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Même en été, on fabrique des raquettes à neige à Wendake

Fabriquées au Québec, vendues à l'international : les raquettes de Wendake cartonnent, et ce, même durant la saison estivale.

Un homme cadre une raquette de bois dans une usine.

Les raquettes en bois n'ont pas toutes forcément la même forme. L'anthropologue Jérôme Laurent explique qu'il est parfois possible d'identifier une Nation en regardant la forme des raquettes que ses membres utilisent.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Elle leur a permis de repousser les limites de leur territoire. Impossible de dire depuis combien de temps la raquette à neige a son importance pour les Autochtones, mais aujourd’hui, cet outil est commercialisé à grande échelle. Malgré sa popularité qui dépasse les frontières des communautés, il ne reste pourtant que peu d’usines qui en produisent au Québec. Reportage chez Raquettes GV.

Cela fait plus de 35 ans que Chantal est tisseuse chez Raquettes GV. Assise sur une chaise au fond de l’usine, elle tisse la babiche, cette peau de bœuf découpée en bandelettes, dans le cadre des raquettes de bois.

L’odeur est saisissante. On s’y habitue, lance-t-elle avec un sourire, tout en continuant de faire glisser ses doigts sur ce matériau gluant et grisâtre.

Gros plan sur une femme qui tresse de la babiche à un cadre de raquette en bois.

Les Autochtones ont inventé la raquette pour aller trapper et se promener dans le bois de manière générale.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Chantal n’est pas huronne-wendat. Peu le sont dans cette usine qui produit des raquettes à neige depuis 1959, à Wendake. C’est son mari, Raymond, qui travaille lui aussi sur place, qui lui a tout appris de ce savoir-faire ancestral.

Dans sa petite pièce où s’empilent des raquettes en bois, Chantal n’a rien à envier à une machine tant elle tisse avec une dextérité déconcertante. En fond, un poste de radio diffuse de la musique québécoise.

Au début, c’est complexe, mais une fois qu’on sait comment faire, on sait, dit-elle sans s’arrêter une seconde. Chantal peut tisser jusqu’à deux paires de raquettes complètes à l’heure.

Stephen Vincent.

Stephen Vincent est propriétaire unique depuis un an. Il a racheté les parts que détenaient sa soeur et son frère.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Huron-Wendat, le patron, Stephen Vincent, l’est en revanche. Cela fait un an qu’il est l’unique propriétaire de cette entreprise qu’avait reprise son père, Maurice Vincent. En 1982, ce dernier s’associait avec Raquettes Gros-Louis et créait par la même occasion la marque GV, pour Gros-Louis et Vincent.

Stephen Vincent raconte : Aujourd'hui, les raquettes en bois représentent 5 % de notre production, le reste est en aluminium. Un virage technologique a été pris en 1990.

Plusieurs raquettes empilées.

Raquettes GV produit environ 60 000 paires de raquettes par an, mais pourrait en produire jusqu'à 100 000.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Le marché de la raquette en bois était en baisse. À l’époque, j’avais fait plusieurs voyages aux États-Unis et je me suis rendu compte que le marché de la raquette en aluminium était florissant, dit-il.

Sensibles à l’eau, moins solides surtout au niveau des lanières en cuir, dépourvues de crampons… Les raquettes en bois sont aujourd’hui surtout prisées par les férus de décoration de style chalet en bois rond ou par les nostalgiques de la vieille école.

Des raquettes en bois empilées.

La production de raquettes en bois ne représente que 5 % de la production totale de Raquettes GV.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

M. Vincent rappelle toutefois que la raquette en bois a aussi ses avantages : elle est bien plus silencieuse lorsque le pas lourd des marcheurs s’enfonce dans la neige épaisse. Indispensable pour observer la faune, croit le patron. Et contrairement à ce qu’on croit, elle est plus légère, ajoute-t-il.

