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Enfants autochtones disparus au Québec : de la honte à la vérité

Deux femmes se tiennent la main.

L'élan de solidarité entre les familles était palpable.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Café en main, un foulard noué dans les cheveux, la nouvelle conseillère du ministre des Affaires autochtones émerge de sa première nuit sous la tente au lac Decelles, situé en Haute-Mauricie. Pour les prochains jours, sa mission est d'aller à la rencontre de la centaine d’Autochtones qui ont répondu à l’appel de l’association Awacak et qui sont au campement pour se retrouver.

Au Québec, le projet de loi 79 vise à donner aux familles un accès plus facile aux archives des institutions de santé par lesquelles sont passés leurs enfants morts ou disparus dans des circonstances nébuleuses.

Maintenant que le projet de loi est en passe de devenir réalité, Anne Panasuk tente d’expliquer son rôle auprès de ces familles qui ont perdu un enfant sans vraiment savoir pourquoi. Tout ce qu’elles savent, c’est que cet enfant a été amené à l’hôpital. Puis elles ne l’ont jamais revu.

Après des dizaines d’années de silence, souvent par honte, ces familles commencent à parler. C’est aussi pour cela qu’Atikamekw, Innus et Anichinabés se sont retrouvés dans le bois cette semaine : pour partager leurs histoires.

Anne Panasuk tient des mocassins d'enfant rouges.

Ex-journaliste, Anne Panasuk est conseillère auprès du ministre. Elle a promis aux familles de faire tout ce qui est possible pour qu'elles obtiennent la vérité.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

La loi 79 va me permettre d’aller chercher des réponses, dit-elle. Et si les institutions ne veulent pas me donner accès à leurs archives, j’ai un pouvoir de commissaire : celui d’obliger les gens à témoigner, poursuit l’ancienne journaliste qui avait raconté l’histoire des enfants disparus de Pakua Shipi.

Lors de son discours devant les familles, elle les a implorées de lui faire confiance. Plus précisément, elle leur a demandé de croire en sa détermination à trouver des réponses pour qu’enfin, ils aient accès à la vérité.

Ils peuvent être certains que je vais fouiller, que ce qu’ils vont obtenir, c’est le maximum de ce que je vais pouvoir aller chercher, raconte-t-elle.

Ian Lafrenière tient un homme.

Le ministre Ian Lafrenière a fait une apparition à l'événement pour écouter les histoires de certaines familles.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Justement, Ian Lafrenière, le ministre des Affaires autochtones, est arrivé au campement mardi matin. Lors d’une allocution, il souligne le travail collaboratif qu’ont mené son gouvernement et les partis d’opposition pour aboutir au projet de loi 79.

On veut aider les familles dans leur quête de la vérité. Ce n’est pas une loi parfaite, mais c’est un premier pas, assure-t-il.

Accompagné d'un aîné, il s'est dirigé ensuite vers les portes du camp pour dresser le drapeau du Québec sur un mât, en signe de solidarité avec les familles. Plus tard, tous les drapeaux des communautés présentes seront eux aussi hissés en haut des mâts, puis mis en berne.

Manon Massé tente de faire pression pour que le projet de loi aille plus loin. La cheffe parlementaire de Québec solidaire est sur place depuis dimanche soir. Cela fait déjà trois jours qu’elle est sur le campement, qu’elle dort dans sa tente et qu’elle échange avec les gens sur place.

Manon Massé serre la main d'un homme.

Manon Massé a passé trois jours sur le campement pour aller à la rencontre des Autochtones. Elle est ici avec le chef de Wemotaci, François Néashit.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Manon Massé le dit elle-même, elle est une femme de terrain. Parler aux gens, c’est ce qu’elle aime.

Je voulais une enquête publique sur ces histoires d’enfants morts ou disparus après un séjour à l’hôpital, car j’ai le sentiment profond que si on entend parler des causes, et pas seulement des effets, on se donne une chance de briser les préjugés, explique-t-elle.

