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Pensionnats : le Canada et les États-Unis partagent le même passé trouble

Tenue entre plusieurs mains, une couverture est posée dans une tombe.

Des proches et des membres de la communauté descendent les restes des enfants de Rosebud dans leur dernière sépulture, 142 ans après leur mort, au cimetière des vétérans de la Nation sioux de Rosebud, à White River, dans le Dakota du Sud.

Photo : AP / Erin Bormett / The Argus Leader

Radio-Canada

Si l'ampleur des exactions commises dans les pensionnats pour Autochtones se révèle en même temps au Canada et aux États-Unis, c’est que les établissements des deux pays ont une histoire commune.

Dans un document datant de 1879, un instigateur de la politique canadienne en matière de pensionnats s'était inspiré des établissements qui venaient d'être créés aux États-Unis. Sur ses conseils, le gouvernement du Canada a ouvert trois écoles de ce type, à partir de 1883, dans ce qui allait devenir la Saskatchewan.

Le Canada et les États-Unis se sont tous deux inspirés des maisons de redressement construites en Europe pour les enfants pauvres des villes, selon le rapport de la Commission de vérité et réconciliation.

Le pensionnat de Carlisle, en Pennsylvanie, fondé par un officier de l'armée en 1880, a été l'un des modèles dont le Canada s'est inspiré. Le fondateur de cette école, l'officier Richard Pratt, avait résumé la philosophie de son programme en ces termes : Tuez l'Indien et sauvez l'homme. Il estimait que les peuples autochtones devaient être assimilés et non exterminés.

Tom Torlino en tenue traditionnelle autochtone à gauche, et en complet et cravate à droite.

Le jeune Navajo Tom Torlino est représenté à gauche lorsqu'il est entré au pensionnat de Carlisle, en Pennsylvanie, en 1882. À droite, une photo de lui prise trois ans plus tard.

Photo : Bibliothèque du Congrès des États-Unis

Pédagogie destructrice

Nombre de témoignages de survivants canadiens et américains se font écho à travers les traumatismes subis et leurs conséquences au fil des générations.

Warren Petoskey, Lakota et Odawa du Michigan, a illustré par sa situation personnelle comment les enfants de toute une génération avaient été séparés de leurs parents et quelles ont été les répercussions de ces mesures sur l'éducation de la génération suivante.

Son père ne voulait pas parler de son expérience au pensionnat, et son grand-père, avant lui, refusait également de le faire.

M. Petoskey a raconté que sa tante avait été giflée par un enseignant parce qu'elle parlait sa langue maternelle, et qu'une autre femme de sa connaissance avait même été frappée si fort à la mâchoire qu'elle a eu des séquelles toute sa vie.

Sa tante a également décrit comment un concierge agressait sexuellement des enfants. Une de ses proches a d'ailleurs été marquée à vie, a-t-il dit.

En grandissant, je n'arrivais pas à comprendre pourquoi notre famille était aussi dysfonctionnelle, a confié M. Petoskey, aujourd’hui âgé de 76 ans. Notre maison était un champ de bataille.

M. Petoskey a passé sa vie à essayer d'apprendre sa langue ancestrale, l’ojibwé, que son père avait refusé de lui enseigner.

Warren Petoskey en vêtements traditionnels.

Warren Petoskey essaie toujours d'apprendre sa langue ancestrale à l'âge de 76 ans.

Photo : Warren Petoskey

Aux États-Unis comme au Canada, les écoles ont joué un rôle prépondérant dans la représentation des Autochtones dans l’imaginaire collectif.

La version édulcorée de l'histoire américaine qui a été enseignée passait sous silence de nombreux détails gênants, comme la Déclaration d'indépendance de Thomas Jefferson, où il est dit que tous les hommes sont créés égaux, mais où les peuples autochtones sont aussi qualifiés de sauvages indiens sans pitié.