Un marché mondial

De son usine, 60 000 raquettes sortent annuellement en moyenne. Elles se vendent au Québec, au Canada, mais aussi outre-Atlantique : Suisse, Finlande, Russie, Autriche...

Des cadres accrochés au mur de l'usine.

Les cadres modèles des différentes raquettes à neige.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Raquettes GV a aussi une ligne de production en Chine. Là-bas, l’entreprise fait également produire du matériel de plein air comme des planches à pagaie et des kayaks de la marque Onata, et ce, depuis trois ans. L’idée étant de sortir d’une production saisonnière et de se diversifier.

Mais la raquette reste le produit phare de l’entreprise. Objet emblématique des cultures autochtones, il est aussi considéré comme un symbole d’ouverture du chemin vers l’avenir, de leadership, explique l’anthropologue de l’UQAM, Laurent Jérôme.

Il représente un lien entre le passé, le présent et le futur, dit-il.

Un homme assemble des cadres de raquettes en aluminium.

Henry est l'un des rares Autochtones à travailler pour Raquettes GV.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Derrière son bureau, Stephen Vincent se dit fier de proposer un produit autochtone, fabriqué dans la communauté. On n’a jamais lâché la raquette de bois et ça, c’est une vraie fierté, dit cet avare de mots, qui laisse toutefois transparaître une passion pour cet outil. Lui-même avait les mains dans la babiche dès ses 18 ans.

Et justement, tout le monde ici a une ancienneté presque étonnante. Louisette coud les harnais depuis 22 ans. Henry, un Innu, assemble les tiges d’aluminium depuis 21 ans. Alain est monteur de crampons depuis 17 ans. Raymond taille la babiche depuis une quarantaine d’années…

Un homme tient un tas de lacets en main.

Ces lacets seront ensuite tissés dans les cadres en bois des raquettes traditionnelles, puis séchés.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Il fait ça à une vitesse impressionnante, au rythme d’un vieux morceau du groupe UB40 qui passe à la radio. La babiche mouillée glisse sur une plaque et il la découpe d’un geste sûr avec un coupoir. À ses pieds, un énorme seau rempli de lacets. C’est visqueux et ça sent mauvais.

S’ensuit l’étape du tissage confiée entre autres à Chantal, puis toutes ces raquettes seront séchées. Les cadres, eux, sont fabriqués dans un autre endroit de l’usine où de la poussière de bois tapisse le sol. On les ponce, les assemble et les estampille du logo de la marque.

Un tampon et un morceau de bois sur lequel on peut voir le logo de Raquettes GV.

Les raquettes en bois sont estampillées du logo de l'entreprise.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Dans un autre recoin de l’usine, ce sont les raquettes en aluminium qu’on empile après que les employés y ont fixé harnais et crampons. Elles sont ensuite emballées, prêtes à être expédiées après avoir été inspectées.

Un homme ponce un cadre de raquette en bois avec une ponceuse électrique.

Les morceaux de bois sont découpés à l'usine puis poncés.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Le principal problème de Raquettes GV aujourd'hui est le manque de relève. C’est sûr que ça nous inquiète de plus en plus. On est toujours venus à bout de tous les problèmes qu’on a rencontrés. On arrivera à venir à bout de celui-là, dit Stephen Vincent, confiant.

En bois ou en aluminium, la raquette a encore un bel avenir devant elle malgré tout, selon lui : C’est une tradition qui ne veut pas s’éteindre.

Raquettes GV en quelques chiffres :

  • Les ventes en Europe représentent 5 à 10 % du chiffre d’affaires.
  • Les ventes au Québec représentent 70 % du chiffre d’affaires.
  • L’usine de Wendake compte 24 employés, dont 5 à 6 membres de communautés autochtones.
  • Le chiffre d’affaires tourne autour de 8 millions de dollars.
  • Le prix des raquettes varie de 140 $ pour l’entrée de gamme à 300 $ pour le haut de gamme. Pour du fabriqué au Québec, précise M. Vincent.
  • Le prix d’une raquette en bois est d'environ 200 $.

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