Derrière elle, dans la file qui mène à la cantine improvisée, Ghislain Picard attend lui aussi son tour pour être servi. Assiette en plastique en main, lunette de soleil et short de sport, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador a manqué le ministre ce matin, concède-t-il.

Ghislain Picard.

Ghislain Picard a prononcé un discours lors du rassemblement qui s'est tenu au lac Decelles.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Dans une allocution, il explique qu’avec cet ancien policier (Ian Lafrenière a notamment fait partie du Service de police de la Ville de Montréal), on est toujours un peu sur nos gardes. Mais j’ai l’occasion de lui parler souvent, et je sens qu’il y a un humanisme, il est à l’écoute.

Je suis moins sûr pour son gouvernement, lâche-t-il.

Plus loin, Anne Panasuk continue sa tournée.

Après toutes ces années sur le terrain, elle a fini par être considérée comme l'une des leurs. Tout le monde la connaît ici. Leurs récits, elle les a entendus bon nombre de fois, mais elle en reste encore émue.

Les familles sont avant tout réunies pour partager leurs histoires et leur douleur. Leur grand nombre, c’est leur manière de montrer aux politiciens et au Québec tout entier que leurs drames ne sont pas des cas isolés.

Rien que chez les Atikamekw, une cinquantaine de familles porteraient le poids de la disparition mystérieuse d’un enfant. Mais les Innus aussi comptent leur lot de drames du même genre. Parmi eux, le chef de Pakua Shipi lui-même, Guy Mestenapéo. Il a perdu deux sœurs.

Des familles autour de plusieurs objets posés au sol.

L'événement a réuni un peu plus de cent personnes. Ici, les volontaires ont partagé un cercle de parole pour échanger sur leurs histoires respectives.

Photo : Radio-Canada

Une délégation de sa communauté a fait le déplacement jusqu’au lac Decelles. Leur trajet de 2500 kilomètres pour rejoindre les terres atikamekw est à la hauteur de leur souffrance et de leur besoin de communion, de partage.

Awacak en action

Selon Anne Panasuk, cette réunion entre nations est un happening politique.

C’est le début de quelque chose d’important, ajoute-t-elle.

Constant Awashish tient un micro.

Le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, était sur place.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Avec l’avocat Alain Arsenault et Pierre-Paul Niquay, un Atikamekw qui porte depuis longtemps la voix des familles démembrées, elle travaille à établir le cadre précis de l’association Awacak.

Elle doit aider les familles à faire leurs démarches auprès des institutions de santé pour obtenir des réponses sur ce qu’il s’est passé il y a parfois plus de 60 ans.

C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que le Protecteur du citoyen était présent.

Si vous rencontrez des problèmes lors de vos démarches, que vous estimez que l’institution ne collabore pas, vous pouvez déposer une plainte au Protecteur du citoyen, explique Hugo Lafontaine, directeur du soutien à la gouvernance.

Un homme qui joue au tambour.

C'est la communauté de Pakua Shipi qui a ouvert la cérémonie au son du tambour. C'est la communauté présente la plus proche du lever du soleil.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Awacak a la chance d’avoir Anne Panasuk à leurs côtés. Elle est investie et très touchée par les épreuves que les familles vivent, raconte de son côté Constant Awashish, grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw.

Lui-même a appris, quelques semaines seulement avant le rassemblement à Decelles, que le frère de sa grand-mère avait disparu après avoir été transporté à l’hôpital.

Depuis, ça me travaille, confie-t-il.

Dans le cercle de parole, peu parlent de la loi 79, en vérité. Ce sont surtout leurs tripes qu’ils mettent sur la table.

Quant aux politiciens de tous bords, ils en appellent à l’union des nations. Tous ensemble, nous allons être plus forts, clame le chef d’Opitciwan, Jean-Claude Mequish.

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