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Sa mission : récupérer et réinhumer les restes des ancêtres pour les honorer

L'aînée mi'kmaw Donna Augustine estime que les restes d'ancêtres détenus par des musées devraient être retournés et enterrés de façon appropriée pour contribuer ainsi à la guérison des peuples autochtones.

Une femme est assise dans une maison et est recueillie.

Donna Augustine récite une prière aux ancêtres avant de parler de sa mission envers eux.

Photo : Radio-Canada / Mike Heenan

Radio-Canada

Donna Augustine est une aînée de la Première Nation d'Elsipogtog, au Nouveau-Brunswick. Elle s'est donné pour mission de rapatrier et d'enterrer les restes d'ancêtres, et ce, quelle que soit leur nation d'appartenance.

Cette mission peut l'amener à se réveiller au milieu de la nuit ou lui faire faire ses valises pour prendre un vol vers la Norvège ou le Tennessee.

Donna Augustine pense qu'il est de sa responsabilité de défendre les anciens qui ne peuvent plus parler pour eux-mêmes. De la même manière que les petits enfants ont besoin que leurs parents parlent pour eux.

Ils ont besoin de notre aide, dit-elle.

Elle pense que les esprits des ancêtres décédés sont dérangés lorsque leurs restes sont profanés par divers moyens, que ce soit lors de projets de construction ou lors de leur analyse par des archéologues et des muséologues.

Garder des restes dans les musées est un sacrilège pour Mme Augustine. Vous n'avez pas à déterrer mes morts pour me dire qui je suis, affirme-t-elle. Je sais déjà qui je suis.

Elle s'oppose aussi fermement à ce que les ossements soient traités comme des spécimens ou des objets.

Vous ne verriez pas des Autochtones aller derrière une église et fouiller un lieu de sépulture pour voir quel régime alimentaire les défunts avaient ou pourquoi ils avaient une infection à l'oreille interne.

Une citation de :Donna Augustine

Ces gens étaient l'enfant de quelqu'un, le grand-père de quelqu'un, la mère de quelqu'un, le père de quelqu'un, signale-t-elle. C'est le respect de la vie.

L'aînée mi'kmaw trouve ironique que le terme sauvages ait été accolé à celle de son peuple. Pensez-y, dit-elle, plusieurs musées et universités détiennent toujours des restes ancestraux. Pour moi, c'est tellement barbare.

Son combat contre Harvard presque terminé

Aux États-Unis, une loi américaine promulguée en 1990 – Native American Graves Protection and Rapatriation Act – oblige les institutions financées par le gouvernement fédéral à fournir des inventaires de leurs biens culturels autochtones, tels que les restes humains et les objets sacrés, et à les restituer aux descendants vivants et aux tribus affiliées.

Selon des documents déposés en 2015, les dépouilles d'au moins 19 individus ainsi qu'environ 500 objets funéraires ont été retirés du site de Nevin, dans le Maine, entre 1936 et 1940.

Augustine mentionne qu'elle avait visité les restes détenus au musée d'archéologie et d'ethnologie Peabody de Harvard, dans le Massachusetts, et y avait organisé une cérémonie en promettant qu'elle serait de retour pour les rapatrier puis les faire enterrer.

Ce sera bientôt chose faite. Dans une interview accordée au Harvard Gazette plus tôt cette année, le président du comité consultatif de Harvard sur le rapatriement a déclaré que, jusqu'à présent, l'institution a rapatrié environ 34 % de sa collection de restes humains. La plupart avaient été collectés lors de grandes expéditions archéologiques à la fin du 19e et au début du 20e siècle.

Philip Deloria a ajouté qu'Harvard avait travaillé dur au cours des 30 dernières années pour mettre en œuvre les exigences de la loi, mais a admis que le processus peut être très frustrant et qu'il avance lentement.

Parfois, il n'y a pas de lien clair entre les restes et une tribu reconnue par le gouvernement fédéral.

