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Pensionnats pour Autochtones : ces témoignages qui éclairent la presse internationale

Des pages de journaux internationaux consacrés aux pensionnats pour Autochtones.

Les découvertes aux abords des pensionnats pour Autochtones soulèvent de nombreuses questions dans la couverture médiatique internationale.

Photo : Radio-Canada

Maud Cucchi

« Le Canada face à son histoire », « Le cauchemar colonial refait surface », « Indigenous lives matter » : les récentes découvertes de restes d’enfants aux abords des pensionnats pour Autochtones attirent l’attention de la presse internationale, qui s’interroge sur le rôle du Canada dans ces exactions et relaie la parole des survivants pour en comprendre les enjeux.

Dans le journal français L’Humanité, le 9 juillet, Viviane Michel, présidente de l'association Femmes autochtones du Québec, partage son récit. Elle accuse l’Église sans mâcher ses mots : La religion catholique nous a fait un lavage de cerveau sur notre façon d'être, notre façon de fonctionner. Quand tu te fais agresser sexuellement pendant 15 ans, tu en ressors sans une grande estime de toi.

Entre effort pédagogique à l’intention du lectorat étranger et regard critique sur son propre pays, la descendante innue explique comment les cultures autochtones ont été réduites au silence et comment, paradoxalement, même si les violences dans les pensionnats étaient connues, cette histoire n'a pas été pas écoutée.

C’est aussi le long témoignage à cœur ouvert de Crystal Gail Fraser, de la communauté Gwichya Gwich'in, à qui le journal Le Monde confie toute une section, le 10 juillet. Présentée comme une survivante intergénérationnelle des pensionnats, la professeure à l’Université de l’Alberta raconte la terreur qui entourait celui de Grollier Hall, à Inuvik, quand elle était jeune. Ses parents lui demandaient de ne surtout pas s’en approcher.

Le colonialisme et ses conséquences pour les peuples autochtones du Canada ne constituent pas un "chapitre sombre" de l'histoire du pays; le colonialisme est le nœud principal d'une histoire qui définit ce pays.

Une citation de :Crystal Gail Fraser dans le quotidien Le Monde

La connivence de l’État, la sourde oreille d’une grande partie du peuple, la description des violences physiques complètent les chiffres historiques que rappellent ces témoignages aussi poignants que personnels : plus de 150 000 enfants autochtones placés dans des pensionnats entre 1867 et 1996; 215 restes d’enfants localisés à Kamloops, 751 près de l’ancien pensionnat de Marieval et 182 à Kootenay.

Deuil conditionnel à l'imputabilité des responsables

La Commission de vérité et réconciliation du Canada y est immanquablement citée, mais la vérité reste encore à approfondir, nuancent les témoins interviewés. Sans cela, toute réconciliation est impossible, tranche Mme Gail Fraser. La vérité avait été dite, mais là, on vient de la voir. Ça change tout, relaie le quotidien Libération en citant Ghislain Picard, à la tête de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.

Le même article donne la parole à Jimmy Papatie, un Anichinabé originaire de Kitcisakik, dans l'ouest du Québec. Il raconte avoir été enlevé à l’âge de 5 ans avant d’être envoyé en pensionnat dans un article intitulé sans détour Le massacre caché des enfants autochtones. M. Papatie décrit en détail les sévices qu’il y a subis et explique comment le gouvernement fédéral procédait pour civiliser les enfants autochtones canadiens.

Tous évoquent l’espoir d’un changement et la nécessaire imputabilité des responsables impliqués : Église, État, administrateurs, missionnaires et professeurs. Une partie de notre ambition est d'obtenir des comptes, déclare à Al Jazeera l’avocat Andrew Phypers, dont la mère a fréquenté le pensionnat St. Eugene.

Pour une rare fois, nous sommes considérés comme des humains par le Canada. Je sens de l'empathie et une sincère tristesse. Ça me touche, confie à son tour Jimmy Papatie au journaliste de Libération.

La nomination de Mary Simon, une Inuk originaire du Nunavik, au poste de gouverneure générale du Canada, illustre le changement réclamé, disent plusieurs. On avait besoin de ça, commente Edmund Metatawabin, écrivain et chef des Premières Nations de Fort Albany dans l'est de l'Ontario, lui aussi survivant de pensionnat.

Ce qui est important, c'est que dans tout le Canada, et dans toutes les nations autochtones, nous pouvons commencer à guérir, soutient avec optimisme Fernie Marty, en conclusion de son dur récit familial confié à la chaîne australienne ABC News.

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