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Des Mohawks de Kahnawake occupent une terre ancestrale à Châteauguay

Des membres de la communauté de Kahnawake tentent de se réapproprier une terre promise à une promotion immobilière.

Un homme se tient près d'une route barricadée où est installé un grand drapeau mohawk.

Le campement est installé sur des terres promises à un promoteur immobilier.

Photo : Ka’nhehsí:io Deer/CBC

Pour Karihwakatste Deer, revendiquer des terres qui appartenaient traditionnellement à sa communauté suscite un sentiment de fraternité, de collectivité et de paix.

Nous venons de la terre, dit-elle. Notre langue vient de la terre, notre culture, tout est connecté à la terre, et nous avons besoin de cette connexion.

Elle fait partie d’un groupe de Kanien’kehá:ka (Mohawks) de Kahnawake, au sud de Montréal, qui revendique une terre située hors des frontières de leur territoire, pour empêcher le développement d’un nouveau quartier résidentiel à Châteauguay.

Depuis le 1er juillet dernier, elle et son groupe occupent la terre boisée.

Ils le font en réaction à une décision de la Municipalité de Châteauguay du 15 mars dernier qui modifie le zonage du secteur. Ce changement permettra la construction de 290 résidences, ce qui a déclenché l’ire de la Nation Kanien’kehá:ka de Kahnawake – organe traditionnel de gestion de la communauté, antérieur à la création des conseils de bande.

Ça signifie de reprendre ce qui nous appartient, ce qui était initialement à nous, affirme Karihawakatste Deer. Et particulièrement cette terre, parce qu’elle est liée à Kahnawake. Elle n’est pas encore développée et nous avons donc l’occasion de nous la réapproprier, pendant qu’elle est encore à l'état naturel.

Une femme regarde vers l'horizon et se tient devant un drapeau mohawk.

« Notre langue vient de la terre, notre culture, tout est connecté à la terre, et nous avons besoin de cette connexion », affirme Karihwakatste Deer.

Photo : CBC/Ka’nhehsí:io Deer

Chaque jour depuis, les gens s’agglutinent autour du feu dans le campement principal pour discuter. D’autres sont dans de plus petits campements installés plus loin dans la broussaille et s’occupent à tanner des peaux d’orignal et à en apprendre davantage sur l’habitat naturel. Les Rotisken’rakéhte – les gardiens traditionnels de la communauté – patrouillent dans le secteur.

Seulement d’être ici, sur la terre, dans les taillis avec la nature, avec toute la médecine et les arbres fruitiers qui sont ici, c’est vraiment bien, dit Karihwakatste Deer. C’est paisible d’être ici.

Cette terre, qui s’étend sur deux propriétés, fait partie d’un petit nombre de zones toujours non développées qui longent la frontière entre Kahnawake et Châteauguay. Des pruniers, des pommiers et des framboisiers y sont répartis aléatoirement. On y trouve aussi deux milieux humides.

C’est un très beau lieu et ce serait terrible s’il était détruit pour faire place à un projet immobilier, affirme Teiowí:sonte Thomas Deer, coordonnateur des communications pour le bureau de la Nation Kanien'kehá:ka. Les enfants courent et jouent sur la terre, et ils apprennent ce que ça veut dire d’être autochtone. C’est inspirant.

Le but du campement est de montrer que Kahnawake était là avant l’arrivée de n’importe quel développement. Kaheríhshon Fran Beauvais, mère du clan des tortues, espère que ce fait évitera toute confrontation ou violence avec les parties prenantes du projet.

Nous sommes ici parce que nous devons l’être, fait valoir Mme Beauvais.

Une femme est assise à l'extérieur.

Kaheríhshon Fran Beauvais, mère du clan des tortues, participe au campement.

Photo : CBC/Ka’nhehsí:io Deer

Les terres qui nous appartiennent sont si petites en comparaison de ce qui nous revenait originellement. Si nous permettons à l’empiétement de continuer, ils vont finir par tout prendre.

Une citation de :Kaheríhshon Fran Beauvais, mère du clan des tortues.

341 ans de revendications

Le Conseil mohawk de Kahnawake – le conseil de bande élu – a également signalé son opposition au projet résidentiel, puisqu’il réanime un conflit territorial vieux de 341 ans.

Une seigneurie a été accordée aux Jésuites en 1680 par le roi Louis XIV afin d’établir une mission d’occupation sur le territoire.

Des documents historiques montrent que la communauté était déjà inquiète à cette époque de perdre ses terres au profit de la nouvelle seigneurie, baptisée Sault Saint-Louis. Couvrant autrefois 18 210 hectares, le territoire de Kahnawake est réduit aujourd’hui à 5261 hectares. La majorité des terres de l’ancienne seigneurie ont donné naissance à des municipalités de la Montérégie.

Le gouvernement fédéral avait accepté de négocier un règlement pour résoudre cette dispute en 2003, mais les discussions sont au point mort depuis 2015, affirme le chef du Conseil mohawk de Kahnawake, Mike Delisle fils.