Une citation de :Philip Deloria, président du comité consultatif de Harvard sur le rapatriement

D'autres fois, plus d'une communauté peut plaider pour un retour. Parfois, les collections sont partagées avec d'autres institutions qui ne sont pas assujetties de la même façon à la loi, a-t-il résumé.

Une femme pose sur le balcon de sa maison à proximité de la baie.

Donna Augustine, une aînée mi'kmaw de la Première Nation d'Elsipogtog, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Myfanwy Davies

La situation s'est améliorée depuis l'adoption de la loi américaine sur le rapatriement, souligne Mme Augustine. Mais elle pense que les institutions ont été trop lentes à se conformer et pas toujours franches quant à ce qu'elles ont en leur possession.

Tant de fois, j'ai frappé aux portes et personne ne m'a laissée entrer, déplore-t-elle.

Nous avons dû franchir tant d'obstacles, mais je n'abandonnerai jamais ces ancêtres.

Une citation de :Donna Augustine

Elle n'est pas rémunérée, mais elle se sent récompensée lorsque les esprits sont libérés, dit-elle.

Elle invite d'ailleurs n'importe quel musée à la contacter et propose de s'occuper gratuitement de leur réinhumation.

Des appels des ancêtres

Si un regroupement de certaines communautés du Maine a désigné Donna Augustine pour effectuer des travaux de rapatriement, elle précise que la véritable nomination vient des ancêtres. Ils viennent à moi, assure-t-elle.

La première fois que cela s'est produit, relate-t-elle, c'était dans les années 1970, lorsqu'un cimetière à Metepenagiag, à environ 30 kilomètres de Miramichi, au Nouveau-Brunswick, a été fouillé. Elle s'est réveillée au milieu de la nuit et a senti que l'esprit de l'un des ancêtres qui avaient été déterrés était venu lui demander de l'aide, soutient-elle.

Elle a effectué des cérémonies de réinhumation et, quelque temps plus tard, elle a reçu son nom d'esprit, Thunderbird Turtle Woman. Augustine pense que c'était le nom de l'ancêtre en question et qu'il lui a été transmis en récompense de ses services.

Ce n'est pas la seule fois que Mme Augustine a été réveillée au milieu de la nuit par des esprits perturbés, dit-elle. Une fois, elle s'est sentie obligée de se rendre à Nashville, dans l'État du Tennessee.

Quand je suis arrivé là-bas, ils fouillaient un lieu de sépulture d'ancêtres enterrés il y a environ 2500 à 3000 ans, dans la tradition susquehanna. C'était pour construire un énorme Walmart.

Une citation de :Donna Augustine

Mme Augustine mentionne avoir également fait des réinhumations dans d'autres pays, notamment celles de deux femmes sur un site de sépulture viking en Norvège. Elle a aussi réenterré une fille de 13 ans en Inde et un garçon de sept ou huit ans en Sicile.

Un autre de ses projets internationaux consistait à aider les Maoris néo-zélandais à rapatrier certains restes retrouvés aux États-Unis.

Appel à la responsabilité

Une équipe d'archéologues sur leur site de travail à Mashteuiatsh.

Des fouilles archéologiques à Mashteuiatsh.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Donna Augustine n'est pas contre l'archéologie en tant que telle, et elle est heureuse de voir des Autochtones se lancer dans ce travail. Mais elle pense qu'il y a de sérieuses obligations spirituelles qui l'accompagnent.

Certaines personnes pourraient être consternées à l'idée de réenterrer des objets ayant une valeur archéologique ou scientifique. Mais pour elle, ces objets n'appartiennent plus à ce monde.

Mme Augustine souligne que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, que le Canada a signée, stipule que ceux-ci ont le droit de protéger leurs lieux de sépulture et d'autres sites culturels, et que les États doivent permettre le rapatriement de ce qu'ils possèdent par des mécanismes justes et efficaces.

Elle aimerait voir une loi sur le rapatriement au Canada, similaire à celle des États-Unis. Ils doivent nous rendre nos ancêtres et ils doivent laisser nos lieux de sépulture tranquilles.

D'après un reportage de Jennifer Sweet, de CBC

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