

À l’aube de la Décennie internationale des langues autochtones 2022-2032, déclarée par l’Organisation des Nations unies (ONU), accueillons la diversité et la richesse des langues du pays et le message inspirant de la nouvelle gouverneure générale lors de son discours d'installation. Le français, les langues ancestrales et l’anglais doivent et peuvent y trouver la place qui leur revient.

J’étais heureux d’entendre Son Excellence Mary Simon s’exprimer en Inuk aux peuples québécois, canadien et au monde entier!

Nakurmiik!

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