Dans le Dakota du Sud, James Cadwell se souvient qu'il y a plusieurs dizaines d'années, dans son pensionnat religieux, les élèves devaient lire des livres qualifiant les peuples autochtones de sauvages. J'ai souvent pensé, en vieillissant, que cela m'avait été préjudiciable dans ma jeunesse, a indiqué M. Cadwell.

Ces anciens pensionnats américains ont également fait l'objet de rumeurs au sujet d'enfants morts qui y auraient été enterrés discrètement, a signalé Warren Petoskey.

Réexaminer les lieux d'inhumation

Un projet en cours examine si des décès ont été dissimulés dans le pensionnat du Michigan fréquenté par le père de M. Petoskey, le Mount Pleasant Indian Industrial Boarding School.

La Nation Saginaw Chippewa travaille avec des chercheurs en archéologie pour mieux comprendre l'histoire du terrain où se trouvait le pensionnat, en activité de 1893 à 1934.

Selon les archives officielles, plusieurs enfants sont morts pendant qu'ils fréquentaient l'école. Cependant, les recherches menées par la Nation elle-même soulèvent des questions plus complexes, puisqu’il n'existe aucune trace de 227 élèves qui ne seraient jamais rentrés chez eux.

Selon Frank Cloutier, porte-parole de la Nation, plusieurs explications restent envisageables. Les enfants ont pu s'enfuir et des documents ont peut-être été perdus, mais quelque chose de plus sinistre a aussi pu se produire, a-t-il noté.

Nous ne voulons pas tirer de conclusions prématurées, a nuancé M. Cloutier.

Nous ne croyons pas naïvement qu'il n'y aura pas de découvertes. Mais nous voulons gérer cela méthodiquement, avec une certaine révérence et un certain respect.

Une citation de :Frank Cloutier, porte-parole de la Nation Saginaw Chippewa

Nul doute que les grands titres des journaux canadiens ont contribué à sensibiliser le public à cette question, selon lui.

Rapatriement des dépouilles

Une cérémonie funéraire a lieu.

Les restes d'enfants ont été déposés dans leur dernière sépulture le 17 juillet dans la communauté sioux de Rosebud, dans le Dakota du Sud.

Photo : Associated Press / Erin Bormett / The Argus Leader

Aux États-Unis, des cérémonies de rapatriement de dépouilles ont déjà eu lieu autour du pensionnat de Carlisle, en Pennsylvanie.

L'initiative a été lancée par un groupe scolaire sensibilisé par la cause lors d’une excursion sur l'emplacement de l’ancien pensionnat qui a fermé en 1918.

Des démarches ont ensuite été effectuées auprès de l'armée américaine, qui est désormais propriétaire du terrain, afin de déplacer les restes d’enfants.

Selon Lauren Peters, qui s’est occupée de ramener le corps de sa grand-tante, les Américains devraient s'attendre à recevoir des nouvelles similaires à celles rapportées au Canada. En fait, anticipe-t-elle, ce sera bien pire, car il y avait beaucoup plus de pensionnats pour Autochtones aux États-Unis, soit plus de 500 en tout, qu'au Canada, où il y en a eu environ 140.

Les avis sur la question divergent néanmoins.

Auteur d'un livre sur l'histoire des pensionnats américains pour Autochtones, David Wallace Adams a déclaré qu'il n'était pas certain qu'on trouve aux États-Unis autant de tombes non marquées qu'au Canada.

Les écoles américaines, pour la plupart gérées par le gouvernement, étaient soumises à des inspections plus fréquentes que les établissements canadiens, gérés par des églises, a rappelé M. Adams.

Une vaste enquête sur les pensionnats, leurs cimetières et la possibilité d’y trouver des restes non identifiés, entamée par la secrétaire à l'Intérieur Deb Haaland, elle-même autochtone, doit aboutir à un rapport d’ici l’année prochaine.

Avec les informations d'Alexander Panetta, de CBC

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