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Roberta Jamieson : réussir en demeurant fidèle à soi-même

Roberta Jamieson est assise devant des drapeaux du Canada.

Roberta Jamieson se joindra au conseil d'administration de la Banque Royale du Canada le 1er août.

Photo : La Presse canadienne / Patrick Doyle

Gabrielle Paul

Membre de la communauté des Six Nations de Grand River, dont elle a été la cheffe, Roberta Jamieson a récemment été nommée membre du conseil d'administration de la Banque Royale du Canada (RBC). Mme Jamieson a une longue feuille de route. Récipiendaire de l’Ordre du Canada et de 30 doctorats honorifiques, elle est d’ailleurs la première femme des Premières Nations à avoir terminé des études en droit, en 1976.

Mme Jamieson, qui entrera en fonction le 1er août à la RBC, a accordé l’entrevue qui suit à Espaces autochtones.

Qu’est-ce que cette nomination représente pour vous?

Roberta Jamieson : Je suis très honorée par cette nomination. C’est une joie pour moi d'avoir l’occasion de joindre ce conseil d’administration. C'est une chance pour moi d’y ajouter ma voix, je sens que je peux vraiment y contribuer. Ce qui m’a attirée, c’est leur engagement pour l’inclusion et la diversité. Aussi, comme mon travail des 16 dernières années se concentrait sur l'éducation des jeunes Autochtones, j'ai été attirée par l'engagement de RBC envers la jeunesse.

Selon vous, pourquoi est-il important que davantage d’Autochtones jouent des rôles comme le vôtre au sein des institutions canadiennes?

C'est absolument essentiel que les Premières Nations, les Inuit et les Métis soient impliqués dans les institutions, et ce, à tous les niveaux. Nos voix doivent être entendues.

Les entreprises et les organisations du Canada doivent par contre comprendre que la réconciliation, c'est plus que seulement engager quelques employés autochtones. La réconciliation, ça passe par un engagement vers de profonds changements. Oui, le recrutement est important, mais la culture interne des organisations doit changer afin qu'elles puissent soutenir nos membres et leur permettre de demeurer eux-mêmes au travail.

Nous n'avons pas à changer pour faire partie de ces institutions. Nos peuples peuvent contribuer au travail des entreprises et des organisations à travers le Canada et l'enrichir. Nous sommes des gens remplis de bonnes idées. Je pense entre autres à la question environnementale. Les connaissances autochtones sont, selon moi, la clé pour résoudre les problèmes climatiques mondiaux. Nous avons tellement à offrir.

Comment les Autochtones peuvent-ils contribuer à ces institutions en demeurant fidèles à eux-mêmes? Comment y êtes-vous parvenu?

J'ai travaillé dans plusieurs sphères de la société en tant qu'avocate, en tant qu'ombudsman, en tant que cheffe, en tant que directrice générale d'Indspire (un organisme qui amasse des fonds pour l'éducation des jeunes Autochtones, NDLR). Dans tous ces rôles que j'ai occupés, ce qui m'a aidée le plus, c'est mon fort sentiment identitaire.

Si tu sais qui tu es et si tu comprends ton histoire, tu peux presque tout faire. C'est ce que j'essaie de transmettre aux jeunes. Si nous trouvons qui nous sommes et si nous voyons les dons que nous avons reçus du créateur, nous pouvons contribuer positivement à n'importe quelle institution. Il est important de toujours garder en tête les générations futures et il faut construire un avenir meilleur pour tout le monde, pas seulement pour les Autochtones, mais pour tous les Canadiens.

Pour vous, la réconciliation nécessite un changement de culture au sein des organisations?

Oui, mais dans la société en général aussi, nous avons besoin de changements structurels. Il faut reconnaître notre passé commun, Autochtones et non-Autochtones, et offrir de l'espace aux Autochtones pour nous permettre d'enrichir les lieux de travail, les entreprises et la société. Nous n'en parlons pas suffisamment, à mon avis.

Les derniers mois ont été difficiles pour les communautés autochtones à travers le pays, notamment en raison de la mise au jour de tombes anonymes près d'anciens pensionnats. Votre vision de la réconciliation a-t-elle changé en raison des récents événements?

Je vous parle de chez moi, dans ma communauté, et nous avons un ancien pensionnat sur notre territoire. Notre communauté est très ébranlée.

Je crois encore que la réconciliation, c'est la reconnaissance de l'histoire et la réparation des dommages causés, mais c'est aussi la construction d'un futur commun. Les derniers mois ont été difficiles pour nos communautés, mais je suis encouragée par ce que je vois autour de moi. Nos gens prennent de plus en plus de place dans ce pays, nous en avons la preuve avec la nomination de la nouvelle gouverneure générale Mary Simon. Je suis enthousiaste à l'idée de voir ce que nous réserve l'avenir.

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