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Retracer l'histoire des pensionnats, une tâche titanesque aux États-Unis aussi

Aux États-Unis, les efforts d'enquête du gouvernement fédéral revalorisent l'importance des archives.

Une vieille photo de pensionnaires autochtones.

Issue des archives de l'Université du Nouveau-Mexique, à Albuquerque, cette photographie montre un groupe d'élèves autochtones non identifiées qui ont fréquenté un pensionnat à Santa Fe, au Nouveau-Mexique.

Photo : Associated Press / Susan Montoya Bryan

Associated Press

À l'intérieur d'une boîte recouverte de poussière, des photographies en noir et blanc d'élèves apaches qui furent parmi les premiers à être envoyés dans un pensionnat du Nouveau-Mexique financé par des paroissiens de la côte est des États-Unis.

Sur la première image, des filles emmitouflées dans des couvertures posent, chaussées de mocassins. La photographie suivante, prise quelques semaines plus tard, est radicalement différente : les enfants sont vêtus d’uniformes à carreaux, elles portent des bottes à lacets et des chapeaux de paille à larges bords.

Le professeur adjoint d'histoire Larry Larrichio raconte avoir découvert ces photos datant de 1885 en faisant des recherches sur un tout autre sujet, mais qu’il en a immédiatement saisi l’importance.

Ces images représentent les efforts du gouvernement américain et d'organisations religieuses, notamment, d'assimiler les jeunes Autochtones à la société blanche de l’époque en les arrachant à leur foyer et en les envoyant dans des pensionnats, décrit-il.

Quand j'ai sorti cette photo, j'ai eu la larme à l'œil. J'ai regardé les visages de ces belles filles apaches dans leur tenue autochtone et puis ces affreux bonnets américains, se souvient le chercheur associé à l'Institut latino-américain et ibérique de l'Université du Nouveau-Mexique.

Larry Larrichio tenant une photo d'archives d'un pensionnat.

La découverte de Larry Larrichio laisse entrevoir l'ampleur du défi qui attend le ministère de l'Intérieur américain dans son enquête sur les pensionnats pour Autochtones.

Photo : Associated Press / Susan Montoya Bryan

M. Larrichio soupçonne, lui aussi, que les récentes découvertes ne sont que la partie émergée de l'iceberg et qu'il reste encore beaucoup à faire.

Une grande partie de ces informations est probablement enterrée – littéralement enterrée en ce qui concerne cette collection que j'ai découverte, pressent-il.

Combien d'autres histoires sont enterrées, et combien ont été volontairement détruites? Je pense qu'il sera très difficile d'avoir une compréhension complète de l'impact de tout cela.

Une citation de :Larry Larrichio, professeur d'histoire adjoint et associé de recherche à l'Université du Nouveau-Mexique

Des recherches monumentales

Le ministère de l'Intérieur américain a commencé à passer au peigne fin les archives dans l'espoir d'identifier les anciens pensionnats ainsi que les noms et les nations d'appartenance des élèves. Le projet vise également à déterminer combien d'enfants ont péri dans ces écoles et combien ont été enterrés dans des tombes anonymes.

Dans le cadre d'une initiative menée sur plusieurs années, les restes exhumés de neuf jeunes Autochtones morts il y a plus d'un siècle alors qu'ils fréquentaient une école publique en Pennsylvanie ont récemment été remis à leurs proches au cours d'une cérémonie afin qu'ils puissent être renvoyés sur les terres de la Première Nation sioux Rosebud, dans le Dakota du Sud.

La secrétaire à l'Intérieur, Deb Haaland, première Autochtone à diriger une agence gouvernementale, a promis une enquête sur les décès survenus dans les pensionnats pour les Autochtones, tout en reconnaissant qu'il s'agirait d'un processus douloureux et difficile.

En effet, si certains documents sont conservés par les Archives nationales, la plupart se retrouvent éparpillés dans différentes juridictions – du fin fond d'archives universitaires aux bureaux gouvernementaux, en passant par les archives des églises, celles des musées et des collections personnelles. Sans compter les documents qui ont été perdus ou détruits au fil des ans.

Une impression d'une photographie d'archives de pensionnaires.

Des élèves d'un pensionnat pour Autochtones à Santa Fe, au Nouveau-Mexique, photographiés à la fin du XIXe siècle.

Photo : Associated Press / Susan Montoya Bryan

Grâce à des subventions et au travail de chercheurs indépendants dans tout le pays, la National Native American Boarding School Healing Coalition a identifié près de 370 écoles concernées et estime que des centaines de milliers d'enfants autochtones y sont passés entre 1869 et les années 1960.

Ce sera une tâche monumentale, et l'initiative lancée par le ministère de l'Intérieur est formidable, mais le délai est court et nous aurons besoin d'une enquête plus approfondie, a précisé sa directrice générale, Christine Diindiisi McCleave, qui s’exprime en connaissance de cause.

Il y a plusieurs années, son organisme a déposé des demandes d'accès à des documents publics auprès du gouvernement fédéral pour obtenir des informations sur les pensionnats, le plus souvent en vain.

Encouragée par les premières mesures prises par le nouveau ministère de l'Intérieur américain, Mme Diindiisi McCleave a réitéré sa demande de créer une commission fédérale aux États-Unis sur le modèle de la Commission de vérité et réconciliation au Canada.

Représentation politique

Deb Haaland, Diindiisi McCleave et Lynn Trujillo, qui est secrétaire aux Affaires autochtones du Nouveau-Mexique, ont toutes trois raconté l'histoire de leurs grands-parents envoyés en pensionnat. Elles évoquent d'une même voix le traumatisme intergénérationnel et les répercussions sur les jeunes générations qui cherchent à maintenir leur langue et leurs pratiques culturelles, lesquelles étaient interdites dans les pensionnats.

Pour certaines familles, l'expérience du pensionnat était un sujet tabou à ne jamais aborder. Mais pour d'autres, l'éveil collectif récent a suscité de nouvelles conversations. Mme Trujillo a raconté que sa grand-mère avait été emmenée en pensionnat lorsqu'elle avait 6 ans et qu'elle évoquait le fait qu'elle y avait toujours faim et froid.

Sa grand-mère a pu rentrer chez elle, contrairement à d'autres enfants, mais cette expérience a façonné sa personnalité, partage Mme Trujillo.

Nos communautés et les peuples autochtones connaissent ces atrocités depuis très longtemps, mais le fait de pouvoir les mettre en lumière et d'en parler – même si c'est douloureux – fait partie du processus de guérison.

Une citation de :Lynn Trujillo, secrétaire aux Affaires autochtones du Nouveau-Mexique

Pour Diindiisi McCleave, aller de l'avant vers la guérison nécessitera davantage de recherches, de données et de compréhension.

La plus grande partie du travail commence avec la vérité, et cela n'inclut pas seulement la vérité du gouvernement fédéral et des Églises qui géraient les écoles, mais d'entendre la vérité du point de vue des personnes qui l'ont vécue, d'écouter les témoignages des survivants et des descendants et de comprendre toute la portée et l'impact de ces expériences, a-t-elle affirmé.

Selon les experts, la liste des pensionnats connus – et des lieux de sépulture – ne fera que s'allonger au fur et à mesure que les recherches permettront de faire la lumière sur des écoles qui auraient autrement été oubliées par l'Histoire.

Le ministère de l'Intérieur américain a annoncé qu'il travaillait sur la façon de créer un espace sûr, comprenant une ligne d'assistance téléphonique et un site Internet spécifique où les citoyens pourraient également partager des informations sur les pensionnats et y chercher des ressources.

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