En fait, il y a eu de grands pas de recul, affirme M. Delisle à propos du gouvernement fédéral. Personnellement, ça me fâche vraiment.

Un homme regarde au loin.

Le chef du Conseil mohawk de Kahnawake, Mike Delisle fils

Photo : CBC/Ka’nhehsí:io Deer

En 2007, le gouvernement du Québec avait promis de redonner 282 hectares en échange du prolongement de l’autoroute 30, qui traverse désormais les terres de l’ancienne seigneurie. Environ 200 hectares ont depuis été ajoutés à la réserve, y compris le lot où le campement de protestation est aujourd’hui installé.

Québec doit encore 85 hectares, et la reprise de ces terres est une priorité pour Kahnawake.

La communauté nous dit que la terre est la [priorité] numéro un, et l’argent passe en deuxième, affirme Mike Delisle.

C’est les ordres qu’on a reçus de la communauté et on s’y conforme… C’est encore la direction que l’on suit, que ce soit à propos de cette terre ou d’une autre par la suite.

Pour les autorités traditionnelles, c’est important de ne pas se cantonner aux paramètres de la seigneurie. Le territoire traditionnel de la Nation Kanien'kehá:ka s’étendait sur 3,6 millions d’hectares, de la vallée du Saint-Laurent jusqu’à la chaîne des Adirondacks et au haut de l’État de New York. À ce jour, ce territoire n’a jamais été cédé.

Le roi de France n’était pas en droit de nous donner des terres qui nous appartenaient déjà, insiste Teiowí:sonte Thomas Deer.

C’était la responsabilité des tous les régimes coloniaux successifs d’empêcher l’empiétement sur ces terres, ajoute-t-il. Ces régimes n’ont pas assumé cette responsabilité.

On voit des drapeaux mohawks dans le campement.

Le campement mohawk est installé à la frontière avec la ville de Châteauguay.

Photo : CBC/Ka’nhehsí:io Deer

Retour de la terre

Ce qui se passe à Kahnawake s’inscrit dans le mouvement Land Back.

L’Institut Yellowhead, un centre de recherche dirigé par les Premières Nations et basé à l’Université Ryerson, à Toronto, a publié un rapport en 2019 sur la dépossession des terres qui définit leur réoccupation comme l’une des affirmations les plus directes de restitution. De plus en plus d’exemples émergent au Canada.

Une des choses que je crois être importantes à propos de ces mouvements de réoccupation des terres, c’est à quel point ils peuvent être inspirants, affirme Hayden King, directeur de l’Institut Yellowhead.

Occuper à nouveau des terres offre un résultat tangible, visible et viscéral.

Une citation de :Hayden King, directeur de l’Institut Yellowhead

M. King affirme que les options des peuples autochtones pour réclamer leurs terres ancestrales sont souvent limitées, et la réoccupation devient de plus en plus efficace pour stopper les développements.

Si vous regardez l’histoire de ce pays, chaque avancement dans les droits des peuples autochtones a été fait par le biais de confrontations. Et plusieurs de ces confrontations ont lieu sur le territoire, dit-il.

On voit ce que les gens font partout au pays. Ça en inspire d’autres et ça montre que ça peut être fait.

Un homme est assis à l'extérieur et regarde la caméra.

Teiowí:sonte Thomas Deer est coordonnateur aux communications pour le bureau de la Nation Kanien'kehá:ka.

Photo : Ka’nhehsí:io Deer/CBC

Teiowí:sonte Thomas Deer croit que la restitution des terres sera probablement la seule façon de soutenir la population grandissante de Kahnawake.

Les peuples autochtones ne peuvent pas compter sur les gouvernements du Canada ou des provinces pour arriver à une justice territoriale, affirme-t-il. C’est seulement par des actes d’autodétermination que nous pourrons restaurer l’intégrité de nos terres.

Le bureau de la Nation Kanien'kehá:ka et le Conseil mohawk ont envoyé des lettres aux différents ordres de gouvernement au cours des cinq derniers mois.

Le développeur immobilier qui possède le terrain adjacent à la terre contestée depuis 2016 n’a pas répondu aux demandes d’entrevue.

La Ville de Châteauguay affirme dans un communiqué que, nonobstant la question du zonage, aucune autre démarche n’a été entreprise concernant le projet de développement.

Le maire Pierre-Paul Routhier reconnaît que l’opposition à ce projet émane de disputes territoriales non réglées et précise que la Ville écrira aux gouvernements fédéral et provincial pour qu’ils répondent rapidement aux demandes de nos voisins.

Le bureau du ministère des Relations Couronne-Autochtones affirme toutefois dans un communiqué que le Canada encourage le Conseil mohawk de Kahnawake à continuer le dialogue avec la Municipalité et la province, puisque le terrain concerné est de compétence provinciale.

Ils se renvoient la balle et ils espèrent qu’on va se fatiguer, croit Kaheríhshon Fran Beauvais. Mais personne ne va abandonner.

La communauté prévoit maintenir le campement jusqu’à ce que le projet de promotion immobilière soit abandonné pour de bon et que les terres soient restituées à Kahnawake.

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