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Une Autochtone à la tête des travaux de réécriture de la Constitution au Chili

Professeure de linguistique, la Mapuche Elisa Loncon a fait de longues études qui l'ont notamment menée à l'Université de Regina, en Saskatchewan.

Une femme mapuche a le poing en l'air.

La Mapuche Elisa Loncon a été élue présidente de la Convention constituante du Chili le 4 juillet.

Photo : Getty Images / Marcelo Hernandez

Gabrielle Paul

Elisa Loncon, une universitaire autochtone, a été élue récemment présidente de la Convention constituante du Chili, qui se charge des travaux de réécriture de la Constitution. Il s’agit d’une élection « significative », d’après la professeure de politique comparée à l’Université d’Ottawa Marie-Christine Doran, d’autant plus que l’actuelle Constitution, datant de l’ère Pinochet, n’offre aucune reconnaissance des peuples autochtones.

Âgée de 58 ans, Mme Loncon est issue du peuple mapuche, le groupe autochtone le plus important du Chili.

Femme au long parcours universitaire, elle est professeure de linguistique à l'Université de Santiago et titulaire de deux doctorats. Elle a notamment effectué des études à l'Université de Leiden, aux Pays-Bas, et à l'Université de Regina, en Saskatchewan.

C’est certain que c’est une figure très importante, note en entrevue téléphonique la professeure Marie-Christine Doran.

Elisa Loncon est la fille d'un militant socialiste. L'engagement social constitue presque une tradition dans sa famille, apprend-on dans le journal en ligne chilien El Mostrador.

Son arrière-grand-père aurait lutté contre l'occupation militaire de terres mapuches menée par l'État chilien entre 1861 et 1863. Toujours selon El Mostrador, après le coup d'État de 1973, sa famille a été la cible de représailles de la part de la dictature et son grand-père maternel a été emprisonné.

Sur les 155 délégués élus en mai à la Convention constituante, dont 17 Autochtones, 96 ont voté pour Mme Loncon comme présidente.

Cet organe constitutionnel, composé de 77 femmes et de 78 hommes, aura un an pour rédiger une nouvelle constitution qui doit remplacer celle établie sous la dictature d'Augusto Pinochet dans les années 1970.

La présidence d'Elisa Loncon a une signification particulière, notamment parce qu'il n'y a aucune reconnaissance des peuples autochtones dans la Constitution actuelle et qu'il n'y a pas de mécanisme de protection des langues autochtones, souligne Mme Doran.

Une femme, un café à la main, quitte le Palace Peireira au Chili.

Elisa Loncon à la sortie du Palace Peireira à Santiago, le 5 juillet.

Photo : afp via getty images / Javier Torres

La Constitution chilienne est tellement fermée aux droits sociaux, aux droits environnementaux et aux droits humains de base; donc, les gens voient les Autochtones comme de grands alliés.

Une citation de :Marie-Christine Doran, professeure à l'Université d'Ottawa

C'est un moment très spécial dans l'histoire du Chili, toute cette ouverture, ajoute-t-elle.

Une figure rassembleuse

Lors de son élection, Mme Loncon a prononcé un discours émouvant et rassembleur qui a fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux.

C'était très puissant, insiste Mme Doran. Elle a notamment dit : "Nous allons prendre soin de toutes les personnes, de la Terre mère, de l'eau." Et elle a salué les gens de la diversité sexuelle, les femmes et, bien sûr, tous les peuples autochtones. Elle a parlé à tous les peuples du Chili.

En plus de sa nature inclusive, ce discours mettait également en avant le désir de réconciliation de Mme Loncon, qui a fait preuve d'une attitude extraordinaire d'ouverture, d'après Mme Doran.

Elle a demandé que cesse la politique de la peur contre les peuples autochtones et elle a parlé de comment les peuples autochtones sont là et souhaitent bâtir le Chili. C'était vraiment très fort.

Une citation de :Marie-Christine Doran, professeure à l'Université d'Ottawa

Les Mapuches sont encore victimes de commandos militaires, explique Mme Doran. Constamment, il y a des assassinats politiques et ils sont traités dans les médias comme des gens dangereux.

Pour un État plurinational

Elisa Loncon mise principalement sur un changement des institutions du Chili et sur la mise en place d'un État plurinational, qui reconnaîtrait l'autonomie politique et juridique des Autochtones.

Cette revendication rapporte beaucoup d'appuis dans la population, soutient Mme Doran.

Cela implique cependant la reconnaissance de l'autonomie territoriale des peuples autochtones, ce qui constitue un épineux problème au Chili.

Ça touche à un problème qui est la source de toutes les violences [envers les Autochtones] que l’on voit, en particulier dans le sud du Chili, souligne Mme Doran.

Pour les délégués autochtones et pour Mme Loncon, le Chili a par ailleurs besoin de meilleurs mécanismes de représentativité.

Le mot ''participation'' revenait constamment dans le discours de Mme Loncon, relève Marie-Christine Doran. On sent que c'est vraiment très important.

Une présidentielle en novembre

Les propositions de Mme Loncon s'opposent aux idées de l'actuel président du Chili, Sebastian Pinera, un politicien de droite.

Il est toutefois peu probable que cela ait un impact sur le processus constitutionnel, croit Marie-Christine Doran.

À l'approche de l'élection présidentielle de novembre, le président Pinera est impopulaire et sa réélection est très incertaine, dit-elle.

C'est très peu probable que la droite rentre en novembre. Je dirais même que c'est presque impossible. Le président Pinera a maintenant seulement 9 % d’appui, signale Mme Doran, qui prédit la victoire de l'un de ses opposants de gauche, dont les idées résonnent davantage auprès de la population.

Il y a un état d'effervescence en ce moment au Chili, estime-t-elle. Elle souligne que certains font même un parallèle avec l'élection de Salvador Allende en 1970. En ce moment, les gens ont l’impression que tout est possible, surtout dans un pays où la démocratie a tellement été enclavée, tellement limitée.

Une femme tient le drapeau mapuche en faisant un discours.

Elisa Loncon lors d'un discours après son élection le 4 juillet dernier. Vêtue d'une tenue traditionnelle, elle tient le drapeau mapuche dans sa main gauche.

Photo : afp via getty images / Javier Torres

Un mot pour les Autochtones du Canada

Lors de son premier discours, qui a duré cinq minutes, Elisa Loncon a réservé quelques mots à l'intention des Premières Nations du Canada.

Elle a notamment mentionné la souffrance des peuples autochtones du Canada à la suite des découvertes de tombes anonymes près d’anciens pensionnats ainsi que la solidarité des peuples du Chili avec eux, note Marie-Christine Doran.

Ça m'a beaucoup touchée, puisqu'elle avait cinq minutes pour s'adresser pour la première fois à la nation et elle a parlé des peuples autochtones du Canada, ajoute-t-elle.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse, et El Mostrador

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