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Mary Simon et le français : les plaintes découragent certains leaders autochtones

La nouvelle gouverneure générale du Canada, Mary Simon.

La nouvelle gouverneure générale du Canada, Mary Simon

Photo : Reuters / Patrick Doyle

Maud Cucchi

Récemment élue, la nouvelle cheffe de Kahnawake appelle à davantage de compréhension entre nations, considérant comme « très décevantes » les plaintes formulées à l’encontre de la nouvelle gouverneure générale Mary Simon, qui parle inuktitut mais pas français.

Nous devons tous trouver comment aller de l'avant et respecter les autres avec leurs langues, déclare en entrevue Kahsennenhawe Sky-Deer, première grande cheffe Kahnawake, élue au début de juillet, et dont la première allocution postélectorale rimait avec changement, union et leadership inclusif.

Depuis la nomination de Mary Simon comme 30e gouverneure générale du Canada, plus de 600 plaintes ont été déposées auprès du Commissariat aux langues officielles du Canada qui mènera une enquête sur le processus administratif de sélection des candidats pour représenter la monarchie britannique.

Mme Sky-Deer est d'avis que l’opposition des plaignants illustre une mentalité vraiment décourageante autour de la prévalence du français par rapport à l’inuktitut et aux autres langues autochtones. Peut-être faudrait-il réviser ce que sont les langues officielles du Canada, avance-t-elle, suggérant d’y inclure les langues autochtones.

C'est décourageant de penser que seuls le français et l'anglais vont être reconnus dans ce pays.

Une citation de :Kahsennenhawe Sky-Deer, grande cheffe de Kahnawake

Il y a beaucoup de langues autochtones sur l'île de la Tortue, comme nous l'appelons, et il est important que nous les récupérions, dit-elle. Parce que, comme nous le savons, il y a eu une tentative pour essayer de nous [les] enlever et de nous assimiler à la population canadienne.

La grande cheffe de Kahnawake rappelle également que Mary Simon s’est engagée à apprendre le français dès l’annonce de sa nomination comme gouverneure générale.

Peut-être qu'elle n'en a pas eu l'occasion ou le temps, mais maintenant, elle s'engage à le faire, insiste Mme Sky-Deer. Je pense que les gens doivent lui en donner l'occasion.

La cheffe du Conseil mohawk de Kahnawake, Kahsennenhawe Sky-Deer.

La cheffe du Conseil mohawk de Kahnawake, Kahsennenhawe Sky-Deer

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Vous voulez parler de la protection de la langue française, mais qu'en est-il de la protection de notre langue, surtout avec tout ce qui se passe dans nos communautés au sujet de toutes ces fosses communes et des enfants qui sont découverts?

Une citation de :Kahsennenhawe Sky-Deer, grande cheffe de Kahnawake

Par ailleurs, pour illustrer les contradictions d’Ottawa, Kahsennenhawe Sky-Deer mentionne les efforts très respectueux qu'a faits le ministre Marc Miller quand il a tenté de prononcer quelques mots mohawks lors d'une conférence de presse mercredi à Kahnawake – laquelle s’est déroulée en français alors que les résidents de l'endroit sont majoritairement anglophones.

Personne n'aime être forcé à quoi que ce soit, souligne-t-elle en mentionnant la loi 101. Si c'est plus réciproque, avec un espace de respect plutôt que de loi et de dictature, nous avons un sentiment différent.

Des complaintes plutôt que des plaintes

De l'avis de Denis Gros-Louis, le directeur général du Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN), les plaintes à l’encontre de Mme Simon sur ses inaptitudes en français ne sont pas recevables et s'assimilent même à des complaintes.

Pour nous, elle est bilingue, dit-il. Au lieu de se plaindre, on devrait se réjouir que le gouvernement ait reconnu ce fait-là.

À ses yeux, cette nomination contribue à l’effort de revalorisation des langues autochtones et constitue sans équivoque un élément de réconciliation, d’autant qu’en 2022 débutera la Décennie internationale des langues autochtones sous l’égide de l’ONU, rappelle-t-il.

C’est une femme inuk, du Québec, avec un parcours professionnel très inspirant. Nous sommes extrêmement fiers du message qu’elle porte auprès des jeunes.

Une citation de :Denis Gros-Louis, directeur général du Conseil en éducation des Premières Nations

Selon M. Gros-Louis, de la Nation huronne-wendat, il faudrait plutôt célébrer sa maîtrise de l’inuktitut, preuve que la politique d’assimilation n’a pas fonctionné, relève-t-il, alors que Mme Simon est une survivante des pensionnats.

Dans cette perspective, la rivalité entre minorités linguistiques n'a pas lieu d'être. Comment opposer le traumatisme social qu'a vécu la population pour protéger le français à l'assimilation forcée des pensionnats? demande-t-il.

Lui aussi préconise la reconnaissance des langues ancestrales comme langues officielles du Canada. Si, au lieu de compétitionner, on travaillait ensemble pour valoriser nos langues maternelles, il n’y aurait pas de menace, suggère M. Gros-Louis.

Le directeur général du CEPN propose d'opter pour une culture de valorisation plutôt que de complainte.

Avec des informations de CBC

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