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Les musées canadiens aux prises avec l'histoire des pensionnats pour Autochtones

Plusieurs institutions muséales procèdent à des changements pour y inclure les moments moins glorieux de l’histoire du pays.

Oeuvre muséale.

L’œuvre « Witness Blanket », de l'artiste autochtone Carey Newman, est présentée au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Gary Solilak

Radio-Canada

En réaction aux découvertes de milliers de tombes anonymes sur les sites de pensionnats pour Autochtones, les musées du pays revoient leur approche sur l’histoire canadienne.

CBC a contacté plus d'une douzaine de musées au Canada pour savoir comment ils abordaient l'héritage des pensionnats. Les réponses des institutions sont multiples : certaines ont décidé de proposer des expositions de longue durée présentées en collaboration avec les communautés autochtones.

Quelques-uns ont organisé des cérémonies en l'honneur des victimes et des survivants des pensionnats, et d'autres ont déclaré qu'ils avaient des plans à long terme pour aborder la question.

Selon Isha Khan, présidente et chef de la direction du Musée canadien pour les droits de la personne, à Winnipeg, le rôle des musées a évolué, passant de la présentation d'artefacts à l'amplification des voix et des histoires.

Dans un courriel adressé à CBC, l’institution a déclaré mettre en place plusieurs changements dans sa programmation muséale, notamment des panneaux détaillant l'histoire et l'impact des pensionnats, un avertissement pour les expositions qui traitent de ce sujet et, surtout, une révision complète de son contenu.

Sur le thème des pensionnats, l'institution expose présentement une pièce baptisée Witness Blanket. Il s'agit d'une installation en bois réalisée par l'artiste et maître sculpteur autochtone Carey Newman.

Cette œuvre relate l'expérience des pensionnats pour Autochtones à travers une collection d'objets provenant de survivants, d'anciens sites de pensionnats, de bâtiments gouvernementaux et d'églises. Je la nomme un morceau de vérité, a déclaré Mme Khan à propos de cette proposition artistique qui y a été exposée pour la première fois en décembre 2015.

Je pense que ce que nous avons appris, c'est que l'art est puissant. Il capture qui nous sommes et le chemin d’où l’on vient, a-t-elle ajouté.

Isha Khan

Isha Khan, présidente et chef de la direction du Musée canadien pour les droits de la personne.

Photo : Radio-Canada / Gary Solilak

Vous développez un respect vraiment profond pour ce qui est plus qu'un simple artefact... c'est un morceau de la vie de quelqu'un, de son histoire familiale, quelque chose qui est rempli d'émotion.

Une citation de :Isha Khan, présidente et chef de la direction du Musée canadien pour les droits de la personne

Mme Khan a été nommée à la tête du Musée canadien pour les droits de la personne en août dernier, après qu'un rapport accablant eut révélé l'existence de censure et racisme systémique au sein de l’institution. Un second rapport publié en juin 2021 signalait des allégations de discrimination envers des employés issus des communautés culturelles.

Parce que les musées capturent le récit et la mémoire historiques, ces institutions ont le potentiel de déterminer comment le pays aborde les parties sombres de son histoire, a affirmé Mme Khan.

Nous sommes une sorte plateforme de narration, a-t-elle expliqué. Et si vous le regardez de cette façon, il y a un potentiel illimité de nous éduquer, de définir qui nous sommes en tant que société, et ensuite de s'assurer qu'il y ait une mémoire de notre passé.

Toutes les histoires méritent d’être racontées

De son côté, le Centre du patrimoine de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), situé à Regina, n'a pas mis à jour ses expositions depuis plusieurs années, a admis sa nouvelle directrice, Tara Robinson. Elle a toutefois expliqué que cela devrait changer puisque l’institution doit bientôt être reconnue comme musée national.

Il y a beaucoup d'histoires, a-t-elle dit. Certaines suscitent la fierté et une envie de célébration, mais d'autres sont accompagnées de tristesse et d'une peine collective, comme celles sur les pensionnats pour Autochtones. Nous croyons que ces récits doivent aussi être racontés.

Le Centre du patrimoine compte aborder le passé de la GRC sous de multiples angles, y compris celui des communautés autochtones. À l'époque des pensionnats, c'était la police qui était chargée de retirer de force les enfants de leur famille et de leur foyer.

Je crois fermement que les musées sont là pour éduquer et qu'ils doivent faire connaître le bon comme le mauvais, a déclaré Mme Robinson.

Musée.

Le Centre du patrimoine de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est situé à Régina.

Photo :  CBC / Richard Agecoutay

Grâce à un financement de 4,5 millions de dollars du gouvernement fédéral, le Centre du patrimoine de la GRC devrait prochainement devenir un musée national. Il reste que les expositions actuelles font peu référence à la sombre histoire des relations entre la GRC et les communautés autochtones.

Le président du conseil d'administration, Steve McLellan, a assuré que les nouveaux fonds alloués permettront à l’institution de s'engager davantage auprès des communautés autochtones.

Le Centre du patrimoine de la GRC a maintenant l'occasion et la responsabilité d'établir des relations avec les communautés autochtones.

Une citation de :Tara Robinson, directrice du Centre du patrimoine de GRC

Pour Carey Newman, l'artiste derrière l’œuvre Witness Blanket, la GRC a joué un rôle beaucoup plus important dans la colonisation que les pensionnats pour Autochtones.

Si nous voulons travailler sur notre identité collective, sur ce que signifie être Canadien, on ne doit pas seulement regarder du côté des pensionnats pour Autochtones, mais aussi le rôle de la GRC, a déclaré l'artiste, dont le nom traditionnel est Hayalthkin'geme.

À ce titre, il rappelle les responsabilités de la GRC dans les expulsions des Autochtones des Prairies et dans la mise en place du système des réserves indiennes.

Carey Newman.

L’artiste Carey Newman a créé une œuvre en bois composée d'objets collectés en partie auprès des survivants des pensionnats pour Autochtones.

Photo : Zoom

Carey Newman est lui-même le fils d'un survivant des pensionnats. Une réalité qui, selon lui, l'a aidé à comprendre son père.

Je peux voir toutes les facettes de ce traumatisme qui a affecté mon père et comment cela a eu un impact sur notre relation, a-t-il dit. Au-delà de mon travail artistique, j’utilise surtout ce passé dans mes relations personnelles et dans la manière d'être un père pour ma fille.

Pour Carey Newman, le changement est toujours possible si l'intention est là, a-t-il précisé, en ajoutant que les institutions comme le Centre du patrimoine de la GRC devront faire le nécessaire pour y parvenir.

Je sais à quel point il peut être difficile de créer un changement. Il y a un peu de scepticisme en moi, alors j'attends de voir maintenant comment les mots vont se traduire en action, a-t-il noté.

D'après un texte de Jenna Benchetrit, de CBC

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